Même avant le classique de Victor Fleming avec Judy Garland, le monde d’Oz avait déjà connu des adaptations. Depuis, cela ne s’est jamais vraiment arrêté. La dernière en date est donc la série Emerald City.

Commandé, annulé, recommandé et finalement diffusé cet hiver sur NBC après un changement de showrunner et l’arrivée de nouveaux producteurs, ce projet a indéniablement été difficile à porter jusqu’à l’écran. Il faut dire qu’il est ambitieux. L’histoire se propose de mélanger des éléments venant de plusieurs livres de L. Frank Baum — pas uniquement du Magicien d’Oz — et le tout adopte un ton adulte, sombre, violent et relativement pessimiste.

Emerald City n’est donc pas une simple adaptation, c’est une relecture qui se veut moderne et pertinente. On y retrouve une Dorothy (Adria Arjona) qui tente de quitter Oz pour retourner dans son Kansas natal avec sa mère biologique qu’elle vient tout juste de rencontrer. Malheureusement pour elle, après avoir tué une sorcière, elle est recherchée dans tout le Pays. Elle part alors en quête du Magicien d’Oz (Vincent D’Onofrio) en espérant qu’il pourra la renvoyer chez elle. Ce qu’elle ignore, c’est qu’une guerre se prépare et qu’elle jouera un rôle déterminant dans celle-ci.

Avec des scénaristes qui traitent des éléments métaphoriques du matériel original pour tenter de les ancrer dans une forme plus réaliste, Emerald City cherche indéniablement à rendre le voyage de Dorothy moins coloré. Cela dit, la jeune femme n’est pas la seule concernée. On suit en effet Tip, un garçon qui découvre qu’il est en réalité une fille quand l’enchantement qui maintenait sa transformation s’efface. De même, on s’intéresse de près au fameux Magicien, tout comme on passe du temps auprès de la Sorcière de l’Ouest.

Les points de vue se multiplient, des romances se développent et des tragédies suivent alors que des secrets font surface. Sur dix épisodes, c’est tout un monde qui se construit, mais c’est avant tout à propos de personnages qui traversent des épreuves qui définissent qui ils sont vraiment.

Sur papier, il y a presque un souffle épique qui prend forme. Malheureusement, cela ne se traduit pas à l’écran. Certes, Emerald City délivre des scènes visuellement ambitieuses, principalement grâce à Tarsem Singh qui est un réalisateur connu pour son sens de l’esthétisme. Il se charge d’ailleurs de l’intégralité de la saison, mais si sa patte est bien visible au début, elle s’estompe progressivement au profit d’une mise en scène qui en deviendrait presque générique. Le dépaysement reste intact jusqu’au bout, mais l’ennui se fait un peu trop souvent sentir et la caméra de Singh n’aide pas à le dissiper.

Techniquement, la série avait autant de potentiel qu’elle en affichait du point de vue narratif. Sur les deux plans, le résultat est en partie décevant. Néanmoins, l’écriture est probablement plus à blâmer pour cela, car si ses personnages étaient plus enchanteurs, l’histoire aurait certainement pu élever le niveau général.

À la place, nous suivons des gens insatisfaits, souvent en colère et qui se focalisent sur leurs propres problèmes. On les voit refuser encore et encore d’accepter quels rôles ils devaient assumer dans le Monde d’Oz et, quand ils finissent par réaliser ce qu’ils doivent faire, c’est parce qu’on leur a forcé la main. Tant de réticence épuise et ne captive pas.

Concrètement, Emerald City aurait pu délivrer une relecture du Magicien d’Oz, mais ne raconter qu’une histoire aussi linéaire et finalement simpliste n’était pas assez pour une série. Le problème est que ce que les différentes storylines peinent à s’accorder les unes aux autres et l’impression de regarder plusieurs shows forcés dans un seul fatigue sans tarder.

La saison a donc ses moments, mais ils deviennent rapidement trop rares et trop isolés pour aider l’ensemble à s’élever pour être à la hauteur des ambitions affichées au point de départ. Le plus désolant étant qu’Emerald City se termine sur une fin ouverte qui rend le voyage encore plus insatisfaisant.