Umbrella Academy : Toutes les familles sont psychotiques, même celles avec des super-pouvoirs

25 Fév 2019 à 12:00

L’apocalypse doit se produire dans 8 jours dans Umbrella Academy, série Netflix inspirée du comic book du même nom créé par Gerard Way. Il revient alors à une famille de super-héros de sauver le monde, s’ils arrivent à pouvoir se supporter les uns les autres suffisamment longtemps pour cela.

Tout commence en 1989 lorsque, le même jour, quarante-trois bébés sont inexplicablement nés de femmes qui n’étaient pas enceintes et que rien ne relie. Le milliardaire Sir Reginald Hargreeves (Colm Feore) se lance dans voyage pour adopter ces enfants et reviendra avec sept : Vanya (Ellen Page), Luther (Tom Hopper), Diego (David Castaneda), Allison, Klaus (Emmy Raver-Lampman), Ben (Justin H. Min ) et Numéro 5 (Aidan Gallagher). Ils sont – exception faite de Vanya – dotés de pouvoirs et forment l’Umbrella Academy qui a pour mission de sauver le monde. Quid des autres enfants ? Allez savoir !

Des années plus tard. Ben n’est plus de ce monde, Numéro 5 a disparu depuis longtemps et les enfants Hargreeves restants ne se parlent plus vraiment. Ils vont néanmoins se retrouver pour les funérailles de leur père. Une réunion qui ouvre de vieilles plaies et les placent face à multiples secrets, sans parler de l’apocalypse…

À l’occasion, l’approche de la fin du monde est comme une arrière-pensée. Car avant d’être une série de super-héros, Umbrella Academy est surtout l’histoire d’une famille dysfonctionnelle. Une où des enfants, aux personnalités distinctes, sont devenus adultes physiquement, mais sont émotionnellement défaillants. Ils peinent ainsi tous autant qu’ils sont à faire le deuil de leur père et à surmonter les traumatismes du passé.

Reginald Hargreeves plane sur toute la série. C’est un homme fascinant avec plein de secrets et des méthodes plus que discutables qui a fait reposer le poids du monde sur des épaules d’enfants. À l’exception de Vanya, tout à fait ordinaire.

La banalité de Vanya est — surprise ! — au cœur de cette première saison de Umbrella Academy. La transformation de cette jeune femme à l’égo meurtrie en recherche désespérée d’affection est l’un des moteurs principaux du récit, un qui repose sur les épaules ici fragiles d’Ellen Page. Vanya est incapable de gérer une seule émotion et Ellen Page de le retranscrire avec charisme à l’écran. L’actrice est transparente comme du cellophane, peu aidée par un scénario la concernant d’une prévisibilité désarmante passé quelques épisodes. Cela en devient lassant de la suivre, alors même que les autres membres de l’académie gagnent en pertinence en parallèle.

Umbrella Academy développe son histoire autour de la famille et de la notion de pouvoir. Celui-ci ne se résume néanmoins pas qu’à ceux que possèdent les enfants, mais également à l’art de la manipulation et au contrôle que quelqu’un peut exercer sur une autre personne. Reginald Hargreeves est le premier fauteur, mais pas l’unique de cette saison.

C’est un peu là qu’entre véritablement en jeu Numéro 5, un adulte coincé dans le corps d’un enfant (soit finalement l’inverse de ses frères et sœurs) qui, en choisissant de stopper l’apocalypse, s’oppose à une organisation qui aura forgé son destin. Si Numéro 5 n’a pas entièrement été façonné par son père, il a lui aussi été aux prises avec une figure autoritaire l’ayant poussé à commettre des actes répréhensibles. Le monde de Numéro 5 est fait de voyages temporels et de tueurs, à l’image des assassins à ses trousses, Cha-Cha (Mary J. Blige) et Hazel (Cameron Britton), et c’est autour de lui que la mythologie de la série prend forme.

Umbrella Academy séduit d’abord par un point de départ alléchant et des concepts connus, mais attirants. Dans l’exécution des idées et le développement de certains membres de la famille, elle se révèle aussi défaillante que ses personnages. Elle embrasse des stéréotypes sans se les réapproprier comme il faut. Elle multiplie les excentricités sans jamais y aller à fond. L’univers est assez coloré et les effets de style ainsi que la bande originale et la composition de Jeff Russo prennent régulièrement le dessus, au détriment d’un scénario plus étoffé.

La série souffre de répéter un peu trop souvent la même partition pour ses personnages et en vient à tourner en rond. Pour autant, on se retrouve embarqué dans l’histoire, étrangement investi dans les improbables rebondissements touchant Cha-Cha et Hazel et surtout ému par Klaus, qui connait les développements les plus tardifs, mais bien notables. Cet accro aux drogues qui cherche à vivre dans un brouillard pour éviter de trop ressentir s’impose définitivement comme l’âme sensible de cette famille. On est par ailleurs dans le registre de prédilection de son interprète, Robert Sheehan, qui n’a aucun problème à relever le défi.

Au terme des 10 épisodes, Umbrella Academy nous délivre une histoire super-héroique familiale qui n’est pas dénuée de panache, mais loin d’être aussi survoltée que possible. L’équipe créative parvient presque à la dernière minute à réussir à extirper tous ses personnages du stéréotype dans lequel elle les avait coincés. L’union fait la force et pas de doute que la série trouve une énergie nouvelle à voir les membres de la famille ensemble, même si la saison, en s’achevant sur un cliffhanger, ne se termine pas sur un sentiment de satisfaction malgré le chemin parcouru. Dès lors cette première saison d’Umbrella Academy est imparfaite à bien des égards, sympathique à bien d’autres et construite avec les yeux au final rivés vers une saison 2.

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