De Grandes Espérances : Les grandes illusions de Pip

Les romans de Charles Dickens ont été adaptés de nombreuses fois. Aux côtés de nouvelles versions de Oliver Twist et Le Mystère d’Edwin Drood, la BBC a également proposé, en 2011, De grandes espérances.

L’histoire est donc familière, puisqu’il est toujours question de Philip Pirrip, dit Pip, qui est élevé par sa sœur et son mari à la mort de ses parents. Pour l’enfant, les possibilités d’avenir sont limitées et il n’envisage rien d’autre que de devenir forgeron. Deux évènements vont alors redéfinir son futur : la rencontre avec le forçat évadé Abel Magwitch et celle avec l’étrange et parfois inquiétante Miss Havisham ; les deux rôles sont respectivement campés avec brio par Ray Winstone et Gillian Anderson.

La scénariste Sarah Phelps s’est ainsi vu confier la tâche d’adapter l’épais roman de Dickens en une série en trois épisodes. Force est de constater que De grandes espérances aurait bien pu bénéficier d’un quatrième pour offrir une meilleure structure narrative. Le rythme se révèle saccadé, les évènements s’enchainant trop vite au cours de la première partie alors qu’une lenteur s’installe au sein de la seconde — la troisième étant sans aucun doute la mieux maitrisée sur le plan de l’histoire et de l’émotion.

Retour au début de l’adaptation, avec un Pip enfant qui va connaître la terreur de sa vie en rencontrant le forçat Magwitch pour ensuite voir sa vision du monde être bouleversé par la riche Miss Havisham, qui vit recluse en compagnie de sa fille adoptive Estella. Les deux femmes représentent alors un monde auquel Pip n’a pas accès, mais dont il va rêver avant qu’on lui offre la chance de pouvoir totalement y pénétrer. La première est hantée par un passé au point qu’elle s’est refusée un avenir, tandis que la seconde est élevée avec une cruauté émotionnelle pour la pousser à manipuler les hommes. Si Estella, devenue adulte, est habitée par un conflit intérieur entre ses sentiments pour Pip et ce que son éducation a fait d’elle, la série rencontre des difficultés à montrer l’amour sans faille et douloureux du jeune homme envers celle dite de toute beauté.

L’absence régulière d’émotions traverse l’ensemble de De grandes espérances qui sait parfaitement illustrer la noirceur humaine, mais qui peine souvent à laisser un peu de chaleur s’installer. Devenu presque adulte, Pip entrera dans le beau monde grâce à un bienfaiteur inconnu et rejettera alors tout son passé. Le personnage est totalement consumé par son besoin de paraître et par son amour d’Estella. Ses grandes espérances l’entrainent sans aucun doute dans une voie assez malheureuse et il est difficile de toujours percevoir ce qu’il peut bien y trouver. Son ami Herbert Pocket (incarné par Harry Lloyd, descendant de Dickens) sera l’un des rares à faire naitre des pointes de bonne humeur et de lumière dans un environnement visuel souvent sombre et étouffant.

Les pièces ont beau être grandes et le décor à couper le souffle, l’aspect technique quasi irréprochable de De grandes espérances reflète une absence de caractère trop importante. Tout est parfait, mais tout est aussi trop lisse et manquant de sentiments. À côté d’Herbert Pocket, Abel Magwitch sera alors celui qui contrera le plus ce phénomène, Pip trouvant dans sa relation avec le forçat toutes les leçons de vie nécessaires, mais également la possibilité de laisser réellement voir quel être humain il est. En arrêtant d’être étouffé par ses désirs, le jeune homme finit enfin par prendre totalement vie.

Il faut aussi dire que, concentrée sur les objectifs de l’histoire, Sarah Phelps a trop régulièrement réduit les personnages à leurs principaux traits de caractère en oubliant de leur donner l’opportunité de plus se dévoiler. Certains sont de simples rouages au déroulement de l’intrigue, incapable de devenir plus que cela.

Dans la lignée d’une adaptation classique, De grandes espérances possède alors tous les atouts qu’on s’attendrait à y trouver : un sublime esthétisme (manquant un peu de personnalité) et des acteurs majoritairement emportés par leurs rôles. Si l’ambiance peut se révéler prenante, il reste cependant difficile d’être happé par une histoire qui laisse trop peu de place à la découverte des personnages et à leurs émotions.

L’intégralité de la mini-série De Grandes Espérances est diffusée ce vendredi 17 novembre 2017 sur Numéro 23 à partir de 20h55. Vous pouvez également vous la procurer en DVD.

De Grandes Espérances
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