Boss : la série politique sans concession

5 Déc 2015 à 10:47

Boss (Starz)

Parler correctement de politique à la télévision américaine a souvent été difficile, en particulier avec la domination de The West Wing sur le genre. David Simon a cependant progressivement changé la donne avec The Wire, en développement une couche après l’autre son sujet pour dévoiler les ramifications du pouvoir politique aux États-Unis.

Avec Boss, Farhad Safinia reste dans la même idée, mais prend la route inverse. Il commence en haut de la pyramide et révéler graduellement le chemin insidieux qui se trace dans le sillage d’un homme puissant qui a son mot à dire à tous les niveaux de l’administration.

Nous ne sommes pas pour autant plongés dans les coulisses de la Maison-Blanche, au cœur du bureau ovale. Non, cette série Starz nous propose de découvrir ce que cela signifie d’être le maire d’une ville importante comme Chicago. Avec ses 12 millions d’habitants, la contrôler c’est tirer les ficelles de l’état de l’Illinois tout entier. C’est indéniablement une position de pouvoir.

L’histoire de Boss se centre ainsi sur Tom Kane qui est magistralement interprété par Kelsey Grammer qui impose un charisme et une présence qui ferait presque oublier qu’il était pendant si longtemps le fameux Frasier Crane. Kane est un homme compliqué qui a lutté pour réussir à s’installer dans le bureau du maire à Chicago. Cela dit, quand on le rencontre, il n’est plus l’animal politique qu’il était. Il est en effet déboussolé et est diagnostiqué d’une maladie dégénérative qui le condamne à perdre la raison dans les années qui viennent.

Au lieu de nous montrer le combat que Kane doit mener pour gagner du pouvoir, la série s’intéresse à ce qu’il doit faire pour le garder. Il aurait donc pu démissionner pour prendre soin de lui, mais sa vie n’a de sens que s’il peut être le boss. Le problème est qu’il est entouré de rapaces qui n’attendent qu’un signe de faiblesse, même le plus petit qui soit, pour s’attaquer à lui.

Il n’est pas nécessaire de patienter jusqu’à la seconde saison de Boss pour découvrir que tenir les rênes de la politique à Chicago c’est l’équivalent de mener une guerre constante. Une fois dans les tranchées, même un vétéran comme Tom Kane ne peut pas s’en sortir indemne. L’idéalisme de The West Wing n’a dès lors clairement pas sa place ici, et même le cynisme qui teintait parfois The Wire n’est pas adéquat pour qualifier la vision sanglante que Farhad Safinia cherche à nous offrir de la vie de politicien dans sa série.

Dans son cœur, Boss est donc violente et enragée. Une étonnante approche pour faire avancer un show qui nous propose de naviguer dans l’administration d’une ville, mais c’est parce que l’on nous sert avant toute chose ce qui s’apparente progressivement à un pur thriller psychologique.

En deux saisons, nous suivons ainsi Kane alors qu’il s’affaire à bouger ses pions, tandis que ses ennemis essaient de profiter de ses faiblesses de plus en plus apparentes pour le frapper là où cela pourrait lui être fatal. Ils désirent l’éjecter de son trône, mais ils ne font que le blesser. À chaque coup qui est assené, la série cherche à nous montrer combien la moralité n’est qu’une commodité encombrante qu’il est préférable d’abandonner quand on veut véritablement faire de la politique.

Comme beaucoup de créations développées sur Starz, Boss souffre d’égarements qui découlent clairement de la nécessité de répondre au cahier des charges imposé par la chaine. Des scènes de sexe inutiles viendront alors encombrer quelques épisodes de la première saison, mais cela s’estompera progressivement. Ce qui restera par contre, c’est bien l’esthétique léchée qui est également une marque de fabrique notable de la chaine.

Boss n’a cependant pas le besoin de dépendre de cela pour parvenir à captiver. La présence de Grammer à l’écran est bien souvent suffisante et l’ambition des scénarios n’est pas non plus en reste. Les deux se combinent parfaitement pour nous peindre le portrait nuancé de cet homme dont le pouvoir est la raison de vivre. Tom Kane se présente alors comme étant une sorte d’anti-héros qu’il n’est pas toujours aisé d’apprécier. Malgré tout, il fascine suffisamment pour que l’on désire le voir rester en place. De plus, il n’est jamais réellement question pour lui de faire le bien ou le mal. Kane est en effet convaincue que les décisions qu’il prend, même les pires, sont nécessaires pour servir les besoins de ceux qui l’ont élu.

Avec un peu de recul, il devient évident que cette vision biaisée de la réalité est en fait une nécessité qui permet aux politiciens de continuer leurs malversations en toute impunité. Boss se révèlera alors progressivement être avant tout un récit édifiant sur la corruption sous toutes ses formes, et ce, sans chercher à la condamner ou à l’excuser. Le pouvoir ronge ceux qui l’ont et Tom Kane en a beaucoup trop pour ne pas se laisser consumer. Ses opposants jouent le même jeu que lui et tous ont les mains sales. Ils sont pourtant persuadés qu’ils valent plus et méritent de prendre les commandes de l’avenir de Chicago.

On peut indéniablement regretter que la série ne compte au final que 18 épisodes, car si Boss n’offre clairement pas la vision la plus fédératrice qui soit sur la politique américaine, elle le fait avec une intelligence qui lui permet de justifier son intransigeance. Un trait parmi d’autres qui sont tout aussi honorables et qui font que ce show aurait dû gagner une plus grande reconnaissance. Celle-ci lui échappe peut-être, mais cela ne lui enlève en rien ses mérites.

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