Cambridge Spies : Quatre traitres britanniques

Cambridge Spies (2003)

En 2003, BBC Two revenait sur l’une des plus importantes trahisons de son histoire à travers la mini-série d’espionnage Cambridge Spies. Le récit met ainsi en scène quatre espions des Cinq de Cambridge, groupe composé d’anciens étudiants de l’université de Cambridge qui furent recrutés par les services secrets soviétiques durant les années 30. Kim Philby, Guy Burgess, Donald Maclean et Anthony Blunt sont alors les quatre hommes au cœur de cette histoire. Le cinquième membre n’a jamais été clairement identifié, et il est aujourd’hui connu qu’ils étaient beaucoup plus nombreux, d’autres ayant confessés.

Quoi qu’il en soit, cela n’enlève strictement rien à la fascination que peuvent susciter les quatre hommes qui auront donné le jour à de nombreux livres et inspirés de nombreuses fictions. Signée par Peter Moffat (Silk, The Village), Cambridge Spies décide de sacrifier une part d’Histoire au profit d’une approche qui favorise surtout les liens d’amitié du groupe, fil conducteur du récit.

De ce fait, le scénariste offre avant tout des portraits humains, préférant mettre en avant leurs motivations et leurs idéaux pour exprimer l’ambigüité morale de leurs actions. Ces traitres sont nés d’une période historique anglaise spécifique, où une forte disparité des classes caractérisait l’Angleterre après la Première Guerre mondiale. À la recherche d’une plus grande liberté sociale et culturelle, voulant combattre le fascisme, ils embrassent alors l’idéologie communiste. Ils rêvent d’un monde utopique et cela les conduira à une traitrise qui définira le reste de leurs vies.

Cambridge Spies dresse un portrait qu’on peut qualifier de sympathique de ces 4 hommes, avant tout, car elle raconte le récit de leur point de vue ; en toute logique, ils sont bien évidemment convaincus que ce qu’ils font est bien, voire vital. Leur amitié nous emmène alors des bancs de Cambridge aux services secrets britanniques, en traversant la Seconde Guerre mondiale, pour nous dépeindre leur transformation et leur duperie. Les difficiles décisions s’accumulent, alors même que les mensonges les consument et les changent à tout jamais.

Peter Moffat met sur les devants à tour de rôle – ou presque – ces quatre espions qui prennent vie grâce à leurs interprètes. Tom Hollander excelle dans la peau de l’émotionnel Guy Burgess, le moins diplomate du groupe, homosexuel assumé qui sera consumé par ses excès de boisson. Légèrement en retrait au début, Samuel West affirmera la nature plus sophistiquée et pragmatique d’Anthony Blunt dans la seconde partie. Celle-ci offrira aussi la possibilité à Rupert Penry-Jones de sortir de l’ombre de ses collègues pour mieux mettre en valeur les insécurités et les faiblesses de Donald Maclean, le double espion le plus improbable du lot. Enfin, Toby Stephens conserve une présence quasi constante d’un bout à l’autre dans la peau du fameux Kim Philby, évoluant de jeune homme passionné à espion froid et calculateur.

Pour ses espions, Cambridge Spies se transforme en une lente auto-destruction, où l’issue est inévitable. Clairement, Moffat est avant tout intéressé par décortiquer ce qui les poussait à continuer envers et contre tous, rendant par la même occasion son récit d’une très grande fluidité et plus que divertissant. Néanmoins, si le monde de l’espionnage réussit à prendre vie d’une façon assez simpliste, la vie privée des personnages se révèle plus chaotique. Nourries par les élans du cœur, leurs vies sentimentales peinent à trouver sa place dans l’histoire, malgré son importance. Seule Melinda, la femme de Donald, aura un véritable rôle à jouer. Elle n’échappe pas une introduction qu’on peut qualifier d’expéditive, mais elle restera et participera à porter un regard nouveau sur la situation des quatre amis.

Malgré une tendance à la caricature dans ses personnages secondaires et à l’emprunt de gros raccourcis scénaristiques particulièrement dans le domaine privé, Cambridge Spies reste une minisérie sympathique à regarder. Elle conserve toujours son attrait grâce ses interprètes et le portrait qu’elle fait de ces doubles espions, des amis aveuglés par des idéaux irréalisables.

Cambridge Spies n’est pas disponible en DVD en France, mais il existe une édition anglaise (sans sous-titre français).

Cambridge Spies, de Peter Moffat – 4 épisodes
Avec Tom Hollander, Toby Stephens, Samuel West, Rupert Penry-Jones.  Diffusée en mai 2003 sur BBC Two.
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