Kaboul Kitchen – Zéro Dark Forty (degrees) (saison 2)

8 Fév 2014 à 10:13

Kaboul Kitchen saison 2

On avait laissé Jacky dans de beaux draps : restaurant détruit, argent volé, kidnappé par les talibans et fille en rogne. Libéré après quatre mois par un pays « qui ne négocie pas avec les terroristes », l’ancien patron du Kaboul Kitchen est très vite rappelé à la barre par les services secrets américains. Les affaires… les emmerdes reprennent.

Quelques mois après Platane et juste avant Working Girls, la Création Originale de Canal + Kaboul Kitchen revient au front pour délivrer ses douze nouveaux épisodes de comédie. Loin de l’humour dépréciatif de la série d’Eric Judor et du cynisme outrancier (et un peu vulgaire) de la comédie féministe de bureau, Kaboul Kitchen assume fièrement son caractère entre-deux et définitivement feel-good, parfois un peu trop léger, mais carrément décomplexé, chose beaucoup moins aisée qu’il n’y paraît avec des sujets comme ceux qu’abordent les créateurs Allan Mauduit, Marc Victor et Jean-Patrick Bénès.

Toujours située à l’époque de l’Amérique en guerre de G.W. Bush, Kaboul Kitchen reprend  quasiment là où elle s’était arrêtée. Fatigué comme toujours, encore plus paumé que d’habitude et pour la première fois pauvre, Jacky Robert ne demande qu’à reprendre son restaurant chéri, mais se voit imposer des conditions que tout homme normal aurait déclinées : travailler pour la CIA qui voit le potentiel d’une oasis occidental au milieu des bombes afghanes en trafiquant un accord avec le Colonel Amanullah. Sur fond de destitution de ministres et de contrôle des mines du pays, Jacky se retrouve donc au milieu d’une affaire d’espionnage et de missions que 24 ou Homeland n’auraient pas reniées.

Patron, faut venir tout suite, c’est chaud bouillon ici.

C’est d’ailleurs en mettant au cœur de son intrigue principale ces relations internationales complexes, avec notamment l’aspect invasif des USA, que Kaboul Kitchen digère avec excellence ces références suscitées. En allant jusqu’à parodier l’une des scènes du film Zero Dark Thirty (avec inspectrice rousse en gage de bonne foi), les auteurs se livrent à une analyse plus fine qu’il n’y paraît de la stratégie américaine en Afghanistan. Briefings dans des arrière-cours, dans des pièces secrètes ou dans des camions truffés d’équipements de surveillance, le volet espionnage donne sa dynamique à la saison et arrive à créer des tensions dramatiques plutôt intéressantes. Le summum de stress prend place en milieu de saison lorsque quelques épisodes font travailler notre anti-héros à la fois pour la CIA et pour les services secrets français. Lui qui cherchait à tout prix à éviter d’interférer dans des intérêts autres que les siens…

Ces situations parfois dantesques permettent la plupart du temps d’affiner les interactions entre les personnages et de définir en creux des représentations de l’amitié, de la trahison ou du bonheur personnel assez originales. De ce point de vue, la relation Jacky/Amanullah passe un nouveau cap ; les deux hommes sont d’abord unis pour la faire à l’envers aux Américains, puis ils sont confrontés à des enjeux personnels différents qui voient leurs intérêts largement diverger. Malgré leur ressentiment mutuel en fin de saison, la petite larme du Colonel en dit cependant long sur leur rapport, construit sur une confiance à défendre leurs intérêts communs plus que sur le respect (Amanullah est un fou, Jacky un lâche).

Si Jacky occupe bien évidemment la majorité de l’écran, certains personnages s’affirment encore plus, comme Sophie ou Habib, moins pions qu’en première saison ; d’autres vont jusqu’à s’imposer, comme Lala en fille rebelle. Si ce personnage perd d’ailleurs en force au fur et à mesure des épisodes, il a le mérite de faire une entrée fracassante, de se montrer politiquement incorrect et, dans une certaine mesure, progressiste.

Néanmoins, Kaboul Kitchen préfèrera toujours s’en tenir à de la géopolitique de comptoir, et c’est qu’elle fait le mieux. Le restaurant, même si moins central cette saison, conserve ses propriétés de séduction d’une population de passage, militaire, diplomatique et touristique, envoyant Jacky à ce qu’il voulait fuir en quittant le journalisme et l’humanitaire. Si le propos est parfois beaucoup plus sérieux qu’il n’en a l’air, la série joue définitivement dans le registre comique et se repose avec bonheur sur les clichés. Les Américains sont gros, malpolis (« Hein Jacky Boy !!! ») et bas du front, les Français cyniques et précieux (préférant l’appeler « Robert » quand ils s’adressent à Jacky) et les Afghans regardent, désœuvrés, leur pays être mis en pièces.

Reste quand même des intrigues secondaires largement inintéressantes comme ces passages relatifs à la  coupe du monde de foot, inutiles, ou le mariage forcé (dont les effets de rebondissements le sont un peu). On voit également les limites de la production française encore trop timide à se séparer de certains personnages qui n’ont plus rien à faire dans les intrigues – Damien et Victor en premier lieu – et meublent allègrement certains pans entiers d’épisodes. Ceux-ci restent cependant à la marge d’autres histoires et ne permettent pas de décrocher vraiment du principal.

Cela n’entame pas pourtant l’enthousiasme au visionnage de ces douze épisodes de Kaboul Kitchen. Les interprétations de Melki et Abkarian sont quoiqu’il arrive le meilleur argument de vente d’une série qui ne paye pas de mine (afghane) mais qui vaut un peu plus que ce que l’on pourrait en penser. La saison 3, déjà commandée, arrivera peut-être un peu plus vite que celle-ci. Dans ce cas-là, on réserve notre table, et le champagne, c’est pour Jacky…

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