Engrenages : au cœur du système judiciaire français

15 Nov 2012 à 8:30

À travers les yeux d’une brigade de la DPJ de Paris, d’un jeune procureur idéaliste, d’une avocate peu scrupuleuse et d’un juge d’instruction entêté, découvrez les rouages et les acteurs du système judiciaire français.

Créée par Alexandra Clert, ancienne avocate devenue scénariste (elle a fait ses premières armes sur Avocats & associés), Engrenages a récemment terminé sa saison 4 sur Canal +. Cette série dense, foisonnante et ambitieuse qui s’améliore au fil du temps, est devenue le fer de lance de la chaîne cryptée grâce à une réalisation carrée, des cliffhangers haletants et des développements soignés pour les personnages.

Engrenages nous décrit les rouages de la grosse machine judiciaire française, des premiers cadavres trouvés dans des terrains vagues jusqu’aux procès, quand il y en a. On y découvre alors sa bureaucratie souvent lourde, ses jeux de pouvoirs, ses manipulations et surtout ses acteurs. Les flics, petits soldats souvent pieds et poings liés par des chefs frileux et/ou trop occupés à chercher une promotion ; les avocats, des idéalistes qui se heurtent à un système véreux et corrompu ou des cyniques sans états d’âme jouant un jeu dangereux qui pourrait bien vite les dépasser ; et enfin, le juge d’instruction, petite fouine en quête de vérité, garant d’une société juste, prêt à tout pour faire respecter les principes fondamentaux de la loi. Toutes ces personnes se croisent, interagissent, finissent même par s’aimer pour certains, dans un monde réduit à sa portion la plus congrue. Il ressort effectivement d’Engrenages la vision d’un petit monde où tous se connaissent, s’entraident ou se mettent des bâtons dans les roues avec un seul objectif : être le meilleur.

Chacun a cependant ses moyens pour y arriver. La brigade de la DPJ (Direction de la Police Judiciaire) de Paris, emmenée pas la Capitaine Laure Berteau, se bat sans cesse avec ses supérieurs, pour le moins bureaucratiques, pour faire éclater la vérité. C’est alors un festival de petites combines, de rencontres d’indics ou de « tontons » peu recommandables pour essayer de se frayer un chemin parmi les dizaines d’embûches, souvent légales, qui se dressent devant eux. La machine policière s’apparente alors à un vieux navire difficile à manœuvrer qui nécessite beaucoup d’abnégation et d’astuce pour le faire fonctionner. Le manque de moyens financiers, la timidité de la hiérarchie, la concurrence idiote avec les autres services pour « l’exclusivité » des enquêtes,… Il y a dans cette série un aspect documentaire passionnant qui décrit un milieu loin de faire rêver. Les agents sont ici montrés comme des fourmis qui donnent un peu plus que leur temps de travail pour venir à bout de leurs enquêtes, quitte à sacrifier leur vie familiale et personnelle, voire à la mettre en danger. Côté ambiance visuelle, le commissariat est vieillot et gris, bordélique et aux couloirs étriqués, tranchant radicalement avec le faste et les ors du palais de justice.

Justement, côté juges et avocats, la conception de la justice est très relative. Le juge d’instruction François Robant se retrouve isolé et détesté de ses congénères sous l’argument d’être intègre et de vouloir défendre à tout prix l’ordre et la morale. S’il s’agit d’une ambition noble, le spectateur y voit surtout  un ego démesuré et une obstination maladive à être le porte-drapeau d’une République irréprochable. Concernant les avocats, Engrenages commence par deux partis opposés. Pierre Clément est un jeune magistrat ambitieux, honnête et rigoureux, qui va se heurter bien vite à la réalité du milieu qui cache derrière ses apparats somptueux des magouilles et des collusions malsaines avec la sphère politique, mafieuse et criminelle. Ces rapports douteux interrogent cependant très peu Maître Joséphine Karlsson qui mange clairement à tous les râteliers, sans s’encombrer d’une conscience qui en ferait réfléchir plus d’un quant à l’éthique de certains de ses clients.

Tous ces personnages, comme on peut le deviner aisément, n’hésitent jamais (ils y sont forcés dans le meilleur des cas) à flirter avec les limites de la loi pour la faire appliquer. C’est une vision plutôt pessimiste de la justice française où le « tout noir tout blanc » n’existe pas, où la nuance est toujours de mise. Le tour de force d’Engrenages est de réussir à injecter des pointes d’humour ou d’émotion dans ses histoires de façon discrète, mais toujours au bon moment, quand une situation devient trop glauque ou qu’un personnage est mis en danger.

Après une première saison qui n’évitait pas certains clichés inhérents au genre (flics dépressifs et alcooliques ou drogués, relations justice/politique mal dégrossies…), la série trouve son ton et son rythme par la suite ; elle s’engouffre toujours plus dans un monde fascinant, mais malsain, mettant en scène des personnages passionnants que l’on ne souhaiterait pas forcément avoir dans notre carnet d’adresses. Avec le temps, on verra disparaitre certains d’entre eux, parmi lesquels on retrouve des figures importantes de la mythologie, notamment au cours d’une prise d’otage oppressante en fin de saison 4.

C’est le genre de choses qui fait regretter le rythme de diffusion irrégulier de la série. Les 4 premières saisons ont alors été diffusées entre 2005 et 2012 et il faut maintenant attendre au moins jusqu’en 2014 pour replonger dans les arcanes des commissariats et palais de justice.

Engrenages (saisons 1 à 4) est disponible à la vente en DVD ou en Bllu-ray.

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