Avec Freak Show, American Horror Story a atteint ses limites

American Horror Story : Freak Show -

Présent sur le petit écran depuis les années 50, l’anthologie (en dehors des classiques) n’était certainement plus attachée au mot succès depuis longtemps déjà. Le format connait actuellement une résurgence qui a été lancée avec American Horror Story – qui se dirige maintenant vers sa cinquième saison.

Le twist ? Au lieu de raconter une histoire différente à chaque épisode, l’anthologie horrifique de FX nous propose un récit par saison. L’équipe créative développe ainsi une intrigue sur un nombre d’épisodes limités, sans avoir (normalement) le besoin d’étirer pour tenir sur la durée. Il y a une résolution en bout de route et on peut tout recommencer la saison suivante.

Lors de la diffusion de la première saison d’American Horror Story, FX n’avait pas révélé dès le départ le format du show, un pari qui était risqué, mais qui fut au final payant sur toute la ligne – ou presque.

Presque, car qu’importe le format, le renouvellement est nécessaire à une série pour qu’elle garde de son intérêt. Si l’anthologie laisse supposer que cela devrait être plus facile, American Horror Story : Freak Show a démontré toutes les limites qui allaient avec. Cela ne signifie pas que les autres sont destinés à tomber dans les mêmes pièges, mais bien qu’il y en a et qu’il y a assurément des leçons créatives à tirer de tout cela.

La série de Ryan Murphy et Brad Falchuk a pris définitivement forme avec sa seconde saison qui avait d’une certaine façon vocation d’illustrer exactement de quoi il retournait – en terme artistique. C’était l’installation de la formule, si on peut dire : les acteurs qui revenaient, l’établissement des thématiques passant de saison en saison, son traitement de l’horreur, ses ambitions visuelles.

Finalement, il y avait plus à perdre qu’à gagner avec la seconde saison, intitulée Asylum. Celle-ci nous plongera dans un monde horrifique différent de celui de Murder House (saison 1), confirmant la tendance de la série à partir dans tous les sens, mais aussi à prendre aux tripes, à choquer, à surprendre, et à construire un récit étonnant.

Jusque-là, tout allait bien. Deux ans plus tard, c’est une histoire qui a bien changé et on ne peut alors qu’être confronté au fait que ce qui peut être une force peut se transformer en faiblesse.

Avoir un casting « principal » qui passe de saison en saison a ses avantages, à commencer par aider le spectateur à s’investir plus rapidement dans une histoire avant que l’intrigue prenne complètement forme. Cependant, au fil du temps, on perd une certaine fraicheur qui se ressent d’ailleurs avec l’ajout d’acteurs (que le personnage soit bon ou non) ; pour ne rien arranger, la familiarité existante entre les scénaristes et les interprètes se transforme en un frein à la créativité. Il n’est donc pas rare d’avoir l’écho d’un ancien personnage dans un nouveau, sentiment amplifié par l’exploration des thématiques.

Malgré le changement de décor inévitable et des personnages différents, American Horror Story est tombé dans le piège que son propre format aurait dû lui éviter : la répétition.

American Horror Story : Freak Show -Bien qu’une nouvelle histoire soit racontée à chaque saison, il n’en reste pas moins que l’œuvre en elle-même explore les mêmes thématiques, année après année. Les fantômes dans Murder House, les patients de l’asile, les sorcières de Coven et les freaks représentent tous les exclus de la société, ceux qui sont en marge, mal perçus ou rejetés. Quête identitaire, besoin d’appartenance ou de reconnaissance, recherche de la célébrité, expérimentation sociale et morale sont les principaux moteurs du récit. Qu’est-ce qui différencie réellement un monstre d’un autre et de quelqu’un d’inséré dans la société, dissimulé derrière les apparences ? Il est aisé de blâmer le système et d’ailleurs, plus que jamais, il est facile d’en arriver à cette conclusion dans Freak Show, même si ce n’était pas voulu.

Le fait que l’on puisse tirer une telle conclusion assez tôt dans la saison montre bien qu’il y a un problème, car c’est un constat trop simpliste et réducteur, démontrant que l’on est resté à un niveau superficiel. L’équipe créative n’est pas parvenue à creuser d’une nouvelle façon pertinente ses thématiques et l’horreur qui va avec.

On pourrait trouver une explication à ce problème, justement, dans le fait que la saison semble plus s’inspirer du cinéma horrifique d’exploitation où il est plus souvent question de choquer que de développer une véritable histoire angoissante. C’est assez étrange dans le sens où l’horreur manque à l’appel au sein de cette salve d’épisodes, nous laissant alors seuls face à un récit creux qui se repose sur son casting familier pour donner le change.

Ce qui a fait le succès d’American Horror Story est sans aucun doute sa capacité à prendre des risques. Elle sait mélanger les genres avec ingéniosité, entrainer son histoire dans des directions inattendues et même, à des degrés variables, choquer ou angoisser à travers son traitement de l’horreur. Techniquement parlant, les premières saisons ont une identité forte, avec des plans étonnants, des choix artistiques visibles qui affirment pleinement sa différence. Il n’y a rien qui ressemble à American Horror Story sur le petit écran et c’est pour cela que la voir devenir ennuyeuse est terrible.

Seulement, il est évident avec Freak Show que l’équipe est arrivée à un tournant, en ayant fait le tour de tout ce qu’elle avait à dire sur les premières questions qui furent soulevées. Ses personnages se sont retrouvés pris au piège, à se répéter au fil des épisodes, l’histoire n’avançant pas et n’ayant rien à leur offrir pour qu’il puisse décemment se distinguer.

Si le Freak Show paraissait donc être un environnement idéal pour American Horror Story, en vérité, celui-ci incarnait trop bien les idées du show pour le servir convenablement. L’image reste séduisante, mais nous sommes à des kilomètres des plans marquants d’Asylum ou même de la musique de Coven (exception faite pour le sublime générique, LA réussite de la saison). Plus que jamais, American Horror Story a tourné en rond dans Freak Show.

John Landgraf – le CEO de FX Networks – vient tout juste d’annoncer une saison 5 très différente et une « réinvention » de la série. Il est difficile de ne pas y voir juste un vocabulaire promotionnel, même s’il s’agit au moins de celui que j’ai envie d’entendre, celui qui correspond le mieux à ce que devrait être American Horror Story. Son format peut l’aider à se sortir d’une impasse créative plus facilement. C’est nécessaire, car la série, pour mériter qu’on continue de parler d’elle dignement, a sincèrement besoin de se renouveler.

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