John Ridley est désormais un homme bien occupé et cela a certainement contribué à faire que cette troisième saison d’American Crime est plus courte qu’à l’accoutumée. C’est d’autant plus regrettable que le sujet était visiblement trop vaste pour être couvert de façon satisfaisante en seulement 8 épisodes.

Pour cette saison 3, l’anthologie ABC se plonge au cœur de l’esclavage moderne en Amérique — plus particulièrement en Caroline du Nord où certaines lois facilitent les choses pour ceux qui exploitent.

Tout débute avec l’arrivée de Luis Salazar (Benito Martinez) qui entre illégalement aux États-Unis. On découvre rapidement que son but n’est pas de trouver du travail, mais son fils. Ce dernier n’envoie plus de nouvelles depuis trois mois et son père veut savoir pourquoi.

En parallèle, nous suivons Kimara Walters (Regina King), une travailleuse sociale qui tente d’assister des jeunes cherchant à sortir du milieu de la prostitution. Elle aide particulièrement Shae (Ana Mulvoy-Ten), une adolescente confuse.

À cela s’ajoute Felicity Huffman dans la peau d’une femme au foyer dont la dépendance à son mari et les crimes commis par la famille de celui-ci vont révéler une autre forme d’emprisonnement. De même, nous avons Coy Henson (Connor Jessup), un jeune drogué qui nous sert de porte d’entrée dans le milieu des travailleurs illégaux qui souffrent dans les champs où ils se font abuser et sont payés une misère. Enfin, à mi-parcours nous sommes introduits à Gabrielle (Mickaëlle X. Bizet), une Haïtienne qui se met au service de Clair Coates (Lili Taylor) qui l’emploie comme nourrice.

On pourrait également rajouter d’autres intrigues plus ou moins secondaires, des personnages récurrents de tous les côtés et l’on arriverait à peine à faire le tour de la question. Le constat est tragique et cette saison d’American Crime n’est pas là pour laisser passer quoi que ce soit.

Des abus physiques aux psychologiques, de l’emprisonnement à la pression sociale, sans oublier le contexte économique, la place du système judiciaire, les organismes d’aides sous-financer et les traditions qui masquent plus qu’on ne voudrait le reconnaitre, rien n’est oublié.

C’est bien là le problème. À trop chercher à en dire, cela tourne rapidement à l’exposé dramatique à tendance didactique. Pour une série qui a su jusque-là parfaitement jouer sur la corde émotionnelle pour nous intéresser, cette saison 3 se montre en grande partie stérile. Certes, Regina King compense cela en délivrant une fois de plus une performance marquante, tout comme Benito Martinez, mais elle se bat avec finalement peu de matériel, tandis que lui boucle son intrigue à mi-parcours. C’est mieux que les autres qui parviennent à peine à éviter que leurs personnages se retrouvent limités à n’être que des illustrations du propos du show.

Concrètement, la démonstration prend le dessus sur l’aspect humain. La distance qui se crée ainsi immédiatement aide à multiplier les exemples dressant un portrait catastrophique de cette Amérique qui fait de l’esclavage moderne sous toutes ses formes sa colonne vertébrale. Néanmoins, American Crime n’est pas un documentaire et le fond perd un peu de sa pertinence à cause de l’aspect fictionnel qui reste superficiel faute d’espace pour prendre pleinement corps.

La saison nous livre une suite de vignettes là où les précédentes nous avaient habitués à un récit qui n’était pas seulement ambitieux dans son propos, mais également dans sa forme. American Crime est toujours un show à regarder, mais cette saison 3 passe à côté de son potentiel en cherchant à être plus exhaustive qu’elle ne pouvait réellement l’être. C’est regrettable.

Publié une première fois en mai 2017, cet article est remis en avant à l’occasion de sa diffusion sur Canal+ Séries à partir de ce mercredi 16 août à 20h50.