Evil Saison 1 : Le diable est dans l’époque

12 Fév 2020 à 12:00

Evil Saison 1 Episode 12

De retour sur CBS après The Good Wife et Braindead, le Michelle et Robert King délaissent les cabinets d’avocats et autre bureau de sénateur pour parler de l’inexpliqué dans Evil. L’histoire se centre sur la psychologue Kristen Bouchard (Katja Herbers) qui se joint à David (Mike Colter), un prêtre en formation, et Ben (Aasif Mandvi), un expert technicien, pour enquêter sur de supposés miracles, possessions démoniaques et autres phénomènes non élucidés pour le compte de l’Église.

Anomalie. Voilà bien un mot pour définir Evil. En effet, la série dénote aussi bien sur sa chaine d’origine — très axée sitcom et cop show — que dans le paysage télévisuel de network — le fantastique ne prend pas et The Exorcist en sait quelque chose. Alors, clairement, les audiences viennent bien confirmer l’incapacité du genre à trouver un large public sur le network, pourtant, Evil est une série aussi passionnante dans sa structure que dans son fond.

De prime abord, le show se présente comme une héritière de The X-Files ou même Miracles — série ABC annulée au bout d’une saison en 2003. On ne peut nier cette filiation, chaque épisode possède son cas de la semaine visant à déterminer si oui ou non la situation présente est du ressort du réel ou non. La dynamique entre les personnages reprend celle de Mulder et Scully, à savoir le rationnel face à l’irrationnel ; et la série cultive comme son ainée un certain gout pour l’irrésolu, laissant souvent planer le doute sur l’origine paranormale ou non de ce que l’on vient de voir.

Les King ont l’intelligence d’aller au-delà de ses similitudes, car, comme dans The Good Fight, Evil est une série sur son époque. Ici, l’horreur qui fait frissonner le spectateur ne provient pas tant de créatures surnaturelles ou autres fantômes, mais bel et bien des enceintes connectées, des casques de réalité virtuelle ou encore l’émergence des deep fakes. C’est au travers de ce prisme qu’Evil puise sa force, car les scénaristes illustrent en filigrane l’appauvrissement de l’inexplicable, la difficulté dans une société du trucage, de la manipulation et du mensonge de trouver un vrai miracle.

Derrière cette mécanique de network se niche une œuvre développant sa propre mythologie. Si, après une saison, il est encore difficile de saisir les tenants et aboutissants de cette construction, Evil tient à évoquer des questions théologiques, autrement dit une exploration du Divin au sein d’une société qui semble avoir embrassé ses démons. Cet affrontement entre le bien et le mal, le divin et le démoniaque, est incarné au travers de deux personnages, Leland Townsend (Michael Emerson génial) et David Acosta. D’un côté, Leland a embrassé le mal et tient à s’immiscer dans les esprits pour les pervertir ; de l’autre côté, David a une foi inébranlable, qui pourtant, ne cesse d’être mise à l’épreuve de par sa difficulté à entrer en contact avec Dieu et les nombreuses tentations qui l’entoure.

Néanmoins, le cœur du show, notre guide vers cet univers, reste Kristen. Athée et sceptique quant à la présence de forces surnaturelles, cette première saison va peu à peu semer le doute dans son esprit. Surtout, le final va donner au parcours du personnage une tout autre dimension tant elle semble liée aux différentes pièces du puzzle misent en place par les scénaristes tout au long des épisodes. Au-delà de cet aspect, elle s’inscrit comme une héritière d’Alicia Florrick ou Diane Lockhart, des femmes intelligentes, brillantes dans leurs domaines, pragmatiques et surtout dotées d’une capacité incroyable à être badass.

Mais ce qui fait toute la spécificité de Evil, c’est avant tout son écriture. Les King ont développé une vraie plume et une tonalité devenue comme une marque de fabrique, avec de création en création quelques différences. Evil partage donc quelques traits communs avec leurs autres créations, un personnage féminin comme pivot de l’intrigue, une certaine résonance politique et surtout un certain sens de l’humour. À cela, les King ajoutent une ambiance légèrement horrifique qui fait son effet (notons un épisode à l’hôpital bien flippant), mais surtout, ils parviennent parfaitement à doser les genres, autant série fantastique que drame familial, et fait planer ici et là le fantôme de leurs créations passées. Tout cela donne une série intelligente, ne reniant jamais sa nature de divertissement sans pour autant appauvrir ses ambitions.

Ainsi, entre le procédural et le feuilletonnant, Evil est une nouvelle illustration de la vitalité dont les networks sont capables quand ils laissent leurs auteurs s’exprimer. Intelligente sans être rébarbative, creepy sans être anxiogène, la série, déjà renouvelée pour une seconde saison, s’impose comme une des grandes réussites de la saison.

Tags : Evil moins...
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