Dietland : La rage au ventre

3 Juil 2018 à 12:00

Cet article revient sur les 5 premiers épisodes de la saison 1 de Dietland et contient des spoiles mineurs.

Après la déconvenue qualitative de la pourtant prometteuse ​UnReal​, Marti Noxon revient sur AMC avec ​Dietland, adaptation du roman de Sarai Walker intitulé (In)visible en France. Cette série est centrée sur Alicia « Plum » Kettle (Joy Nash), une jeune femme obèse qui travaille en tant que nègre pour le magazine Daisy Chain et plus particulièrement pour la superficielle rédactrice en chef Kitty Montgomery (Julianna Margulies). Alors qu’elle veut perdre du poids et financer sa chirurgie reconstructrice, Plum va se faire recruter par un groupuscule féministe alors qu’un groupe terroriste, les « Jennifer », sème la terreur parmi les personnes maltraitant des femmes.

Oui, le pitch est gros, outrancier et part dans tous les sens. Cela fait peur au départ, mais après le pilote, on est rassuré. Le premier double épisode peine en effet à mettre en forme l’intrigue « féministe » de la série en se voulant volontairement cryptique, nous mettant alors dans la peau de Plum qui découvre tout peu à peu. Il réussit cependant à faire de son personnage principal une jeune femme à laquelle on s’identifie immédiatement et qu’il va être facile de suivre dans ces méandres tant le message qu’elle véhicule est bien écrit (et primordial).

Si pendant son temps libre, Plum fait des gâteaux, elle ne veut pas les manger. C’est révélateur du fait qu’une personne obèse sera toujours définie par la nourriture et cette dichotomie répulsion/addiction qui enlève tout plaisir de vivre. Et cela s’étend à sa coupe de cheveux, ses problèmes de peau, son impression de prendre toute la place (littéralement et dans les conversations). Le portrait d’être gros dans la société du 21ème siècle se fait sans détour et sans faute, vraiment.

Même dans les relations que Plum entretient avec autres, la série prend toute la mesure de son corps pour les construire. Si elle adore son meilleur ami, elle lui dit qu’il ne peut pas comprendre ce qu’elle vit, parce qu’il a toujours vécu dans un corps plus acceptable pour la société. Sa mère la soutient, l’aime comme elle est, mais cela ne l’empêche pas de ne pas pouvoir passer au-delà de ses complexes. Enfin, dans son approche de la vie amoureuse, elle s’attache vite au moindre geste, l’espoir étant le seul confort (et danger) qu’elle puisse se permettre jusqu’ici. De fait, Dietland comprend parfaitement ce qui doit être raconté, elle doit simplement trouver la manière équilibrée de le faire.

Tout le contexte du monde de la mode et de la révolution féministe est pour le moment un prétexte pour aborder de front la question de l’apparence et de la représentation du corps (obèse en l’occurrence) dans la société. Cela pourrait gêner, n’avoir que peu de fil narratif tangible pour tout faire tenir, mais c’est au contraire purement libérateur. À l’image de l​’épisode 4, nous suivons Plum dans sa journée à la fois habituelle et déroutée par ce groupuscule étrange qui veut « son bien » et sa vie professionnelle qui lui fait « du mal ». Entre les deux, la confrontation entre son image et la réalité.

Et cette confrontation se fait par Kitty Montgomery et sa caricature digne du Diable s’habille en Prada. Elle pense vouloir le bien des femmes en voulant reproduire le modèle de réussite qu’elle a suivi, les diktats de la beauté au-delà desquels elle ne peut voir. Son comportement détaché de la réalité et ses remarques qu’elle pense être pleines de bon sens sur le poids et le physique de Plum sont à la fois hilarantes et affligeantes, aidés par le talent de Julianna Margulies qui est définitivement utilisée à contre-emploi. Elle incarne également ce système qui utilise les sujets de société pour en faire son pain bénit, sans réellement changer les choses. Beau contre-pied.

Si à l’approche de la mi-saison, il y avait encore des choses superflues à justifier, l’épisode 5 rectifie très bien le tir et étoffe le groupuscule féministe terroriste en y mêlant Kitty et une ambiguïté quant au rôle qu’elle joue, de ses apparences à ses allégeances, et c’est extrêmement judicieux, donnant à Julianna Margulies enfin matière à être autre chose qu’une caricature rigolote. Il reste alors à explorer un peu Verena (Robin Weigert), cheffe du groupe « Calliope House » que suit Plum pour que tout soit fluide.

Dietland​ est donc une surprise tant elle parvient à faire de son postulat foutraque un miroir de la société pertinent, une histoire intrigante et surtout une « désinvisibilisation » des personnes corpulentes rare à la télévision et essentielle, pour ceux qui le sont, l’ont été et pour tous les autres.

(In)visible
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