Electric Dreams Saison 1 : Bienvenue dans l’univers de Philip K. Dick

Après deux saisons et un épisode spécial de Noël sur Channel 4, Black Mirror a été reprise par Neflix qui a récemment mis en ligne la saison 4. De son côté, Channel 4 ne comptait pas définitivement dire adieu à l’anthologie de SF et c’est ainsi qu’elle s’est tournée vers l’ambitieux projet d’adapter les écrits du célèbre Philip K. Dick, auteur classique du genre.

Electric Dreams porte donc à l’écran des nouvelles de cet écrivain aussi imaginatif que torturé. Chaque épisode fonctionne de façon totalement autonome et les univers sont extrêmement différents. Produite notamment par Ronald D. Moore (le papa de Battlestar Galactica) et Bryan Cranston (aka Walter White de Breaking Bad), la série a fait beaucoup de bruit en annonçant un casting fourni et de qualité avec, pour ne citer qu’eux, Steve Buscemi, Anna Paquin, Richard Madden et Timothy Spall.

Cette première saison souffre principalement des attentes très hautes générées avant même sa diffusion et d’un manque d’unité globale. Relativement inégale, le format 50 minutes choisi pour chaque épisode ne semble pas toujours adapté à la dynamique de la série. La force de Electric Dreams réside plutôt dans son propos. Portée par la profondeur des histoires de K. Dick, la véracité et la noirceur des réflexions sur la nature humaine font froid dans le dos. La série s’amuse souvent à jouer sur l’ambiguïté de ses retournements et de ses personnages, pour le meilleur et pour le pire.

The Hood Maker (1.01)

Cette entrée en matière offre probablement l’épisode le plus réussi de cette première salve d’épisodes. Avec les excellentes performances de Richard Madden et Holliday Grainger dans les rôles-titres, ce thriller futuriste très rythmé reprend avec brio les principaux codes de Philip K. Dick, entre oppression et quête d’identité.

Dans un univers dystopique, une minorité d’humains a développé des dons télépathiques, les « Teeps », et est parquée dans des ghettos par le régime autoritaire en place. L’une d’entre eux, Honor (Grainger) fait équipe avec un agent de police prénommé Ross (Madden) pour arrêter le dangereux Hood Maker. Faisant grandement écho à une période que l’on préférerait oubliée, The Hood Maker propose une satire de la société et pointe avec subtilité le pouvoir des foules et de l’opinion publique.

Le travail d’ambiance sonore et l’esthétique sont très réussis et aide à être totalement immergé en nous donnant qui plus est envie d’en voir plus. L’épisode se conclut par ailleurs sur une fin poétique et ambiguë juste ce qu’il faut.

Impossible Planet (1.02)

Basé sur l’une des plus célèbres nouvelles de Philip K. Dick, Impossible Planet s’intéresse à Brian Norton (Jack Reynor), un jeune guide touristique de l’espace. Il est abordé par Irma (Geraldine Chaplin), une très – très – vieille femme prête à payer cher pour revoir la Terre une dernière fois. Le problème : cette planète de laquelle les humains auraient été évacués pour leur sécurité il y a plusieurs centaines d’années de cela est devenue une légende urbaine, et rien n’est moins sûr que son existence.

La déception au visionnage est d’autant plus grande que les prémices possédaient un vrai potentiel pour un excellent épisode. Le héros manque de charisme et souffre du jeu peu engagé de son interprète, l’alchimie entre les personnages est poussive et le manque de budget flagrant restreint les décors, loin d’être à la hauteur de ce riche univers que l’on nous vend. Cette relecture un peu trop libre s’éloigne grandement de la conclusion originelle pour délivrer quelque chose de très ésotérique qui laissera probablement une majorité de l’audience très hermétique.

