Fargo Saison 3 : Une histoire « vraie » qui détonne, même dans la répétition

29 Juin 2017 à 11:30

Au point de départ, Fargo fut une bonne surprise, car l’idée de raconter une nouvelle histoire dans l’univers du film culte des frères Coen paraissait improbable. Pourtant, cela fonctionna. La saison 2 confirma que cela n’était pas un accident et la troisième se faisait alors déjà attendre.

L’intrigue nous entraine cette fois en décembre 2010. Nous sommes naturellement dans le Minnesota, mais on navigue entre St Cloud, Eden Valley et Eden Prairie. Ray Stussy (Ewan McGregor) et Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead) rendent visite à Emmit (McGregor), le frère jumeau de Ray, mais ils ne repartent pas avec ce qu’ils étaient venus chercher. S’en suit une série d’évènements violents avec des personnages parfois légèrement excentriques parfois d’une banalité hilarante. Au milieu, on trouve Gloria Burgle (Carrie Coon), représentante de l’ordre qui veut que justice soit faite, mais personne ne désire vraiment en savoir plus sur ce qu’elle a à dire.

Il y a quelque chose de terriblement familier là-dedans. C’est normal. Après tout, Fargo suit un modèle et, si celui-ci offre des libertés, il impose également une liste d’éléments que l’on retrouve à chaque saison.

Cette troisième propose donc tout ce que l’on est en droit d’attendre de la série. Les actes de violence parfois aléatoires, l’attitude des habitants du Minnesota, les personnages qui ne sont pas forcément aussi intelligents qu’ils le croient, les rebondissements surprenants, des éléments qui font douter de la réalité, une relation particulière avec la vérité et de la neige.

Il y a même un peu plus que cela, mais cela ne sert à rien d’entrer en détail dans la recette Fargo. Noah Hawley la connait sur le bout des doigts et, ce qui compte vraiment, c’est qu’il soit capable de jouer avec pour nous divertir.

Dans ce registre, il ne défaillit pas, offrant du suspense, de l’émotion, des personnages plus complexes qu’attendu et des intrigues qui font des étincelles avant même de commencer à s’entrechoquer. Certes, la mise en route souffre de la familiarité que l’on a à présent avec le show, mais quand cela décolle, le voyage est à la hauteur.

On pourrait même dire qu’il est un peu plus que cela, car le casting transforme bien souvent des dialogues affutés en moments d’anthologie. La double-performance de Ewan McGregor ne cesse de surprendre ; l’énergie de Mary Elizabeth Winstead enthousiasme ; les mimiques développées par David Thewlis dans le rôle du mystérieux criminel V. M. Varga captivent étrangement ; et Carrie Coon fait souffler un vent de fraicheur sur un rôle qui n’a plus rien d’original dans l’univers de Fargo. Les figures secondaires ne sont pas non plus en manque, Michael Stuhlbarg en tête.

Néanmoins, il faut reconnaitre que cela n’est pas inattendu, chaque saison trouve son salut dans la manière avec laquelle le casting parvient à s’immerger totalement dans l’univers du show. À cet égard, on peut dire que cette troisième saison confirme surtout que la formule est bonne. Elle apporte quelques éléments de plus, comme son exploration du pouvoir de destruction et de corruption sur l’homme du sacro-saint dollar. Elle offre également l’occasion de sortir du Minnesota le temps d’un épisode qui n’ajoute que très peu à l’intrigue, mais permet de voir le monde de Fargo d’un angle nouveau. Elle évite la soucoupe volante, mais nous sert sa version du Juif errant avec une touche de Big Lebowski. Enfin, elle nous délivre une conclusion légèrement ouverte.

Fargo est une affaire qui marche, parce que son scénariste trouve encore de bonnes variations pour des éléments narratifs qui deviennent de véritables clichés dans leur propre univers. Cette saison 3 montre ainsi les limites et les possibilités de cette approche anthologique qui a fait des merveilles jusqu’ici.

Ce n’était cependant pas sa finalité première, car il était surtout question de raconter une fois de plus une histoire « à la Coen ». Néanmoins, plus l’intrigue se développa et plus elle s’articula autour de l’idée que le monde n’obéissait plus aux mêmes règles. Moralement plus ambigüe qu’à l’habitude, la saison progresse vers une sorte de pessimisme nous disant que les temps ont changé. Le manichéisme qui prenait généralement le dessus quand la conclusion arrivait dans les précédentes saisons ne trouve donc pas d’équivalent ici. Peut-être était-ce un moyen pour Noah Hawley de nous montrer que l’univers de Fargo avait donné tout ce qu’il pouvait ?

En attendant de découvrir s’il fait un jour une quatrième saison ou non — toutes les portes ne sont pas encore fermées pour le moment —, le scénariste nous a offert une troisième saison de Fargo qui se complait autant dans sa formule qu’elle s’amuse avec. Le résultat est donc familier de la meilleure façon qui soit et surprenant dans ses différences.

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