Black Mirror Saison 4 : Le futur n’est plus aussi cauchemardesque qu’avant

Après une troisième saison comprenant son premier épisode avec une fin heureuse, Black Mirror continue son américanisation à l’aide de 6 nouveaux épisodes récemment mis en ligne sur Netflix. Ayant commencé l’écriture en juillet 2016, Charlie Brooker a choisi d’injecter plus d’espoir dans ses scénarios, s’éloignant quelque peu de l’esprit nihiliste de la série.

La noirceur qui définissait tant dans les premières saisons n’est plus aussi présente Si comme moi, vous aimez Black Mirror pour le sentiment d’oppression qu’elle peut créer, sa capacité à rendre mal à l’aise, son aptitude à délivrer des conclusions tragiques, dérangeantes et bouleversantes, il faut donc s’adapter au fait que ce n’est plus ce que la série offre.

On peut néanmoins noter que cette saison se révèle assez homogène qualitativement parlant et que ces nouveaux épisodes sont tous techniquement d’une réussite indéniable. Chacun possède une identité distincte retranscrite par des réalisateurs confirmés qui savent exploiter les décors ou leurs acteurs. L’esthétisme assure que l’on plonge à chaque fois dans un environnement différent, certaines histoires étant plus poussées que d’autres sur ce plan. Et lorsqu’il y a besoin de moins de travail visuel, le casting se charge en général d’élever le matériel qu’il a entre les mains.

Dans tous les cas, Black Mirror n’est plus cette série terriblement noire et pessimiste qu’elle était. Non dénué d’idées, l’abus technologique reste présent, mais le vice n’est pas poussé aussi loin qu’avant. Lorsqu’il est question de contempler son reflet, le choix est fait de ne plus projeter une image noire de l’humanité mais de laisser l’espoir s’y insinuer à l’occasion.

Contrôle parental, exploration de l’utilisation de la mémoire, intrusion et manipulation de la vie privée, réalité virtuelle ou simple futur post-apocalyptique… Cette saison 4 de Black Mirror confirme que la série est devenue plus sage et moins révoltante. Le futur n’est plus aussi cauchemardesque qu’auparavant.

ArkAngel (4.01)

Cette saison 4 explore sous différents angles jusqu’où une figure adulte est capable d’aller pour protéger un enfant. L’approche d’ArkAngel est la plus directe sur le sujet, mettant en scène Rosemarie DeWitt dans la peau d’une mère qui investit dans une nouvelle technologie après avoir failli perdre sa fille. Cela lui permet alors de suivre sa progéniture à la trace, voir ce qu’elle voit et même censurer des images.

Cet épisode pose d’ailleurs quelque peu la formule de cette nouvelle saison de Black Mirror avec des histoires ayant un point de départ intéressant et en général, une performance centrale excellente, mais un scénario qui ne va pas jusqu’au bout ou qui n’a pas grand chose à dire. Au final, le classicisme dans le traitement de son sujet rend ArkAngel bien moins poignant et percutant que voulu, malgré l’excellente prestation de DeWitt qui, devant la caméra de Jodie Foster, donne à la détresse et l’obsession de cette mère tout son sens.

Crocodile (4.02)

Crocodile s’inscrit dans la directe lignée d’ArkAngel, deux épisodes qui fonctionnent parfaitement ensemble de par leur scénario basique mais élevé par leur tête d’affiche. Dans le cas présent, c’est Andrea Riseborough qui dépasse des limites dans le but de protéger ce qu’elle a construit le moment où une erreur de son passé refait surface. Elle est poussée à agir avec violence, alors qu’en parallèle, une femme mène des entretiens utilisant un appareil lui permettant d’avoir accès aux souvenirs des gens qu’elle rencontre dans le but de découvrir ce qui est réellement arriver à un homme qui a eu un accident. Les deux vont naturellement entrer en collision, l’histoire suivant une trajectoire tragiquement prévisible, même dans sa conclusion injectant une légère note d’humour noir qui est un peu trop aisé de deviner.

L’épisode se démarque néanmoins sur un plan esthétique grâce à un tournage ayant pris place en Islande, avec John Hillcoat à la direction. Cela nous offre inexorablement une ambiance scandi-noir qui ne peut être que voulu. Les décors extérieurs attirent instinctivement et les grandes étendues créent un contraste notable avec le monde finalement si petit qui est dépeint présentement où l’on peut se retrouver justement prisonniers de nos propres actions, de nos souvenirs.

Hang the DJ (4.03)

Il est aisé de présenter Hang the DJ comme le San Junipero de la saison, alors pourquoi ne pas le faire ? C’est après tout l’épisode comédie romantique de la saison et l’un de ceux qui choisit l’optimisme au détriment du nihilisme. L’histoire suit Georgina Campbell et Joe Cole qui se sont tous les deux inscrits à une app ayant pour but de leur trouver l’âme sœur. Ils doivent juste suivre à la lettre ce que le système a pour eux. Celui-ci décide combien de temps ils doivent passer avec un partenaire pour mieux étudier et déterminer la bonne personne pour eux.

