On ne change pas une équipe qui gagne. Le concept ayant été établi avec brio en saison 1 (une star, un épisode), Dix pour cent devait rester la même, à savoir cette dramédie unique en France, mélange de comédie de bureau aux accents méta et plongée dans les affres de la célébrité, mais aussi élever le niveau en proposant d’explorer toujours plus la relation des stars et de leurs agents.

Dix pour cent fait donc du changement dans la continuité. La grande idée de cette nouvelle saison est l’accueil du nouvel investisseur, Hicham Janowski. Une idée qui peut sembler originale, mais qui, à y regarder de plus près, propose le même processus que l’arrivée de Camille en saison 1 (la découverte de l’agence de l’intérieur par un novice).

Ce nouvel actionnaire majoritaire qui n’y connaît rien en agence de talents devient donc le sauveur d’Andréa, Gabriel et consorts. Il est aussi l’électron libre qui pourrait tout faire capoter avec ses grandes ambitions parfois démesurées et son intérêt finalement assez relatif pour son nouveau jouet. La comédie naît donc souvent du regard d’Hicham sur ce monde étrange et de sa confrontation avec la réalité du métier. Il permet aussi d’opposer l’éternelle lutte entre l’art et l’argent. L’un sert-il l’autre ? Qui a le pouvoir sur quoi ? Les acteurs sont-ils des produits comme les autres ? La réflexion, sans aller jusqu’à l’introspection totale, offre de vrais moments de vérité. La série aurait cela dit pu aller plus loin, un peu piégée par son format de comédie et son nombre limité d’épisodes. Comme nous le confie Fanny Herrero dans son interview, le temps est un facteur important dans Dix pour Cent.

Car il faut aller vite, très vite. Par exemple, la peur de Gabriel de perdre sa petite amie — au profit d’un homme plus jeune, plus créatif et plus connu que lui à savoir Julien Doré (convaincant en lui-même-mais-pas-tout-à-fait-non-plus) et dont il est l’agent — le pousse à saborder le projet dans lequel ils sont engagés. Un procédé rebattu, un peu grossier et pas très réaliste qui empêche d’adhérer au personnage dans cette saison 2, alors que Gabriel est celui qui bénéficie sans doute du plus gros capital sympathie de la série. Idem pour le duo Andréa/Hicham qui, malgré quelques belles saillies verbales, retombe trop souvent dans les situations du couple contrarié auxquelles il faut ajouter cette histoire de bébé. Dix pour cent sacrifie, au profit du développement des personnages, la recherche de situations plus originales ou audacieuses.

Heureusement, ces personnages, le cœur vibrant de la série, tiennent la route. On ne pensait pas un jour s’éprendre de Mathias Barneville, vieux requin de l’agence dont les secrets avaient fait de lui un bloc de granit insensible. Il faut se rendre à l’évidence : quand son monde craquelle autour de lui, Mathias devient sentimental, perdu et apeuré, et finit par séduire. Un retournement entre les deux saisons qui fait du bien et permet à son interprète Thibault de Montalembert de briller tout au long de la saison.

Puis il y a les stars. Devenues presque secondaires tant la vie des agents d’ASK est riche en rebondissements, les célébrités de Dix pour cent sont toujours là. On retiendra l’épisode avec Guy Marchand, d’une justesse et d’une mélancolie rare, doublée d’un beau regard sur la vieillesse. Julien Doré, cité plus haut, est lui présent sur plusieurs épisodes et nous montre au long cours la relation quotidienne et conflictuelle d’un artiste avec son agent. On oubliera plus facilement l’épisode Adjani ou Norman. Celui d’Efira et Ramzy, qui ouvre la saison, jouera à fond sur les codes de la romcom plutôt avec succès, sans pour autant sortir des sentiers battus.

C’est une saison loin d’être parfaite, qui manque souvent d’audace et de subtilité, mais qui cherche à dire tout de même quelque chose de notre société. Piquer des artistes à d’autres agences ou chercher à tout prix la rentabilité d’ASK nous raconte un monde un peu sauvage qui fait régner la loi du plus fort et de l’argent roi. Les photos people prises à l’insu des artistes qui peuvent ruiner leur carrière nous montrent les conséquences sur la vie privée, qui ne l’est jamais vraiment.

Puis les personnages, principaux, secondaires ou guests sont au service de la série et s’y donnent entièrement. S’il est difficile d’être totalement emporté par cette saison, il est également impossible de ne pas adhérer à ceux qui la font vivre. Dix pour cent est un show aimable et aimant qui fait du bien, et c’est déjà beaucoup.

Dix pour cent est disponible en DVD et VOD sur iTunes.

DIX POUR CENT saison 2
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