ABC contre Poirot : La rédemption du détective belge (diffusion Canal+)

Depuis le succès de And Then There Were None, BBC One propose une nouvelle adaptation d’Agatha Christie tous les ans, cherchant à en faire sa tradition de Noël. Bien entendu, les histoires de la reine du crime sont bien connues et sont souvent portées à l’écran. Au scénario, Sarah Phelps a imposé dans la relecture de ces classiques une touche sombre et elle cherche à surprendre.

On ne peut pas dire que ABC contre Poirot — ou The ABC Murders en version originale — ne surprend pas. Déjà que de nombreux fans ne conçoivent plus de voir le détective belge dans une série sans David Suchet, ce n’est pas la réécriture de ses origines qui va les convaincre.

Cela dit, le Poirot de Suchet n’aurait pas sa place dans cette version de Sarah Phelps qui pose le personnage dans une réalité bien plus palpable qu’elle ne l’était dans la version ITV. L’histoire qui se base donc sur le roman du même nom nous entraine en 1933 alors que Poirot a été désavoué par Scotland Yard et que Japp a été mis à la retraite en conséquence. Le détective reçoit ces lettres alarmantes du mystérieux A.B.C. et personne ne veut l’écouter (Hastings est absent de la série). Quand les meurtres commis dans l’ordre alphabétique commencent à faire du bruit, l’inspecteur Crome (Rupert Grint) n’a pas d’autre choix que de s’accommoder de la présence de ce collègue indésirable.

John Malkovich nous sert ainsi un Hercule Poirot qui n’est pas au sommet de sa gloire. Celle-ci apparait souvent si proche et si lointaine à la fois. Le détective n’a rien perdu de son intelligence ou de son style, mais il vieillit et semble de plus en plus rejeté par une société qui ne cesse de lui rappeler que, après presque 20 ans, il est toujours un étranger.

ABC contre Poirot s’affirme principalement à travers sa représentation de l’époque, de cette Angleterre isolationniste qui voit le danger venant de l’extérieur et qui ferme les yeux sur celui qui est à l’intérieur. Les meurtres et l’enquête sont donc là pour nous montrer plusieurs facettes de cette société en ébullition qui a été forcée d’abandonner les joies de l’insouciance.

Après tout, il y a un tueur en série qui sévit à travers le pays, choisissant visiblement ses victimes sans tenir compte des divisions sociales et économiques. Riches, pauvres, hommes et femmes, personne n’est à l’abri.

Bien entendu, pour le belge Poirot, les choses sont un peu plus compliquées. Il est tiraillé entre un passé qui revient le hanter, sa propre mortalité qui se profile à l’horizon et une promesse faite aux morts. Il doit résoudre cette affaire, que l’inspecteur Combe le veuille ou non.

C’est pris dans cette situation où Hercule Poirot n’est pas accueilli à bras ouverts que John Malkovich réussit à briller. Il nous sert une performance subtile et teintée de mélancolie qui dessine un portrait terriblement humain de cette figure légendaire. Jamais ses capacités de détectives ne sont légitimement remises en question, mais le fait que Poirot soit traité comme un indésirable l’isole et complique une histoire bien connue.

Si l’investigation n’est pas secondaire et apporte sa contribution à la renaissance que connait Poirot en pouvant de nouveau mener l’enquête, Sarah Phelps aborde le récit d’Agatha Christie comme n’étant qu’un véhicule pour offrir un commentaire sur l’Angleterre contemporaine. ABC contre Poirot est dans ce sens un détournement politique qui, s’il prend une forme intrigante et nous donne une version intéressante du détective — principalement grâce à la performance de John Malkovich —, dénature à un certain degré un classique. Ce que l’inexplicable réécriture des origines du détective ne fait qu’empirer.

En soi, ABC contre Poirot a de quoi décontenancer les fans d’Agatha Christie. Si la fin que Sarah Phelps a imaginée pour Ordeal By Innocence vous a révolté, il est fortement conseillé de vous tenir éloigné de cette nouvelle mini-série. Néanmoins, si l’on dépasse l’angle de l’adaptation, nous avons là un récit qui captive, en grande partie grâce à un casting brillant — Rupert Grint, Andrew Buchan, Eamon Farren, Tara Fitzgerald ou encore Shirley Henderson soutiennent à merveille John Malkovich. Au final, après toutes ces années, Hercule Poirot est devenue une figure controversée, et c’est probablement la plus grosse surprise ici.


Publié en janvier 2019, cet article est aujourd’hui remis en avant à l’occasion du début de la diffusion en France d’ABC contre Poirot sur Canal+ ce jeudi 9 mai 2019 à partir de 21h05.

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