Charmed : 20 ans plus tard, est-elle toujours aussi charmante ?

19 Sep 2018 à 17:00

Il y a tout juste 20 ans, trois sœurs aux pouvoirs magiques débarquaient sur nos écrans dans Charmed. Au cours de leurs 178 aventures réparties sur 8 saisons, les sœurs Halliwell nous ont entrainés dans un monde tout aussi dangereux que magique. À l’occasion du reboot qui sera lancé très prochainement sur The CW, revenons sur une série qui a charmé toute une génération.

Des aventures envoûtantes

La série débute lorsque trois sœurs d’une vingtaine d’années se retrouvent, suite au décès de leur grand-mère, à cohabiter dans la maison où elles ont grandi. Prue (Shannen Doherty), l’ainée, est la voix de la raison. Piper (Holly Marie Combs), la cadette, est douce et peu sûre d’elle. Quant à Phoebe (Alyssa Milano), la benjamine, c’est la rebelle de la famille. Les retrouvailles coupent court lorsque Phoebe met la main sur un vieux grimoire qui révèle aux sœurs leur destinée de Charmed Ones.

Comme beaucoup de séries, Charmed se cherche lors de sa première saison et essaie de trouver un équilibre entre ses diverses thématiques. Les intrigues sont souvent sauvées par le casting dont l’alchimie fonctionne immédiatement. C’est plutôt encourageant, car la série nous parle justement de trois sœurs qui sont sorcières, et non l’inverse.

Dès la saison 2, la série change de cap devenant moins sombre et plus axée sur les aventures amoureuses de nos sorcières. Après le couple Prue/Andy (T.W. King) en saison 1, c’est Piper qui prend le devant de la scène avec un triangle amoureux qui marque l’histoire de la série pour les mauvaises raisons.

À travers sa relation avec Dan (Greg Vaughan), Piper a enfin un goût de la vie normale qu’elle brûle d’envie de mener, mais ne peut jamais réellement s’investir sans trahir son secret. Un axe intéressant à creuser en soi, mais qui pâtit de prétendants amoureux sans relief et de longueurs.

Le problème avec cette fournée d’épisodes est que l’on a bien du mal à s’investir dans les relations amoureuses de Prue et Phoebe, tant elles enchainent les petits-amis plus vite que les démons. Chaque épisode nous présente un nouvel intérêt amoureux qui sera déjà oublié la semaine suivante. Ils sont non seulement interchangeables, mais surtout fades. Leur seule raison d’exister est d’assurer le quota sentimental ou bien de servir l’intrigue de la semaine. Le plus dommage dans tout cela n’est pas tant que la relation fraternelle soit reléguée au second plan, mais plutôt que les histoires de cœur qui occupent le devant de la scène ne soient pas maitrisées.

En coulisses, Constance M. Burge, la créatrice, et Brad Kern, le showrunner, ne sont pas d’accord sur la direction que doit prendre la série. La première souhaite recentrer les histoires sur les sœurs et garder la formule du monstre de la semaine alors que le second pousse pour plus de romances et une structure en arcs narratifs. C’est finalement Brad Kern qui prend les commandes.

La saison 3 change la formule de la série. Celle-ci tente d’établir une mythologie, notamment du côté des démons et des fondateurs. Cela a surtout le bénéfice d’opposer de véritables antagonistes face aux sœurs : Balthazar et la Source.

Les scénaristes semblent également avoir appris de leurs erreurs en introduisant un intérêt amoureux qui tient enfin la route en la personne de Cole Turner/Balthazar (Julian McMahon). Aux dires de Brad Kern lui-même, l’équipe créative avait du mal à trouver un personnage masculin fort qui ne fasse pas de l’ombre aux actrices principales, sans pour autant qu’il ne soit émasculé (coucou Léo). Pour la première fois, nous avons un méchant qui n’est pas unidimensionnel, donnant ainsi un peu de profondeur aux intrigues en les rendant moins manichéennes.

