Doctor Who : l’invasion des Trump gênants (11.04)

Enfin de retour à Sheffield pour ramener ses compagnons, la Doctor apprend à connaître la famille de Yaz quand elle découvre une invasion d’araignées liée à un hôtel dans lequel la mère de la jeune femme travaille — pour Jack Robertson, un propriétaire américain — et qui menace la population.

olyart.fr
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Depuis son retour en 2005, Doctor Who aime ses invasions sur notre Terre, dans notre présent. Mais là où elles étaient surtout extraterrestres, cet épisode 4 adopte un autre angle, celui de la mutation génétique. Celle-ci concerne alors les araignées et est provoquée par Jack Robertson (Chris Noth) et son complexe hôtelier, rejetant des déchets toxiques donnant une taille disproportionnée aux arachnides qui en peuplent le sous-sol.

La série offre aux arachnophobes leur propre Halloween en faisant de ses antagonistes une menace bien terrestre, attaquant tout sans distinction. Pourtant, si l’épisode capitalise sur l’horreur que cela peut représenter pour certains, il reste un peu timide dans son exploitation, déroulant de manière programmatique son récit sans parvenir à insuffler une vraie frayeur. Peut-être parce que ces araignées, aussi dangereuses peuvent-elles être pour la population de Sheffield, ne sont pas le véritable ennemi ?

La vraie peur, c’est celle plus invisible que représente Jack Robertson. Propriétaire américain de l’hôtel à l’origine de la mutation, il est un avatar trumpiste du capitalisme débridé, au détriment des populations qui peuplent l’espace qu’il veut acquérir. Il veut utiliser cet hôtel pour lancer sa campagne de 2020, Doctor Who joue alors de l’horrible possibilité (ou réalité ?) que Donald Trump puisse faire autant de bébés qu’une araignée peut en pondre. Les araignées deviennent alors la métaphore d’un peuple qui n’a déjà que peu pour lui et que l’on repousse constamment, à la fois image des migrants et des classes populaires que l’on dépossède.

Heureusement, ce politique clownesque ne parvient à rien et, face à la potentielle menace, ce sont les femmes qui font le travail à sa place, de la manière la plus humaine possible. Ce second niveau de lecture de l’épisode, pourtant pertinent et assez novateur après une ère Capaldi beaucoup plus frileuse en message politique, ne réussit pourtant pas à être totalement opératoire, probablement parce que pas assez poussé.

Il pâtit également d’une incohérence totale face à tout ce que le/la Doctor a prôné jusqu’ici : elle souhaite une mort la plus humaine possible pour les araignées devenues trop volumineuses pour leur propre bien et celui des humains, sans chercher une solution de relocation comme ce fut le cas pour les Silurians en saison 5. Au final, le traitement est trop superficiel pour fonctionner, souffre de voir le vrai méchant de l’histoire impuni, parallèle flagrant avec notre réalité, mais parvient à tisser sa toile à un autre niveau.

En revenant sur Terre, après avoir été pris contre leur gré, Ryan, Graham et Yaz doivent retourner à leur vie, souhait de départ. Mais la confrontation avec un quotidien désormais trop étriqué face à l’immensité de l’univers entrevu dans le Tardis, ils doivent accepter librement et sans contrainte de suivre la Doctor, qui a bien du mal à les quitter. Il est réellement touchant de voir que cette incarnation ne se détourne pas de ses sentiments — que ce soit la déception de voyager seule ou l’allégresse de pouvoir les suivre dans leurs vies humaines — et les embrasse pleinement. En ce sens, Thirteen trouve enfin ce qui la distingue pleinement des autres Doctor.

Son intégration à la famille de Yaz se fait en parallèle à celle plus compliquée de la jeune femme. Elle tente de se distinguer, d’affirmer son identité (en tant que bisexuelle, en tant que policière), mais peine à le faire face à sa sœur ou son père. Comme une certaine Martha auparavant, il lui fallait alors revenir sur Terre pour réaliser qu’elle peut et veut vivre plus que ce qu’on lui offre. Sa motivation à continuer rejoint enfin celle de Ryan qui y a trouvé son compte dans l’épisode précédent.

Si l’émotion s’invite dans l’épisode, c’est surtout avec Graham qui retourne dans une maison vide de sa femme, décédée dans le premier épisode. Il doit trouver une nouvelle raison pour avancer dans la vie et la Doctor lui a donné sur ces trois premières aventures, mais il devait se confronter à sa possible solitude pour le réaliser. Son deuil est profondément émouvant, Bradley Walsh tenant particulièrement bien son personnage.

Chris Chibnall montre que s’il est doué pour raconter des trajectoires humaines et intimes, il l’est moins pour écrire des intrigues tenant au sein d’un épisode. Avec cette invasion d’araignées, le scénario de ce Doctor Who tient sur un fil, donnant un divertissement honnête et sympathique, mais qui peine à trouver la profondeur voulue. Il reste que ce retour sur Terre était nécessaire, ne serait-ce que pour lancer l’aventure volontaire de nos nouveaux compagnons et peut-être la saison avec.

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