L’espionne de Tanger

Adaptation du roman de Maria Dueñas, El Tiempo entre costuras, vendu en Espagne à plus d’un million d’exemplaires, L’espionne de Tanger fut la fiction la plus vue en 2014 en Espagne avec 5 millions de téléspectateurs. Gros succès dans son pays d’origine, cette adaptation est donc arrivée jusqu’à chez nous.

Comprenant 17 épisodes, cette mini-série suit Sira (Adriana Ugarte), une jeune couturière de Madrid qui tombe éperdument amoureuse d’un homme et part vivre avec lui à Tanger à la fin des années 1930.

Le conte de fées vire au cauchemar lorsque le prince charmant montre son vrai visage et que la Guerre Civile empêche tout retour en Espagne. Sira la romantique désinvolte va devoir mûrir et utiliser ses talents de couturière pour survivre.

L’Espionne de Tanger se propose de nous faire voyager auprès de Sira, nous entrainant dans le Nord du Maroc, sous protectorat espagnol, puis en Espagne et au Portugal. Son périple est bien évidemment rythmé par ses amours, ses amitiés, sa réussite en tant que couturière et bien sûr son rôle d’espionne.

Le titre ne laisse donc pas de place à la surprise sur ce plan-là. A la victoire des nationalistes en 1939, notre héroïne va être approchée par les autorités anglaises qui souhaitent se servir d’elle pour espionner les relations entre les Franquistes et les Nazis, à travers les épouses des hauts dignitaires que Sira voit défiler dans son atelier de couture. Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale et l’on sent bien que l’implication de l’Espagne peut faire basculer le court de l’Histoire.

On peut néanmoins regretter le choix de ce titre, une traduction littérale aurait été plus inspirée – nous donnant Le temps entre parenthèses. Le problème avec L’espionne de Tanger réside dans le fait que Sira n’endosse ce rôle qu’à mi-parcours, créant pour le coup une frustration qui aurait pu être évitée. Ajoutons à cela le fait que c’est géographiquement incorrect, et ce choix a de quoi laisser dubitatif.

Mais cela ne nous empêche pas de nous attacher à Sira et à ceux qui l’entourent. Car si la volonté est de raconter l’histoire des hommes et des femmes de l’ombre qui ont œuvré pour la paix et dont on ne connaîtra jamais le nom, L’Espionne de Tanger est avant tout le parcours initiatique d’une jeune femme qui est obligée de grandir mais que les obstacles n’anéantissent pas pour autant.

Il est fort appréciable d’ailleurs que l’amour et le romantisme ne soient pas ses principaux moteurs, au profit de l’amitié et du devoir. On retrouve plus ou moins en parallèle le même parcours pour Rosalinda Fox (Hannah New, Black Sails), la meilleure amie anglaise de (la fictionnelle) Sira et un personnage clé ayant réellement existé.

La série possède aussi l’avantage de cumuler le charme esthétique des drames historiques tout en y apportant une touche exotique dans sa première partie tournée au Maroc. Le pays ayant conservé beaucoup de son architecture de l’époque, il a dû être assez facile de recréer l’ambiance des années 30 (malgré quelques petits anachronismes). On peut regretter par contre le fait que cela donne l’impression que, finalement, les habitants de Tanger et de Tétouan étaient exclusivement Espagnols, Anglais ou Allemands, à l’exception des domestiques.

L’Espionne de Tanger s’affirme comme étant un véritable plaisir pour les yeux, à commencer par les costumes qui mettent en valeur la profession de Sira. La réalisation possède également un certain charme suranné. Je ne sais pas si c’est le style espagnol ou si c’est un choix artistique pour accompagner l’histoire, mais au départ la réalisation peu subtile a tendance à surprendre. Les gros plans sur les yeux et les bouches pendant le coup de foudre entre Sira et Ramiro (Ruben Cortada) font sourire, mais on s’y habitue assez vite.

Au final, L’Espionne de Tanger est une mini série bien meilleure que ce à quoi je pouvais m’attendre, avec une dimension historique intéressante, mais aussi avec des personnages bien écrits et une esthétique très appréciable. Elle mérite amplement son succès et les nombreux prix récoltés et saura séduire les amateurs du genre en France.

L'Espionne de Tanger
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