La saison se conclut par un épisode percutant réalisé par Shannen Doherty. Le dernier plan nous montre le manoir en plein chaos, image symbolique à bien des égards, car en coulisses se joue un tout autre drame. Shannen Doherty exprime depuis un moment déjà son insatisfaction envers les intrigues de la série, qu’elle souhaiterait voir plus sérieuses. Après des mois passés à demander qu’on la libère de son contrat, elle apprend finalement par téléphone durant l’été 2001 qu’elle ne reviendra pas tourner la suite de la série. Charmed se retrouve orpheline de l’une de ses stars…

Girl power made in ‘90s

L’un des messages forts qui sont portés par la série est celui sur la place de la femme dans la société. Charmed n’est pas la seule série de l’époque à en parler ni celle qui le fait le plus subtilement, mais elle a au moins le mérite de porter cette thématique à l’écran. Il est donc dommage de voir les scénaristes se prendre régulièrement les pieds dans le tapis en malmenant ce discours ou le mettant en scène de manière contre-productive.

Ce n’est pas si étonnant que ça en soi, sachant que la série est très majoritairement écrite et réalisée par des hommes — ce qui se fait occasionnellement un peu trop ressentir. Le propos féministe n’est parfois pas bien compris, donc mal retranscrit. Ajoutez à cela le fait que la série a 20 ans et l’on se retrouve avec certaines intrigues caricaturales ou bien matriarcales. She’s a man, baby, a man! (2.05) fait par exemple grincer des dents tant il regorge de clichés.

Une mythologie occult(é)e

« Don’t try to understand this, you’re not ready yet » – Grams (2.01 – Witch Trial).

La mythologie de Charmed est véritablement une de ses faiblesses, au point d’en être l’une de ses marques de fabrique. Pas parce qu’elle est inexistante ou inintéressante, mais parce qu’elle demeure extrêmement inconsistante. C’est d’autant plus problématique pour une série fantastique qui se repose par nature beaucoup sur sa mythologie.

Beaucoup d’éléments fondamentaux restent nébuleux ou fluctuants selon le besoin de l’intrigue — les pouvoirs de Léo (Brian Krause) en étant un parfait exemple. En somme, il ne faut pas trop se poser de questions si l’on souhaite que ça fonctionne. Les scénaristes se cachent sans cesse sous le couvert de la magie pour dissimuler leur manque d’inventivité ou leur paresse. La facilité dans la résolution des intrigues est toujours privilégiée, à quelques rares exceptions près.

Au cours de ses trois premières saisons, Charmed aura su mettre en place un univers qui, à défaut d’être cohérent, se montre très plaisant à suivre.

Shannen Doherty partie, les producteurs font appel à Rose McGowan pour incarner la demi-sœur cachée de Piper et Phoebe, fruit de l’union interdit entre Penny et son être de lumière, Sam.

Retour aux sources et nouveau trio

La saison 4 débute avec une lourde mission et force la série à effectuer un retour aux sources en creusant sa mythologie. Cela ne se fait pas sans accroc, mais c’est accompli avec passion et la plupart du temps de façon inspirée. Capitalisant sur ses protagonistes pour avancer, Charmed recentre les intrigues sur la relation entre les sœurs, son point fort depuis le début.

Les dynamiques entre les personnages évoluent ainsi tout naturellement et c’est Piper qui en ressort la plus changée lorsqu’elle endosse le rôle de grande sœur. La perte de Prue, son envie de fonder une famille et de vivre une vie normale la pousse à se durcir et à rejeter petit à petit sa destinée. Un thème récurrent pour le personnage depuis la saison 2 qui prend une toute nouvelle ampleur cette année.

Avec cette saison, la série clôt un chapitre de son histoire et trouve une résolution dans ses thématiques principales : parcours initiatique, complétion de la destinée, vie de famille, etc. Il aurait alors peut-être mieux fallu que les aventures de nos sorcières trouvent leur conclusion ici.

Plus de fées pour moins de féérie

À l’issue de la saison 4, The WB demande à Brad Kern plus d’épisodes standalone et des histoires moins sombres. La saison 5 rend alors Charmed méconnaissable. On s’éloigne de l’univers de la série au profit d’histoires de contes de fées, de super-héros et autres Leprechauns. Chaque excuse est bonne pour mettre les actrices dans des costumes plus affriolants et ridicules les uns que les autres.

