Big Little Lies : Une histoire de femmes

Big Little Lies, mini-série événement de HBO créée par David E. Kelley, était attendue au tournant. Adaptation du roman à succès de Liane Moriarty avec des têtes d’affiche prestigieuses, la série est effectivement très alléchante sur papier. Qu’en est-il au terme des sept épisodes de cette unique saison ?

Quelqu’un a été assassiné à Monterey. En tant que spectateur, nous ne savons ni qui, ni par qui, ni pourquoi, mais grâce à des bribes d’interrogatoires, les indices s’accumulent petit à petit. Quelques mois plus tôt, Jane arrive en ville, et sa situation de mère célibataire attise d’abord plus de curiosité que de sympathie. Elle se lie rapidement d’amitié avec un groupe de femmes, mais rien ne se passe comme prévu lorsque son fils Ziggy est accusé de violence sur une de ses camarades de classe.

Une dissection minutieuse des interactions modernes

Un meurtre mystérieux et des affaires de voisinage. Réduire Big Little Lies à son intrigue principale ne serait pas lui faire justice, car le message de la série n’est pas là. Dans cette vision tronquée de l’Amérique — une ville en bord de mer composée uniquement d’Américains blancs et riches —, le quotidien et les clichés ont la vie dure. L’efficacité de la saison repose souvent sur ce genre de paradoxes qui utilisent l’effet de surprise pour happer le spectateur.

Entre familles recomposées et monoparentales, les projecteurs sont braqués sur ces situations qui dérangent parfois, mais qui sont une réalité qui mérite également une visibilité. Les couples en apparence idéaux cachent des violences physiques et psychologiques, des passions éteintes que l’on ne ravive plus et des infidélités que l’on cherche à taire.

À Monterey, le couple parfait n’existe pas et chacun veut sa part de bonheur. Noyés dans leurs propres problèmes, les personnages avancent avec des œillères. Dans un monde où la crédibilité et la réputation passent par les interactions sociales, tout le monde parle, mais personne ne s’écoute, et les appels à l’aide ne sont pas entendus. Big Little Lies pointe ici du doigt ce que l’on pourrait qualifier d’égoïsme ordinaire, sans jugement et sans pessimisme, mais plutôt comme une triste fatalité.

L’angle de l’intrigue policière est au point de départ une bonne idée, mais perd rapidement de sa saveur. Les points de vue extérieurs des voisins sur la situation de Jane, Celeste et Madeline sont intéressants et apportent souvent une touche d’humour, mais délivrent finalement peu d’éléments sur le meurtre qui reste obscur trop longtemps. De nombreuses théories peuvent être faites sur le mobile et les personnages concernés, et amènent à la drôle de prise de conscience que tout le monde aurait pu trouver une raison de tuer n’importe qui.

Un casting à la hauteur

Cette ambition d’être une fresque de la société riche actuelle n’aurait jamais pu aboutir sans des acteurs de taille pour porter ces personnages qui s’avèrent être bien plus subtils que le script le laissait deviner. Shailene Woodley, qui frôlait l’erreur de casting lors du pilote, dévoile au fil des épisodes beaucoup de nuances et donne corps à Jane, cette mère torturée au passé sombre, mais décidée à aller de l’avant. Madeline, interprétée par Reese Witherspoon, est quant à elle, aussi pétillante qu’émouvante, et nous sert de point d’ancrage.

La performance la plus notable reste cependant celle de Nicole Kidman dans le rôle de Celeste Wright. Les violences conjugales sont souvent taboues et compliquées à porter à l’écran. Les scènes entre Perry (Alexander Skarsgård) et Celeste sont, en effet, difficilement soutenables, mais nécessaires pour le développement des deux personnages. Nicole Kidman réussit alors à exprimer, en très peu de mots, les sentiments contradictoires qui la tiraillent. Véritable exemple d’écriture, Celeste est loin d’être uniquement une cause à défendre, c’est également une femme forte, intelligente, remarquablement rationnelle et débrouillarde.

L’émotion par l’image

Big Little Lies profite aussi du talent de Jean-Marc Vallée, réalisateur canadien connu notamment pour sa précédente collaboration avec Reese Witherspoon dans Wild (2014).

On y retrouve sa patte, et son attrait pour les cassures de rythme qui donnent du relief aux épisodes. Visuellement très léchée et travaillée, la série est un plaisir pour les yeux. Les couleurs légèrement désaturées créent continuellement un certain malaise qui affirme une personnalité bien particulière.

L’objectif est clairement de retranscrire les états d’âme des héroïnes à l’écran, notamment en jouant la carte de la subjectivité avec des scènes issues de l’imaginaire de ces dernières. Les mises en parallèle de séquences ne sont également jamais laissées au hasard et cherchent à tout instant à questionner le spectateur. L’inclusion de différentes temporalités est également parfaitement maîtrisée et redynamise l’ensemble sans jamais nous perdre. Clairement, la multiplicité des techniques de réalisation faite vraiment de Big Little Lies une production spéciale, mais prend le risque de laisser très hermétique tant le style est affirmé.

Grande réussite de ce début d’année 2017, Big Little Lies forme un tout très cohérent et satisfaisant. Bien que certaines questions restent en suspens quant à l’avenir des héroïnes, la série laisse sur un sentiment d’achevé. Ce bout de chemin en compagnie de ces femmes complexes, torturées, mais finalement profondément optimistes est très inspirant et laissera à coup sûr son empreinte.

Big Little Lies est disponible dans son intégralité en téléchargement légal.

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