Doctor Who : l’indépendance en héritage (11.06)

12 Nov 2018 à 17:00

Tout est une question d’héritage cette semaine dans Doctor Who. Familial, historique, social. Chris Chibnall a fait sa mission de diriger une saison plus humaine, moins feuilletonnante, mais qui trouve tout de même quelques fils à tisser à partir de son matériau le plus solide et le plus intéressant : ses personnages.

olyart.fr
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Alors que la grand-mère de Yaz fête son anniversaire et lui transmet une partie de son héritage, la jeune femme demande à la Doctor s’il est possible de retourner dans le temps pour qu’elle puisse mieux comprendre l’histoire de sa famille. Mais, une fois dans la difficile Inde de 1947, des aliens vont compliquer le mariage de sa future aïeule et le cours du temps.

Cet épisode 6 peine une nouvelle fois par son scénario. La partie SF ne réussit pas à être assez solide pour être marquante, la faute au peu de temps accordé aux ennemis de la semaine. Ils auraient pu être intéressants, mais ils sont éclipsés par les personnages secondaires, forts et marquants, ce qui déplace le propos sur le sacrifice au nom de la liberté et le coût de cette indépendance.

L’histoire est donc un prétexte pour parler d’Histoire et notamment l’Inde. La période (1947) et le moment (la séparation de l’Inde britannique qui va mener à son indépendance) choisis apportent un vrai plus. Chibnall a une approche de l’Histoire plus précise et contemplative que les précédents showrunners de Doctor Who. Il n’utilise pas les événements auxquels ses personnages assistent comme levier pour son récit, mais comme cadre, manuel à lire sous un nouvel angle, intime souvent (le mariage loin des clichés civilisationnels attendus ici, le syndrome post-traumatique).

Cela force à adopter une nouvelle perspective, parfois un peu frustrante au niveau du récit, les personnages étant incroyablement passifs. En dehors des hindous qui tirent les divers fils narratifs de l’épisode, et parfaitement celui de la culpabilité du survivant au revenir de la guerre, notre team Tardis n’a strictement rien à faire que d’observer. Est-ce grave ? Non, pas vraiment, cela fait du bien de voir un épisode de Doctor Who qui laisse respirer et exister son contexte et son propos. Mais, pour une saison qui ne porte pas d’arche narrative solide et longue, cela donne par moments une impression que leur présence est inconséquente et cela peut leur porter préjudice quand il faudra s’inscrire dans l’Histoire de la série.

Il est étrange de voir pour la première fois une Doctor plus vulnérable que son entourage. Même si l’on peut déplorer le fait que cela tombe sur la première incarnation féminine, cela lui apporte une humanité différente de ses prédécesseurs. Elle n’est plus ce roc insubmersible même acculée au mur et c’est peut-être cette perspective-là dont nous avions besoin pour renouveler le personnage.

Son duo avec Yaz se développe donc ici alors que l’on en apprend un peu plus sur la jeune femme. L’effort est similaire aux liens qu’ont Graham et Ryan, mais habitués que nous sommes à ce que les personnages soient une part intégrante et active de l’histoire, voir Yaz uniquement assister et ne pas dévier des règles de non-ingérence instaurées par la Doctor frustre. Il faut simplement s’habituer à ne pas voir une Amy ou une Donna qui n’en faisaient qu’à leur tête et offraient ainsi un peu plus d’action. On se place plus ici dans la posture de spectateur, accentuant l’expérience pédagogique que Chibnall semble vouloir installer.

Le travail de Segun Akinola sur la bande-son est excellent, un des meilleurs depuis longtemps. Elle appuie une ambiance indienne que la réalisation porte par une lumière pas toujours très bien dosée, mais qui lui donne une réelle identité. On a alors probablement l’épisode qui parvient à prendre le mieux parti de sa nouvelle identité pour souligner son propos.

S’il ne parvient toujours pas à trouver un équilibre entre tous les éléments qui font Doctor Who, cet épisode 6 pousse le manuel d’histoire déjà établi dans l’épisode 3 un peu plus loin et emporte par une histoire simple, mais plutôt inattendue, permettant une nouvelle fois de confronter la philosophie de la Doctor à la réalité (Yaz voulant sauver sa famille au risque de changer son histoire). Définitivement, l’ère Chibnall-Whittaker ne sera pas celle de l’aventure totalement excitante, mais de l’introspection touchante à travers le temps et l’espace.

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