Doctor Who : Kerblam, merci patron ! (11.07)

Avec Chris Chibnall et son équipe, Doctor Who gagne définitivement une portée plus sociale et contemporaine à travers le prisme de l’aventure dans l’espace. Dans l’épisode 7 de cette saison 11, la team TARDIS est appelée à l’aide dans l’entreprise Kerblam, une société qui s’occupe de vente intergalactique au détail, une sorte d’Amazon gigantesque où derrière des conditions de travail montrées comme idéales, un lourd secret se cache. 600 millions de produits, 10 000 employés, la plus grande force de travail humaine de la galaxie et quelques personnes disparues.

« Real people need real jobs. »

L’épisode va alors nous introduire à toute une galerie de personnages qui semblent tous aimer travailler ici, mais vont se révéler être présents pour des raisons plus ou moins forcées ou sous des conditions plus ou moins contraignantes — un des employés que Yaz rencontre est alors loin de sa famille pour subvenir à ses besoins. Le manager, Mr Sliff, ne cherche pas à cacher son visage et a une technique managériale des plus abruptes, ce que la Doctor n’hésite pas à lui dire, peu subtilement cependant.

C’est le principal souci de cet épisode 7. Si le propos est inhabituel dans Doctor Who, c’est surtout dans sa forme, très directe. Cela fait du bien dans le contexte actuel de l’emploi et de la délocalisation par les grandes multinationales dans le monde, d’avoir si cruement un pamphlet de l’exploitation salariale. Mais l’épisode (et c’est le problème de Chibnall en général) peine à emballer cela dans un récit plus engageant et subtil. L’introduction à l’univers est efficace, mais dure près de la moitié de l’épisode, ce qui nous attache aux personnages (notamment au couple qui se forme sous nos yeux), mais n’offre rien de plus consistant sur son déroulé.

Kerblam n’a pas de police, pas de responsabilité juridique, pas de recours possible en cas de plainte et Doctor Who pousse alors la logique capitaliste à son paroxysme, donnant à l’entreprise les pleins pouvoirs. La Doctor, assistée par ses compagnons qui n’ont pas grand chose à faire à part jouer les indignés, se mue alors en François Ruffin, armée de ses idéaux et sa colère pour combattre de l’humain et non pas de l’alien pour une fois. Le parallèle avec notre réalité est pertinent, on ne peut le nier, mais peut-être trop pour être pleinement efficace dans une série comme celle-ci.

Même les Kerblam Men qui pourraient s’apparenter à une menace plus directe et usuelle à la série ne parviennent pas vraiment à inquiéter. Leur introduction tout comme leur traitement comme gimmick au départ se rapprochent alors trop de ce que Russell T. Davis avait utilisé avec les Oods ou même les Cybermen, et qui a été décliné par la suite. Si Chibnall a clairement un message à véhiculer, il manque clairement d’envergure et de folie pour le faire passer. L’allégorie fantastique montre ses limites quand le propos est trop visible.

L’épisode n’en est pas pour le moins divertissant parce qu’il ne réitère pas les erreurs que l’on pouvait reprocher à Steven Moffat dans ses trois dernières saisons, à savoir s’éparpiller sans raison avec des sous-intrigues inutiles. Ici, les problèmes de justice sociale sont à la fois la force et la faiblesse, tout converge vers cela et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer vraiment, l’énergie de l’ensemble porte le récit jusqu’à sa fin, prévisible.

Cette saison 11 de Doctor Who n’est pas exempte de qualités, elle en possède même tellement qu’il est facile de passer rapidement sur ses défauts. Il faut cependant que la série et son showrunner ne perdent pas de vue qu’à force de vouloir apposer son empreinte à travers un discours nécessaire, il ne faut pas diluer tous les aspects de l’identité de la série même si l’on sent qu’il est encore en rodage et qu’il parvient à ne pas rendre l’ensemble médiocre, et c’est déjà quelque chose.

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