Kaboul Kitchen : Des bombes… dans la piscine (Saison 1)

27 Mar 2012 à 8:21

Jacky est propriétaire d’un restaurant français dans le Kaboul de 2005, alors que les Américains ont déclaré la guerre au terrorisme dans le pays. Il tente, avec l’aide d’Axel qui détient des parts dans ce « Kaboul Kitchen », de faire vivre l’établissement. Lorsque sa fille, qu’il n’a pas vue depuis 15 ans, et un colonel afghan en pleine campagne électorale débarquent dans sa vie, les choses deviennent beaucoup plus compliquées.

Bienvenue au Kaboul Kitchen : ce restaurant de luxe au cœur d’une ville qui croule sous les bombes et la pauvreté, ce lieu unique et chaleureux accueille expatriés, reporters, humanitaires et diplomates étrangers pour un moment de douceur et de détente. Jacky, l’heureux propriétaire, la quarantaine bien passée, gère la boutique avec sérénité et professionnalisme. Il faut dire que dans un pays où les femmes sont voilées, où l’alcool est interdit, où les mœurs sont pour le moins strictes, le tout en plein conflit international, il faut du cran (et de la confiance). Nouvelle « Création Originale » de Canal+, Kaboul Kitchen met les deux pieds dans le plat de la comédie politique.

Si vous recherchez de l’humour décalé, subversif et franchement osé, vous allez être servis. Inspirée d’un réel restaurant et créée par son réel propriétaire Marc Victor (avec Allan Maudit et Jean-Patrick Bénès), la série, malgré sa galerie de personnages et son scénario délirant, offre une vision plutôt réaliste du contexte. Alertes kidnappings ou attentats, corruptions, traditions islamiques influentes, trafics en tous genres,… Kaboul Kitchen, sous ses aspects de gaudriole – et c’est sans doute là sa plus grande qualité – ne se refuse aucun tabou ou ne recule devant aucun sujet épineux. La série se veut même progressiste par moments en développant notamment une intrigue secondaire sur la création d’une école pour filles et les difficultés inhérentes. Le ton humoristique parfois volontairement borderline désamorce dès que nécessaire une situation grave, qui nous rappelle que si nous nous poilons devant notre télé, certains hommes et femmes ne doivent pas rigoler beaucoup par là-bas.

La série est donc l’occasion rêvée de dresser le portrait de ces étrangers installés ou de passage venus pour la plupart travailler. On y croise des responsables humanitaires ayant complètement baissé les bras devant l’ampleur de la tâche (Victor), de jeunes idéalistes venus « changer le monde » (Sophie), des conseillers en communication opportunistes (Axel) ou encore des photo-reporters en quête de clichés qui rapporteront gros (Damien). Tous ces personnages vont faire plus que se croiser dans ce théâtre « gastronomique » peuplé d’employés eux aussi bien gratinés. La série tient – entre autres – la route par son impressionnant casting et notamment les seconds rôles précités, la médaille revenant à Habib, un sympathique serveur qui nous sert de temps à autre une expression française pas très française (« ça craint du cul », « vous êtes beau comme un avion », etc.).

Jacky mon ami ! Viens là que je t’accole !

Il sera quand même difficile de tenir la comparaison avec Simon Abkarian et Gilbert Melki, qui s’adonnent à des numéros d’acteurs plus qu’impressionnants. Le premier, en colonel afghan très impulsif et prêt à tout pour gagner, nous sert une palette de situations et de répliques à se détacher les côtes. Le personnage, fantastiquement écrit, joue sur tous les clichés du dictateur sans jamais tomber dans l’overdose et la caricature. Il se dessine au fur et à mesure une personnalité sombre, rusée, qui pense faire les bonnes choses en employant les mauvaises méthodes. Le second, en héros malgré lui et patron d’un restaurant voué à la dérive, est éblouissant de bout en bout, entre déboires personnels et difficultés professionnelles. La série va également épaissir peu à peu le personnage, qui se révèlera au final très complexe, et bien loin de l’image d’opportuniste un peu nigaud que l’on pensait durant la première moitié de saison. Jacky est d’abord un mari et père un peu lâche certes, mais c’est surtout un utopiste qui a fini de rêver. Venu dans cette région en tant que journaliste, puis devenu humanitaire avant de se rendre compte que toute tentative d’éclairage ou de sauvetage était obsolète, Jacky est en fait devenu ce qu’il est, car les gouvernements et les médias n’ont rien pu (ou voulu) faire pour changer la donne dans cette zone dévastée. En ouvrant le Kaboul Kitchen, Jacky créait donc une oasis au milieu d’un désert social et politique, pour ses clients comme pour lui-même.

Tu verras ici c’est cher, c’est mauvais, c’est tout le temps bourré, mais y’a rien de mieux à 1000 kilomètres à la ronde.

Le restaurant, lui, fait bel et bien office de troisième personnage principal. Malmené, secoué, cloisonné, vidé, puis (presque) détruit lors d’une fin de saison mouvementée, l’endroit concentre toute une population plus ou moins locale et offre, excusez du peu, une superbe piscine et de l’alcool à – quasi – volonté. C’est donc effectivement beaucoup de problèmes potentiels pour un seul lieu. Entre voisins traditionalistes, problème de stocks engendrant trafics d’alcool, hommes et femmes politiques en visite et couvre-feux, la détente n’est pas la garantie n°1 du Kaboul Kitchen. Ici aussi, les scénaristes s’amusent à imaginer tout ce que ce genre d’établissement dans un tel pays devrait affronter et offre des situations délirantes, mais pas surréalistes à chaque épisode. Derrière cette logique capitaliste de faire du fric dans un des pays les plus pauvres du monde, on y devine en creux un espace de liberté et d’optimisme pour toutes les personnes découragées et déprimées par cette guerre.

Voici donc le meilleur de ce que la « Création Originale » de Canal + avait à nous proposer en termes de comédie jusqu’ici. Intelligente, sincère, loufoque et enjouée, cette première saison de Kaboul Kitchen devrait longtemps rester parmi les modèles du genre. Servie par un casting 4 étoiles et une écriture aux petits oignons, la recette de cette série ravit les papilles. Et il y aura du rab’, puisque la chaîne cryptée à d’ores et déjà commandé une nouvelle fournée, qui vu la fin de sa première livraison, nous met déjà l’eau à la bouche et promet de très belles choses. Inch’Allah.

Aller plus loin …

– Se procurer Kaboul Kitchen en DVD
– Se procurer la bande originale de la série

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