The Commuter (1.03)

The Commuter est un très bon épisode, dans la forme et dans le fond, et c’est bien dommage que quelques problèmes de rythme viennent ternir le tableau. Alors que son fils commence à développer des troubles psychotiques, Ed (Timothy Spall), employé à la gare Working Station, rencontre une jeune femme (Tuppence Middleton) demandant un billet pour une gare qui n’existe pas. Curieux, Ed tente de s’y rendre et découvre un village idyllique ou tous les problèmes semblent disparaître. De retour chez lui, son fils s’est évaporé…

Timothy Spall est touchant et incarne à la perfection cet homme dépassé et tiraillé entre des envies contradictoires. Minimaliste, mais très léchée, la photographie de cet épisode est superbe et colle à merveille avec l’ambiance de malaise qui s’installe. Avec des petits airs de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, l’épisode prend place dans un univers aussi naïf que sombre, mettant en lumière la noirceur des hommes bons et ordinaires, une thématique récurrente de l’anthologie.

Crazy Diamond (1.04)

Ed (Steve Buscemi) travaille dans une compagnie produisant des humanoïdes synthétiques, indifféremment nommés Jill et Jack, doués d’émotions et de raison grâce à une technologie mystérieuse, la « conscience quantique ». Il est approché par une Jill (Sidse Babett Knudsen) mourante qui lui demande de voler des consciences quantiques qui pourraient également venir en aide à son propre couple sur le déclin.

Visuellement très réussi et ambitieux, Crazy Diamond a de quoi laisser perplexe. Sans être mauvais, le scénario est relativement faible, tombant dans de nombreuses facilités et se perdant parfois en exposition et auto-explication. C’est cependant un excellent exemple de mauvais script transcendé par de merveilleux acteurs. Steve Buscemi, Sidse Babett Knudsen et Julia Davis, trio central de l’épisode, donnent vie à leurs personnages et nous gardent en haleine.

La distinction entre conscience et humanité, l’émancipation d’êtres robotiques et les parts d’ombre des hommes… L’épisode s’attaque à trop de problématiques lourdes en trop peu de temps et avec moins de talent que beaucoup d’autres productions avant lui. Sympathique, mais oubliable.

Real Life (1.05)

Le concept de réalité virtuelle et le doute insidieux qui en découle créant l’ambiguïté dans l’esprit du héros et du spectateur est un ressort de SF aussi classique qu’efficace. Real Life s’y attèle et, sans apporter de lecture nouvelle, réussit à délivrer un épisode intelligent et rythmé.

Sarah (Anna Paquin), policière dans un futur apparemment lointain, est rongée par la culpabilité depuis un accident ayant coûté la vie à plusieurs de ses collègues. George (Terrence Howard), game designer à notre époque, cherche à venger la mort de sa femme. Sur le conseil de proches, chacun s’invite dans le corps et la vie de l’autre à l’aide d’un dispositif de réalité virtuelle. Lequel des deux est une illusion d’un cerveau torturé ? Les certitudes s’effritent.

Real Life est cependant plus intéressant pour son concept que pour l’expérience qu’il nous fait vivre. En effet, la portée du message est amputée par le format trop court pour le sujet et le manque d’empathie pour les personnages qui rendent malheureusement la fin assez anticlimatique. Porté par d’excellents acteurs et une superbe réalisation, il s’en est fallu de peu pour ce que cet épisode soit vraiment mémorable.

Human Is (1.06)

Human Is est le premier réel faux pas de Electric Dreams : peu original, grossier dans ces dialogues, handicapés par un manque de budget et mal rythmé. On y suit le retour du Colonel Silas Herrick (Bryan Cranston) présumé mort lors d’une mission consistant à extorquer au peuple extraterrestre Rexorian une substance nécessaire à la purification de l’air. Sa femme (Essie Davis) note des changements dans son comportement et l’État se met à le soupçonner d’être un Rexorian.

Une réflexion sur l’humanité avec des hommes qui agissent en ordures et des aliens gentils, pourquoi pas. Mais l’épisode le fait avec une lourdeur… Bryan Cranston ne sauvera pas l’épisode avec son surjeu et son manque flagrant d’envie d’être ici. Seule Essie Davis s’en sort avec les honneurs, mais cela ne suffira malheureusement pas. 50 minutes pour aboutir à un grand monologue cliché qui fait l’effet d’un soufflet retombé et une conclusion totalement téléphonée. À part quelques jolis plans et quelques idées écologiques, il n’y a vraiment rien à sauver.

