Alpha House : Les sénateurs républicains sont des hommes comme les autres

Alpha House Saison 2

On peut avoir passé des années à regarder la télévision et ne rien comprendre aux tenants et aboutissants du gouvernement américain. Même après sept saisons de The West Wing, la politique qui se pratique à Washington D.C. conserve sa part de mystères.

Aaron Sorkin et John Wells firent un travail assez bon pour vulgariser les rapports de forces à la tête du pays et pour illustrer les particularités de son fonctionnement. Cela dit, son idéalisme transforma surtout le Président Bartlet en une icône. Alpha House ne risque pas de tomber dans le même piège, mais cela ne l’empêche pas de montrer ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir d’une manière éducative. Certes, c’est l’humour qui prime, mais le célèbre cartooniste Gary Trudeau sait de quoi il parle et utilise sa série pour humaniser le gouvernement.

De retour à la télévision (ou sur Amazon pour être précis) une décennie après le mockumentaire Tanner on Tanner – qui faisait suite à la mini-série Tanner ’88 qu’il avait scénarisé pour Robert Altman –, Trudeau nous propose une satire qui nous entraine dans le quotidien de 4 sénateurs républicains qui sont colocataires à Washington.

Tout débute ainsi quand Biggs, Bettencourt et Laffer invitent leur collègue Andy Guzman à s’installer chez eux, car les élections s’annoncent mouvementées et rester au sénat va demander du travail.

Entre errances dans les couloirs du Capitole, le restaurant, la maison, sur les routes pour rallier les votes ou en zone de guerre, Alpha House nous convie à un voyage dépaysant dans la vie de ces politiciens américains. Avec eux, quand il n’est pas question de se faire réélire, il faut discuter législations et satisfaire les demandes des électeurs, mais surtout, celle d’un parti républicain qui semble avoir perdu pied avec la réalité.

Avec un humour qui n’est pas toujours alimenté par un angle politique, il faut admettre que la représentation et la critique du parti républicain restent la plus grande inspiration de Gary Trudeau. Souvent aidé par l’actualité, il ne cesse de livrer des dialogues terriblement efficaces et pertinents. Il se révèle être également un bon observateur de la nature humaine et offre ainsi à Biggs, Bettencourt, Guzman et Laffer des aventures dans lesquelles ils ne brillent pas beaucoup, malgré leurs efforts. Ce ne sont pas de mauvaises personnes pour autant, mais leurs défauts sont idéaux pour désacraliser l’homme politique et montrer qu’il est comme tout le monde.

Alpha House nous dresse alors les différents portraits de politiciens qui sont coincés entre la ligne de conduite de leur parti et leurs convictions personnelles. Garry Trudeau amplifie d’ailleurs cela en explorant pleinement des sujets modernes face auxquels les positions souvent rétrogrades des républicains sont obligées d’évoluer. On parle dès lors d’exploiter le creux qui s’agrandit entre ce parti politique parfois trop conservateur et la société en mouvement avec laquelle ses membres doivent rester connectés s’ils veulent être réélus.

La série ne verse cependant pas dans le cynisme, évitant ainsi des facilités qui l’auraient probablement réduite à n’être qu’un ersatz de Veep ou l’antithèse simpliste de The West Wing – à laquelle elle fait quelques clins d’œil plus qu’inspirés. À la place, elle affirme donc rapidement sa propre personnalité, trouvant un ton bien à elle qui lui permet d’afficher sans tarder une étonnante maturité qui se traduit par une exploitation subtile de son sujet.

Toutefois, tout ceci prend réellement corps grâce aux quatre acteurs de tête qui sont également fermement épaulés par des seconds couteaux qui ne manquent pas de répartie. L’alchimie des comédiens est vraiment ce qui rend Alpha House sympathique et engageante. Goodman, Johnson, Malloy et Consuelos réussissent sans trop forcer à injecter dans le show la dose d’authenticité qui fait la différence, tout en donnant réellement du leur pour nous faire rire.

Intelligente dans le fond et la forme, Alpha House peut se targuer d’avoir des ambitions claires et un humour aussi léger qu’il est détonnant. Elle démarre sans perdre une minute et ne s’égare pas une seconde tout au long de ses deux saisons, affinant progressivement son propos pour se montrer toujours plus incisive dans ses observations et hilarante dans les commentaires qui en découlent. En tant que comédie politique, il serait indiscutablement dommage de la considérer comme étant secondaire à cause de sa distribution confidentielle.

Aucune saison 3 d’Alpha House n’a été annoncée pour le moment, mais la série n’est pas officiellement annulée.
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