La saison ne manque pourtant pas de thématiques intéressantes — notamment la grossesse de Piper et le parallèle établi avec sa propre mère. L’ennui est qu’il n’y a pas l’espace nécessaire pour traiter ces thèmes décemment entre deux monstres de la semaine.

Le traitement du personnage de Cole pose par ailleurs un vrai souci. Son histoire avait trouvé une conclusion naturelle en fin de saison 4 et il est dommage de voir la série se forcer — et essentiellement échouer — à lui trouver une raison d’exister. C’est non seulement une perte de temps, mais c’est surtout du gâchis pour le personnage. C’est finalement un soulagement de voir Julian McMahon quitter le navire lors du 100ème épisode.

La saison 6 retrouve une structure plus classique de la série avec des arcs narratifs conséquents. La série retrouve de sa verve grâce au personnage de Chris qui permet de replacer la famille au centre des intrigues du show. Sa relation avec Leo donne de la substance à ce dernier, lui qui est toujours resté en retrait et un peu trop bien sous tous rapports pour être réellement intéressant. Le seul ennui est que la direction de la saison est hasardeuse, voire incohérente. On dirait que les scénaristes ont changé de cap en cours de route et se retrouvent par conséquent à devoir tâtonner pour retomber sur leurs pieds.

Il est alors rafraîchissant de voir la saison 7 offrir un matériel qui n’avait pas été aussi nuancé depuis longtemps. Les Avatars posent des questions morales pertinentes en cherchant à bouleverser le statu quo. En cela, ils se distinguent des Big Bad classiques de la série. Zankou parait à côté bien fade en seconde partie de saison, peu aidé par une réalisation paresseuse et des histoires qui trainent en longueur.

Charmed est finalement renouvelée pour une ultime saison, mais au prix d’un budget très serré. Ce facteur, combiné à des scénaristes qui ne sont décidément plus inspirés, rend la dernière fournée d’épisodes anecdotique au mieux. Moins de décors, moins d’effets spéciaux, moins d’acteurs. Léo est littéralement mis au placard la moitié de la saison et deux des trois sœurs sont quasi-absentes du dernier épisode. On a tout simplement l’impression d’avoir une fin au rabais. Pis, le tout dernier plan de la série est une image recyclée du final de la saison 4.

Les méchantes sorcières de l’Ouest

Disons que la deuxième moitié de Charmed souffre d’un problème majeur : une évolution des personnages qui se révèle douteuse.

La transformation de Piper en une femme quelque peu aigrie et dure n’est certes pas la plus agréable à suivre, mais reste cohérente avec le personnage. L’évolution de Phoebe laisse en revanche perplexe. Elle qui était jadis le vilain petit canard de la famille est devenue une femme brillante, cultivée et accomplie. Le problème est que cela est fait sans aucune subtilité ni logique et dessert au final le personnage. Son évolution tend à la déshumaniser en la transformant en Mary-Sue, parfaite à tous les égards. Elle devient par ailleurs obsédée par son travail et tourne le dos à son destin de sorcière sans que cela soit présenté comme un problème.

Cela contraste surtout avec les premières saisons, marquées par l’empathie et l’altruisme des sœurs, elles qui faisaient toujours tout pour aider les innocents qui croisaient leur chemin. Difficile alors de s’identifier à ces personnages et encore plus de comprendre la logique scénaristique derrière tout cela…


Étrangement, ce n’est pas le départ de Shannen Doherty qui aura provoqué le déclin de Charmed, mais des décisions exécutives et créatives discutables à partir de la saison 5. Elle n’a jamais eu la prétention d’être une grande série ou de se prendre trop au sérieux. Elle aura tout de même marqué une jeune génération de sériephiles en herbe et était même jusqu’en 2012 la plus longue série américaine portée par des femmes. La relève prend ses quartiers dans quelques semaines et aura la délicate mission d’envoûter non seulement les nombreux nostalgiques, mais surtout une toute nouvelle génération de fans.

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