Fonctionnant plus ou moins comme une sorte de Tinder poussé à l’extrême en accumulant une tonne de données sur quelqu’un pour affiner le profil, Hang The DJ aborde avec une certaine légèreté la manière dont la recherche d’un partenaire fonctionne de nos jours. Le regard porté sur ce que l’on fait est aussi acéré que réaliste, que ce soit dans la place occupé par la technologie dans ce procédé ou notre rapport avec le sexe et le type de relation que l’on développe. La conclusion manque cependant d’impact et tend même à diminuer les constats développés dans l’épisode.

USS Callister (4.04)

Seul épisode de cette saison que Charlie Brooker n’a pas écrit seul (il est accompagné ici par William Bridges), USS Callister s’impose également comme le plus abouti dans ses thématiques et son traitement visuel (avec Toby Haynes derrière la caméra). Ce qui fut présenté comme une sorte de satire de Star Trek devient rapidement bien plus que cela lorsque la construction narrative de l’épisode est exposé. Dès lors, l’histoire prend un tournant qui ne cesse de révéler ses multiples sujets pour mieux se pencher sur l’utilisation abusive et manipulatrice de la technologie pour s’évader et trouver une forme de compensation à ce qui ne va pas.

On passe de la déconstruction des vieux codes de SF où héroïsme et bully se mélangent à la perfection à une observation du comportement social dans l’environnement professionnel aux multiples champs de lecture sans oublier les quelques piques inspirés sur les genres dans les œuvres de ce type et plus encore. En somme, nous tenons l’épisode qui a le plus large champ de lecture, et une intrigue qui trouve un bon équilibre entre humour et cruauté. Le seul point noir à mes yeux est une conclusion qui s’inscrit dans l’approche de cette saison, là où l’épisode aurait pu se terminer en allant encore plus loin dans son propos. Cela n’enlève en rien le travail effectué sur cet épisode, du scénario fouillé aux excellentes performances des acteurs.

Metalhead (4.05)

Cette saison 4 de Black Mirror est sans aucun doute une féminine, avec des actrices qui portent les épisodes sur leurs épaules. Rien de choquant avec la toujours épatante Maxine Peake qui est presque toute seule durant Metalhead. Après USS Callister, c’est sans aucun doute l’épisode qui se distingue le plus dans ses choix artistiques. En noir et blanc et avec un nombre de dialogues limités, l’histoire nous plonge dans une écosse post-apocalyptique où des chiens terminators font la loi. Cela est donc une sorte de survival épisode qui trouve avant tout son intérêt dans la résilience de son personnage principal qui cherche à échapper à un chien robot ultra tenace. Ou quand le meilleur ami de l’homme devient son pire ennemi suite, à l’évidence, à une perte de contrôle total d’une technologie (prochaine étape : les Cylons !). Un moyen comme un autre de parler de notre manière de corrompre ce qui est bon au point de départ.

L’approche reste ici simpliste, l’ensemble trouvant clairement sa pertinence avant tout dans les choix stylistiques qui aident à donner du relief à l’univers. Il émerge une forme d’absurdité sur jusqu’où nous sommes prêts à sacrifier pour, le plus souvent, quelque chose qui est à la fois rien et beaucoup. Le symbolisme est sans aucun doute plus que présent dans Metalhead et même s’il ne peut donner à l’ensemble plus de relief, il aide l’épisode à posséder une dimension émotionnelle qui est retranscrite à merveille par son actrice.

Black Museum (4.06)

Anthologie dans l’anthologie, Black Museum se présente comme l’épisode le plus méta de Black Mirror grâce à ces multiples easter egg et son intrigue qui est autant un constat sur le développement de la technologie que sur la série en elle-même. A l’image de White Christmas, cet épisode nous reconte trois histoires avec Rolo Haynes (Douglas Hodge), propriétaire d’un musée qui relate donc à sa visiteuse Nish (Letitia Wright) l’origine de certains artefacts étant impliqués dans le développement de technologies liés à des transferts avec le cerveau humain

Dans le fond ou la forme, Black Museum emprunte beaucoup à ses prédécesseurs, mais le fait volontairement. On se retrouve face à des histoires glauques qui abordent frontalement les tragiques conséquence de l’expérimentation et de la recherche menant à des révolutions scientifiques et technologiques. Le fait que Rollo travaillait dans un hôpital n’est pas anodin, au même titre que les multiples références aux précédents épisodes de Black Mirror nous renvoyant à la nature expérimentale même de l’anthologie, et par extension aux histoires qu’une série peut développer avec plus ou moins de succès.Les trois récits (et la conclusion) de Black Museum en sont un parfait exemple.

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