Doctor Who : Rosa Parks, manuel d’utilité publique (11.03)

1955 et Rosa Parks. Doctor Who démarre souvent ses saisons en revisitant l’Histoire et ses figures clés pour cimenter l’équipe qui se forme et pour éduquer le spectateur à des problématiques qui résonnent avec notre présent. Après Shakespeare (saison 3), Winston Churchill (saison 5) ou encore l’horrible souvenir Robin des bois (saison 8), la Doctor emmène Yaz, Ryan et Graham voir Rosa Parks (Vinette Robinson) alors qu’elle s’apprête à marquer l’histoire d’un geste symbolique.

Cet épisode 3 va alors surtout être l’occasion d’une célébration, celle d’une femme forte en inadéquation avec l’époque ségrégationniste dans laquelle elle vit, mais qui a décidé de ne plus subir et se lever pour aller de l’avant (du bus). Revisiter le passé est un des aspects les plus intéressants de Doctor Who, surtout quand elle ne s’attache pas uniquement à une figure, mais aussi au contexte qui l’a rendu célèbre.

Mais ici, les deux peinent à s’installer et, une fois que c’est fait, il reste trop peu de temps pour un sujet vaste et complexe. Lorsque l’épisode se conclut, au final, très peu de choses se sont réellement passées si ce n’est l’histoire en marche et la Doctor et ses compagnons n’auront fait qu’y assister. C’est en soi tout le propos qu’elle tente d’inculquer aux humains, qu’il faut par moment laisser faire les choses et simplement regarder l’histoire se faire.

Tout au long de cet épisode 3, ils ont donc comme mission — d’abord implicite — de conserver la timeline intacte, malgré l’intervention de Krakso (Josh Bowman), un alien voyageur du temps qui met en exergue le racisme. L’échec de l’épisode vient alors de ne pas réussir à créer une menace assez pesante pour inquiéter. Krakso tente de stopper l’émergence du mouvement des droits civiques en tuant l’activisme de Rosa Parks dans l’œuf, mais la Doctor, presque dans un duel de western, lui fait face, trop facilement. Il y a une matérialisation de la haine intéressante, mais qui reste périphérique.

Waitress: We don’t serve negroes.
Ryan : Good, I don’t eat them.

Cela a alors tendance à mettre Rosa Parks en retrait, toute l’histoire passant alors par le regard de Ryan, noir venant de 2018, et la manière dont il vit ce retour en arrière avec des avancées, mais un racisme toujours présent. Ce n’est pas la première fois que Doctor Who traite de la question raciale par le biais du passé, Human Nature et The Family of Blood (saison 3) l’avaient fait avec Martha. Tout se passe dans les détails (devoir être au fond du bus, ne pas pouvoir être servi) devant créer un quotidien oppressant, mais on passe au final trop peu de temps pour que cela soit effectif et Tosin Cole cabotine trop pour que l’on s’investisse pleinement.

Être une part de l’histoire, mais silencieuse, faire de l’abnégation le nouveau mantra de la série ? Ce serait un changement de cap pour la Doctor assez appréciable, mais qui doit s’accompagner d’un récit plus étoffé pour que l’on ne se retrouve pas avec une page de manuel à destination unique (et pourtant nécessaire, surtout ici) d’histoire. Cette vision humaniste que porte la Doctor et surtout Graham dans cet épisode est rafraîchie après une ère Capaldi trop pessimiste et sombre sans raison.

“They don’t win, those people. I can be a police officer now because people like Rosa Parks fought those battles for me. For us. And in 53 years they’ll have a black president as leader. Who knows where they’ll be 50 years after that.” — Yaz.

La réussite de l’épisode vient alors de l’équilibre qui s’installe depuis trois épisodes dans l’équipe. Chacun a des qualités qu’il met à contribution et la Doctor n’est plus le point nodal de l’entreprise, mais une de ses forces en mouvement, à parts égales avec les autres. Si la place donnée à Ryan ici est plus dominante, Yaz et Graham réussissent à tirer leurs épingles du jeu par la perspective qu’ils apportent sur la question – lui en tant qu’homme du XXIème siècle marié avec une personne de couleur et elle en tant que femme racisée ayant profité du combat de Rosa Parks. C’est fin et nécessaire.

L’émotion est donc là par intermittence, peinant à se frayer un chemin dans un exposé un peu trop didactique, à l’intention claire, mais au résultat plus faible que les épisodes précédents. Si l’équilibre dans l’équipe est toujours au rendez-vous, il va falloir étoffer le récit pour qu’il ne soit pas un simple vecteur de messages, mais une vraie aventure pour tous.

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