Black Sails : Des pirates bien bavards (saison 1)

18 Mai 2014 à 13:20

Black Sails : Des pirates bien bavards (saison 1)

1715, îles Caraïbes. Jeune mousse et petit escroc, John Silver se retrouve dans une aventure qui le dépasse quand il vole un itinéraire menant au trésor légendaire. Malgré l’incertitude et la taille du défi, le capitaine Flint, poussé à agir de façon téméraire, entreprend alors de partir en quête du navire et de son butin.

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Voilà une idée dangereuse. La télévision américaine avait-elle besoin de partir à l’abordage du chef-d’œuvre de Robert Louis Stevenson, L’île au trésor ? Pas vraiment diront tous ceux qui ont parcouru les sept mers avec Long John Silver et Jim Hawkins. L’amour de l’art étant plus fort que tout à Hollywood, quelques producteurs bien avisés se sont dit qu’il y avait sans doute bien des choses à raconter de ce milieu fascinant de la piraterie – et ils ont eu raison.

Avec Michael Bay à la production et les créateurs de Human Target au développement, on ne s’attendait pas une série sur les tergiversations existentielles des pirates du XVIIIème siècle. On voyait plutôt se profiler les navires au loin, les boulets de canon être chargés dans les cales et les couteaux entre les dents d’un tas de misfits des océans. Eh bien non. Il faut admettre que la série en a plus dans le ciboulot qu’elle n’en laissait paraître. Potentiellement déroutants pour ceux qui s’attendaient à une série navale qui sent bon le rhum et la poudre, nos pirates ont bien souvent pied à terre. Et pour une bonne raison : c’est la crise.

Maigres butins ramassés, soins des blessés à payer et une mutinerie qui se trame, le capitaine Flint a connu des jours meilleurs. Il croit aussi dur comme fer à la découverte d’un itinéraire menant à un trésor. Black Sails raconte alors la quête maladive d’un homme – et les chemins de traverse qu’il est prêt à prendre pour y accéder. Mensonges, tromperies, alliances dangereuses, secrets… Flint n’est pas à une trahison de son équipage près pour parvenir à ses fins. C’est également un homme de stratégie, de compromis (plus ou moins forcés) qui évalue des situations avec finesse et subtilité – subtilité que l’on retrouve dans le jeu de Toby Stephens. Dans sa dualité de leader qui n’applique que rarement ce qu’il demande à ses hommes, Flint est de loin le personnage le plus intéressant, le mieux écrit et le mieux interprété de la série.

S’il est le héros de notre récit, Flint est surtout à la tête d’une brochette de vraies gueules. Cicatrices profondes sur le visage, barbes et chevelures mal peignées, les héros de Black Sails ont des tronches de pirates. Malgré d’évidents choix esthétiques peu en accord avec l’époque, la série ne prétend jamais à la description parfaite d’une communauté, mais plutôt à une étude de caractères. Elle montre alors un groupe d’individus que l’on pense sans foi ni loi, mais qui sont finalement régis par nombre de règles et de codes particulièrement précis. Ce qui n’empêche évidemment pas d’essayer de tromper le concurrent, de tuer ceux qui se mettent en travers du chemin ou de profiter des plaisirs charnels et de l’alcool à outrance. L’impression d’assister à une reconstitution assez véridique est alors prégnante, tout en gardant un aspect terriblement ludique et romancé propre à une série de la sorte.

Sur sa forme, Black Sails voit assez grand, malgré un budget sans doute assez raisonnable. Les effets spéciaux, notamment sur les séquences maritimes, ne paraissent jamais cheaps et assument l’image d’une honnête série B. Les maquillages et les costumes sont formidables et les quelques séquences de batailles nous emmènent au cœur de ces abordages riches en suspense. Sur terre, Nassau n’a rien à envier aux océans et l’ambiance mal famée des Caraïbes du XVIIIème siècle transpire à chaque plan.

C’est plutôt sur le fond que la série vient surprendre. Assez (voire très par moments) bavarde, Black Sails devient même parfois assez technique en abordant des sujets complexes, forçant les personnages à ne jamais agir avant de réfléchir. Via le personnage central (en termes d’intrigues se nouant autour d’elle) d’Eleanor Guthrie, la série fait presque de la politique à son niveau en soulignant les jeux de pouvoirs des protagonistes et les risques inhérents à la conquête de leurs objectifs respectifs. Quelques personnages possèdent cependant des limites narratives. En tête, Miss Barlow ne convainc pas en maîtresse de Flint, malgré une histoire et des secrets qui nous seront révélés au fur et à mesure. Son passé trouble n’intéresse qu’à peine et son avenir n’intrigue que vaguement.

Malgré donc certaines séquences un peu longuettes, il y a un vrai plaisir à regarder ces huit premiers épisodes de Black Sails. Soin apporté à l’ambiance, personnages globalement bien écrits et interprétés, séquences d’action fun et dynamiques, il s’agit d’une œuvre plus qu’honnête. Cette propension à beaucoup parler vient faire défaut en fin de saison où il apparaît clairement que cette première salve d’épisodes n’est au final qu’un prologue (de huit heures donc…) à un récit de pirates qui devrait nous en donner pour notre argent dans le futur. La dernière scène indique clairement pourquoi Starz a commandé une saison 2 plus longue avant même la diffusion de la première : nous venons d’assister à l’introduction d’un roman, et toutes les pièces sont maintenant en place pour assister au spectacle qu’on nous a promis. Hissez Ho !

La saison 1 de Black Sails est disponible en DVD et Blu-ray.

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