Kill All Others (1.07)

Dans un futur sombre où la publicité à grands coups d’hologrammes 3D envahit jusque nos salles de bains, les États-Unis entame une période de campagne électorale présidentielle inédite ne proposant qu’une seule candidate (Vera Farmiga). Lors d’une interview télévisée, cette dernière incite très clairement au meurtre. Philibert semble alors être le seul s’en rendre compte et tente de se révolter contre le système.

Kill All Others est l’un des épisodes les plus Black Mirroresque de cette saison d’Electric Dreams. Satire sociale et politique très réussie, l’histoire tragique de Philibert Noyce (Mel Rodriguez) démontre la facilité avec laquelle une société peut accepter l’impensable tant que son confort est maintenu et que les dirigeants l’amènent avec suffisamment de convictions. La montée progressive de la tension à mesure que la psychose du héros grandit est parfaitement rendue à l’écran et permet de délivrer le message de l’auteur avec force. Porté par des acteurs extrêmement talentueux, l’épisode s’avère particulièrement immersif, ce qui décuple l’impact du dénouement, aussi inévitable que brutal.

Autoface (1.08)

Dans un monde contrôlé par une entreprise automatisée, un petit groupe résiste à la surconsommation forcée. Persuadés que le monde autour d’eux se fane à cause de cette méga-usine et la pollution qu’elle produit, ces membres vont s’y infiltrer avec l’aide d’Alice, un androïde, dans le but de mettre un terme à sa production.

Possédant un scénario classique dans le genre, Autoface se démarque d’abord à travers une esthétique travaillée qui se distingue de ce que l’anthologie a offert jusque-là. Ajoutons une approche plus optimiste, un retournement de situation efficace ainsi que les excellentes performances de Juno Temple et Janelle Monáe, l’épisode faire alors souffler un véritable vent de fraicheur sur cette saison finalement très anxiogène.

Safe and Sound (1.09)

La jeune Foster et sa mère quittent une « bulle » — lieu reculé qui rejette la technologie — pour une « safe city » — qui ne jure que par elle — suite à des négociations avec le gouvernement. Pour s’adapter dans cette nouvelle société, Foster se procure des gadgets envahissants qu’ont tous les adolescents de son âge. Lorsqu’elle entre en contact avec un opérateur de la compagnie possédant cette technologie, tout dérape et elle devient l’objet d’une énorme machination.

Si on peut reprocher à Safe and Sound sa conclusion prévisible, c’est sur cette chute inévitable que repose toute la tension de l’épisode. Les réflexions sur le contrôle des foules par la peur et les conspirations sont amenées avec une certaine subtilité à travers des métaphores et un univers alternatif qui, selon moi, fonctionnent plutôt bien. Le contexte est succinctement, mais suffisamment clairement exposé pour que l’on saisisse le parallèle avec les scissions de communautés actuelles aux États-Unis, que cela soit avec les réserves indiennes, les communautés raciales ou les pays frontaliers. Les personnages sont très attachants, très bien interprétés et nous laissent avec le sentiment de malaise escompté.

Un soir, Charlie (Jack Gore) est convaincu d’assister au remplacement de son père (Greg Kinnear) par un extraterrestre. Il va alors tenter de convaincre ses proches du danger qu’ils encourent.

Prévisible et mal construit, cet épisode ne joue à aucun moment sur l’ambiguïté d’un potentiel délire d’enfant bouleversé par la séparation de ses parents. Tout est limpide, frontal, inintéressant. L’ambiance parvient tout de même laborieusement à installer un climat oppressant, passant grandement par l’empathie du spectateur avec le jeune Charlie. La réalisation est froide, le rythme est particulièrement lent et les échanges entre les personnages ne sont pas crédibles un instant. En se concentrant sur un drame fantastique familial, Electric Dreams a clairement quitté sa zone de confort et n’a pas su appréhender le tournant. Father Thing est probablement le moins bon des épisodes de la saison et est totalement dispensable.


Publié une première fois en novembre 2017, cet article a été mis à jour avant d’être remis en avant avec les derniers épisodes de la saison qui sont arrivés début 2018 sur Amazon.

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