Battlestar à table

Les derniers survivants des 12 colonies sont toujours à la recherche d’une planète appelée la Terre…

La saison 3 de Battlestar Galactica s’achevait sur la révélation de 4 des Final Five, Cylons se trouvant dans la flotte, figures importantes de la série. Nous laissant sur une attaque de l’ennemi, l’équipe créatrice avait alors 20 épisodes pour conclure l’aventure.

Légèrement victime de la grève des scénaristes, BSG connaitra quelques remous, qui, au fond, ne nous toucheront pas, car Sci Fi Channel n’allait pas manquer l’occasion de faire durer le plaisir, découpant cette dernière saison en deux : ainsi, à un an d’intervalle furent diffusées les deux parties la composant.

Cela serait un simple détail technique (et frustrant, pour le spectateur) s’il n’y avait pas une si considérable différence narrative. Il faut dire que depuis ses débuts, les scénaristes ont toujours eu de grandes difficultés à offrir des saisons de 20 épisodes. La série ayant été, au départ, construite sur un format plus court (13) et feuilletonnant, les exigences de la chaine en termes de développement, réclamant des stand-alones, furent bien souvent responsables de la majorité des faiblesses du programme, l’équipe de Ronald D. Moore n’ayant jamais réellement réussi à s’y adapter.

Pour la fin, il devait être alors évident que nous n’allions pas être victimes de cela, mais malgré une sortie négociée auprès des grands pontes, elle ne se fera pas sans douleur.

Au cours des dix premiers épisodes, nous sommes plus ou moins centrés sur la découverte de 4 modèles cylons, appartenant au Final Five, se trouvant sur le Galactica : Tigh, Tyrol, Tory et Anders, ou devrais-je dire, Samuel T. Anders (pour que l’on voit la relation T qui existe), ont découvert sur fond de All Along the Watchtower retravaillé par les frères McCreary, qu’ils étaient en fait des machines. Chacun doit alors digérer cette nouvelle, les faisant évoluer dans des voies bien distinctes. Alors que l’assistante de la présidente va rapidement embrasser son destin, Tigh et Tyrol rentreront plus dans une quête identitaire, qui, pour le Chief sera assez douloureuse, le conduisant à s’éloigner de tous, suite à la mort de sa femme. Anders, quant à lui… Comme toujours, ne connaitra pas de réels développements, choisissant, malgré de nouvelles questions, de rester dans le sillage de sa revenante d’épouse, Kara ‘Starbuck’ Thrace.

Morte, Starbuck sera durant toute la saison, plus qu’un mystère, celle destinée à mener le peuple à sa perte. Ou, du moins, vers la Terre, si on fait abstraction des multiples prédictions sur le futur qui nous ont été servies. Dans tous ces excès, agrémenté d’une mutinerie qui coûtera la jambe à Felix, de retrouvailles avec Leoben, Kara Thrace aidera bel et bien la flotte à trouver la planète bleue. Mais pas seulement…

Car, au loin, alors que l’on assiste à des développements psychologiques et des recherches d’avenir, sur le Basestar, c’est la révolution ou la guerre civile au sein d’un peuple qui n’en a jamais connu. La séparation en deux camps des Cylons sera un évènement riche, offrant la possibilité de s’arrêter plus longuement sur les toasters, leur numérotation, règles de vie et de conduite, ainsi que leur dévotion et croyance, bien plus source de conflits que de paix.

Cela nous conduira à la résurrection de D’Anna, et mènera humains et groupe Cylon vers une Terre dévastée, qui arrivera un peu tardivement. On a singulièrement trainé des pieds sur la fin de cette première partie pour qu’elle s’achève sur un plan-séquence à la mise en scène exagérée, qui finalement, était peut-être un signe du destin quant à ce qui allait nous attendre dans la suite de la saison.

Un an plus tard, nous retrouvons nos Cylons, les derniers survivants de la race humaine, et une planète en ruine. L’avenir ? Quel avenir ? Voilà donc la difficile question qui va se mettre à hanter l’homme, à rôder dans les couloirs, menant à la mort, à la division, à la rébellion.

D’introspection, nous n’avions pas besoin à ce stade de la série. Et c’est là que nous commençons alors à avoir singulièrement l’impression de perdre notre temps. Pas que tous les épisodes composant cette seconde partie se révèlent mauvais, la plupart d’entre eux rentrant très bien dans les standards imposés par le programme, mais où cela nous conduit-il ? Baltar, messie, et son harem personnel ne déboucheront véritablement que sur une fine couche de concret, et dont les meilleurs moments mégalomaniaques nous ont été servis durant la première partie. Car le docteur sera par ailleurs plus en retrait dans ces dix derniers épisodes.

D’autres se contenteront de rôder dans les couloirs, victimes de l’imagination de l’équipe créatrice qui a transformé Callie en femme infidèle, car en faisant de Tyrol un Cylon, ils avaient malencontreusement changé la destinée de Hera. Il faut donc réparer l’erreur, en même temps qu’il va falloir éliminer du monde, histoire de continuer dans cette ambiance un peu sombre imposée par le fait que nous nous dirigeons vers la fin. Certains auront une sortie justifiée et maitrisée (Dee), tandis qu’on comptera les corps au cours d’une rébellion correctement menée, mais répétitive et n’apportant rien au sujet. On ne restera qu’à la surface des thématiques du genre, comme si les scénaristes n’avaient pas réalisé les raisons de la levée de boucliers – ou alors préféré l’occulter, faute de temps, pour une intrigue donnant justement l’impression de boucher un trou. Beaucoup de personnages secondaires périront, la magnifique règle militaire s’appliquant ici à merveille : c’est le troufion qu’on envoie à la mort pour protéger les hauts placés. Ces derniers sont les protagonistes, qui nous conduisent donc vers la fin.

Cela sera amorcé avec le dernier Final Five, Ellen Tigh. Marche arrière, pour sa résurrection, révélation et confrontation avec Cavill, pour donner un coup de boost à l’intrigue, ce qu’on attendait depuis le début, et qui s’arrêtera aussi vite qu’arrivée. À se demander pourquoi on ne lui pose pas plus de questions à son retour dans la flotte coloniale. Le but est évident, les pions ont été placés, mais avant le grand final de 1h30, il reste 3 épisodes bouclés à l’aide de symbolisme, de religion et de métaphore typiquement Galacticienne.

Nous sommes plus que prêts pour la dernière bataille, que l’on a attendue avec impatience, et on s’y jettera dedans avec plaisir, plus que volontaire pour arriver au bout de la route. Loin d’une confrontation épique, cette dernière se révèlera quand même à la hauteur, fournissant réponses à toutes les questions posées. La force du final de Battlestar Galactica n’est en soit pas d’être une réussite, mais de ne rien laisser en suspens. On regrettera les facilités et les raccourcis pris, alors que l’on va trainer en longueur pendant les 40 dernières minutes, mais nous aurons bouclé la boucle, et l’expression définit parfaitement cette fin.

Les 20 épisodes composant cette quatrième saison de Battlestar Galactica ne forment pas un tout homogène, dans lequel on retrouve autant de bonnes choses que de mauvaises. Finalement, rien de mieux que la décomposition du Galactica ne souligne le résultat final de cette saison…

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CaroleC
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