Michael C. Hall dans la saison de Dexter

Désormais marié et père de famille, Dexter a du mal à assouvir les exigences de son Dark Passenger.

Le retour de l’agent Lundy, sur les traces d’un tueur au modus operandi étrange, lui offre un nouvel adversaire à sa mesure : The Trinity Killer qui se cache derrière l’apparence d’un père de famille respectable. Pendant ce temps, Deb sabote sa vie sentimentale et s’interroge sur la passé de son père, Joey entame une relation avec une jeune journaliste particulièrement fouineuse et Angel et Maria essayent de cacher leur idylle à la hiérarchie.

Après Dexter le frère, Dexter l’amant, Dexter l’ami voici Dexter le père de famille. Autant dire que l’idée est assez déroutante. Légèrement échaudé par une saison 3 en deça des précédentes, malgré la présence de Jimmy Smits, cette nouvelle saison de Dexter s’annonçait hasardeuse. Combien Miami peut-elle abriter de serial-killers avant que ça ne tourne au ridicule et surtout Dexter peut-il vraiment être Dexter maintenant qu’il est domestiqué ?

La saison démarre lentement et prouve que nos inquiétudes sont fondées. Devenu un jeune papa débordé, Dexter se noie dans tous ses rôles et finit par se montrer négligent. Si la famille est ce à quoi le bonhomme aspire, en quête d’une improbable normalité, elle est aussi la plus grande faiblesse narrative de la série. Rita, malgré toute l’affection qu’on peut porter à Julie Benz, est un personnage pénible et étouffant. Dexter, psychopathe rigoureux, a perdu à ses côtés de sa noirceur et de son délectable esprit retors. Et si on ne s’ennuie jamais vraiment, on en vient tout de même à regretter le temps plus glorieux du célibat.

Comme chaque année, le némésis de Dexter offre un miroir étonnant aux états d’âme de notre anti-héros. Pour la saison 4, ce sera The Trinity Killer, vision archétypale du brave homme de famille à l’américaine. Face à cet homme en apparence respectable, Dexter se prend à rêver à une vie où il pourrait concilier ses noirs désirs et son rôle de père modèle. Bien évidemment la réalité est loin d’être aussi facile et le miroir ici a tout de la vision horrifique. L’épisode du repas de famille pour Thanksgiving (Hungry man 4×07), l’un des épisodes les plus réussis et les plus glaçants de la saison, illustre très bien cette thématique.

Si Michael C. Hall est comme toujours impressionnant et prouve qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération, les questionnements du personnage deviennent redondants. Une impression agaçante renforcée par la présence de Harry, plus que jamais inutile. La surprise vient de John Lithgow, magistral dans un rôle inattendu et la force de cette saison repose en grande partie sur son interprétation inquiétante et tendancieuse.

Malgré tout l’opposition entre les deux tueurs reste assez schématique, presque cariturale. Dexter n’a jamais paru aussi gentil et on s’éloigne de l’image plus nuancée d’un tueur torturé entre ses instincts meurtriers et ses obligations sociales. Face au monstre qui se dessine devant lui, Dexter devient le sauveur. Il n’est plus un serial killer au code moral intransigeant mais un justicier. Le final, fort heureusement, va changer la donne.

Au milieu de ces réflexions familiales, Debra continue de s’imposer comme la figure de la vérité. Chaque saison semble la rapprocher un peu plus de l’inéluctable révélation et en fouillant dans le passé de son père, elle dévoile tout un pan de son histoire familiale et par là même jette un peu plus la lumière sur celle de son frère. Evidemment Deb ne serait pas Deb si elle ne foutait pas sa vie en l’air avec une inconscience complètement autodestructrice. Elle est, avec Dexter, le personnage le plus construit et le plus intéressant de la série et bénéficie de toute l’intensité viscérale de Jennifer Carpenter, dont on retiendra principalement cette scène incroyable où elle s’effondre en larmes sur le parking où elle a manqué mourir.

Du côté des personnages secondaires, en revanche, on sent un certain laisser-aller. Masuka est cantonné dans son rôle d’abruti, Angel et Maria se lancent dans une romance sympathique mais sans grand intérêt. Quant à Joey, son histoire avec Christine sert principalement à en faire un obstacle sur le chemin de Dexter, et prend même par moments des allures de soap. Heureusement, en cas de faiblesses scénaristiques, la série peut se reposer sur son casting et Courtney Ford dans le rôle de Christine est une très jolie révélation.

Au final cette saison de Dexter, si elle met du temps à s’installer, se montre assez redoutable grace au face-à-face intense entre Dexter et The Trinity Killer. Bien évidemment, on retiendra la scène finale, effroyable et surprenante, qui rompt avec le côté comédie macabre pour nous replonger avec violence dans une noirceur terrible qui laisse augurer d’une saison 5 sombre et amère. Ce ne serait pas si cruel, c’en serait réjouissant.

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