Nous sommes en 1961, Marilyn Monroe vêtue d’une robe rouge saillante monte sur scène pour recevoir un prix lors de la 18e cérémonie des Golden Globes. Dans l’assemblée se trouve l’actrice oscarisée Joan Crawford (Jessica Lange) et elle est sidérée par la jeune blonde platine. Mais derrière son mépris, elle a surtout la désagréable sensation que sa carrière est terminée.

C’est sur ce constat amer que Ryan Murphy ouvre Feud. Sa nouvelle anthologie se penche — pour sa première saison — sur la rivalité opposant Joan Crawford et Bette Davis (Susan Sarandon) sur le tournage du film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? tourné en 1962 sous la direction de Robert Aldrich (Alfred Molina).

Pourtant ce qui semble intéresser Murphy et son équipe de scénaristes n’est pas tant la rivalité entre Joan et Bette, mais leurs souffrances. Elles ont toutes deux été des icônes du cinéma, comme le précise Olivia de Havilland (Catherine Zeta-Jones), mais au fil des années ce sont Elisabeth Taylor, Marilyn Monroe ou encore Audrey Hepburn qui les ont remplacées.

À travers ce ressentiment personnel, la série évoque un Hollywood sexiste ancré dans une culture du jeunisme. En effet, pour les studios, Joan Crawford et Bette Davis ne sont plus « baisables ». Comme le souligne Robert Aldrich, elles sont des légendes, mais cela ne suffit pas. Elles ne sont plus à la mode comme l’exprime Joan Crawford, alors elles doivent agir ensemble afin de se donner les moyens d’exister à nouveau.

Ce premier épisode de Feud est aussi parsemé de dialogues montrant toute l’hypocrisie de ce milieu, notamment avec le personnage de Hedda Hopper (Judy Davis), chroniqueuse avide de scandales qui termine l’épisode d’un monologue teinté de cynisme. De plus, pour les plus cinéphiles, le scénario multiplie des références à certains grands films du cinéma américain, mais aussi à Alfred Hitchcock, qui est cité à plusieurs reprises dans cette introduction.

Comme souvent, Ryan Murphy s’attelle à réaliser ce premier épisode afin de définir l’ambiance générale de la saison. Cette fois-ci, il joue la sobriété. Il met l’accent sur les décors et le glamour inhérent au Hollywood des années 60, mais surtout sur les interprétations de son casting. De ce point de vue, c’est une réussite. En quelques poignées de scènes, aidées par l’écriture des dialogues, Jessica Lange et Susan Sarandon s’imposent sans réelles difficultés.

Définitivement, la chaîne américaine FX a encore eu raison de faire confiance au prolifique Ryan Murphy qui, avec ce premier épisode, impose Feud comme étant une série à suivre. Une saison 2 a d’ailleurs déjà été confirmée.

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