Jonathan Ames, un écrivain en panne d’inspiration après un premier succès,  devient détective privé sans licence afin de continuer à payer ses factures. Il va être accompagné ou conseillé par ses amis George, un patron de presse séducteur, et Ray, un auteur de bande dessinée dépressif.

C’est donc reparti pour une saison supplémentaire des aventures de Jonathan Ames (le faux), dans une fournée d’épisodes écrits et produits par Jonathan Ames (le vrai). Alors si le fait de donner son nom à un personnage de fiction nous renseigne déjà pas mal sur la mégalomanie de notre homme, Bored To Death semble cependant, et c’est encore plus flagrant sur cette seconde saison, nous montrer ces héros des temps modernes, les hommes, tomber. Au sens propre comme au figuré.

Car si l’on parle bien de comédie, le rapprochement (facile, mais inévitable) à l’œuvre de Woody Allen indique que l’on ne va pas rire tout le temps. Ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Si la saison gagne en profondeur dramatique (la partie la plus réussie), elle se révèle malheureusement parfois à côté de son sujet, et rate de fait certaines vannes  – et certains épisodes – qui se voulaient certainement beaucoup plus drôles.

C’est donc dans la continuité que s’inscrit cette deuxième saison, avec un même principe : des enquêtes Stand Alone façon cop show (seuls 2 épisodes sont liés par une enquête d’Ames) d’un côté, et la vie privée et les évolutions des 3 personnages de l’autre. Cette partie, toujours intéressante, contrairement aux investigations (parfois plates, parfois redondantes), offre des moments de jeux assez incroyables aux trois acteurs de la série. L’ensemble est très homogène, et les épisodes offrent perpétuellement des possibilités d’imposer son style, sa classe ou son humour, seul, en duo ou en trio, sans jamais laisser un des protagonistes sur la touche.

Il faut dire que les auteurs n’y vont pas de main morte pour fourrer les personnages dans des histoires incroyables, et leur mener la vie dure. Jonathan, devenu professeur d’écriture en cours du soir, est toujours malmené par son Némésis (fantastique John Hodgman en Louis Greene), George se retrouve avec un cancer de la prostate, et Ray est plaqué par Leah. Dépression, maladie, manque d’inspiration ou d’amour : Il ne fait pas bon être un homme à New York. Heureusement donc que l’amitié (et le sexe) vient combler un peu ce pessimisme latent.

Schwartzman, dans son impair beige et ses costumes vintage, avec sa voix nasillarde et son phrasé très typé, impose le rythme, suivi par Ted Danson, qui écrase de sa classe toutes ses scènes, et Galifianakis, qui monte encore en puissance et qui prouve, à la télé comme au ciné (ou sur Internet, avec ses sketchs pour le site Funny Or Die) qu’il faudra compter avec lui dans les prochaines années. Il est impossible de rester de marbre devant tant de talent, surtout servi pas des dialogues qui manient à la fois la subtilité et l’érudition typiquement New Yorkaise, avec la bêtise et les discussions débiles sous emprise de psychotropes et/ou d’alcool.

Ce qui donne par moments, de grands instants de non-sens très « Woody Alleniens ». La preuve dès le premier épisode, avec cette scène où, après une résolution d’enquête qui finit en fuite (LE gimmick inébranlable de la série, un peu répétitif mais toujours efficace) voit Jonathan courir en plein Times Square affublé d’une cagoule SM en cuir en plein après-midi, et débouler dans les bureaux de George, en pleine réunion de travail. On notera aussi l’apparition de Kevin Bacon dans son propre rôle (ou une version « fictive » de lui-même) dans l’épisode 05, qui termine sur un quiproquo pas très fin, mais encore une fois sublimé par la présence de Galifianakis.

Si Bored To Death ne sera jamais la série de référence au rayon comédie, elle permet cependant de tracer de beaux portraits d’hommes en pleine crise existentielle. Ces trois mâles parlent d’amour, d’amitié, de sexe et de pouvoir (devenir un auteur reconnu, lutter pour ses idéaux, entre autres) avec sincérité, franchise et humilité. La conclusion de cette seconde saison, qui ouvre des perspectives pour la suite (saison 3 à l’automne 2011) devrait peut-être offrir une nouvelle jeunesse à ses personnages, et les faire remonter vers la lumière. Prêts à tromper l’ennui, et la mort.

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