
Londres, 1948. Hortense retrouve Gilbert, son mari, au 21 Nevern Street. C’est là où vit Queenie Bligh, dont le mari, Bernard, après la guerre, n’est jamais rentré chez lui. Pour survivre, elle est obligée de louer des chambres de sa maison. Le couple en question est jamaïquain. Alors que Gilbert a fait la guerre sous le drapeau de l’Empire et l’uniforme bleu de la RAF, Hortense s’est formée au pays pour être professeure, ne rêvant que du jour où elle s’installera en Angleterre. La vie sur cette fameuse île n’est pourtant pas si simple, dans un pays où le racisme s’installe, en même temps que Queenie tombe amoureuse de Michael, lui aussi jamaïquain forcé de s’engager dans l’armée …
Les costumes drama de la BBC revêtent de nouvelles couleurs et s’intéressent à d’autres périodes pour créer un peu de diversité le dimanche soir. Small Island, adaptation du roman de 2004 de Andrea Levy, publié chez nous sous le titre Hortense et Queenie, se penche ainsi sur le début d’un métissage culturel sur le sol britannique, né au cours de la guerre 39-45
Composée de deux épisodes, Small Island a pour s’affirmer dans le paysage audiovisuel une histoire forte et récente. On ne dépoussière pas une nouvelle fois un vieux classique, mais un roman d’à peine 5 ans, gagnant de plusieurs prix, et explorant un pan de l’Histoire de l’Angleterre peu fouillé. Il faut le dire, comme nous, ils sont un peu chauvin et n’aiment pas qu’on leur rappelle quelques moments passés peu glorieux. L’histoire de Small Island le fera, montrant un racisme proéminent sur le sol britannique, de façon assez vulgaire, mais qui sera compensé par la charismatique Queenie, qui, en plus d’avoir l’esprit plus ouvert que ses voisins, se révèlera être suffisamment complexe pour aider le spectateur à se prendre dans l’intrigue.
Heureusement, dirais-je, car la première partie de Small Island est bourrée de défauts. Comme toutes les productions BBC, visuel et costumes sont travaillés, mais accentuent le ton parfois gentillet et lisse qui ressort à cause de dialogues pas toujours des plus inspirés. Hortense peine à se rendre attachante alors que le charme de Michael agit plus sur les autres que sur nous. Le découpage temporel appuyé par un montage nous faisant balader, entre l’avant, l’après et le pendant de la guerre, n’aide aucunement l’immersion dans l’histoire. Le tout est desservi par une voix off insupportable, présente pour nous dire les plus grandes banalités.
Des défauts qui vont aller en s’amenuisant avant même la fin du premier épisode, dans lequel nous aurons surtout eu le temps de nous attacher à Queenie – dominante au sein de cette partie – et de créer des liens avec Gilbert.
La suite continuera sur cette route, se débarrassant des aléas temporels, pour fournir un récit linéaire plus accrocheur. Construit avant tout autour du développement relationnel qui a lieu entre Gilbert et Hortense au cÅ“ur de la maison de Queenie, le duo fonctionne à merveille. Il offre ainsi plus de fraîcheur en jouant sur les traits de caractère forts distincts de l’un et de l’autre pour donner naissance à quelques pointes d’humour, et quitter le côté un peu trop manichéen que l’on pouvait avoir au cours de la première heure et demie. Une combinaison qui va par ailleurs permettre de donner plus de consistance à Hortense, alors qu’en parallèle se développe un dilemme existentiel pour Queenie. Si cette dernière se fait bien moins présente, elle ne perd en rien de sa force, mais est scénaristiquement légèrement éclipsée pour laisser la place au reste.
Small Island est une Å“uvre qui est loin d’être exempte de défauts, et se trouve même par moment pénalisé par l’aspect technique si ronronnant de la BBC. Malgré cela, elle réussit dans sa grande majorité à s’affirmer pour offrir des portraits de personnages attachants, illustrant une page d’Histoire riche qui mérite largement qu’on se penche dessus. Et si Small Island n’est pas maitrisé de bout en bout, elle se révèle être plus accrocheuse et réjouissante que ces débuts ne le laissaient supposer.
Avec : Naomie Harris, Ruth Wilson, Benedict Cumberbatch, David Oyelowo, Ashley Walters, Nikki Amuka-Bird, Karl Johnson.
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