Fleabag Saison 2 : Une brillante crise de foi

Plus d’un an — 371 jours, 19 heures et 26 jours pour être précis — après sa très remarquée première saison, on retrouve la plus imparfaite des ambassadrices de l’humour britannique. Phoebe Waller-Bridge, tête pensante et tête d’affiche de Fleabag, a depuis fait ses preuves avec Killing Eve et multiplie les projets. Avec cette seconde saison très attendue, elle offre à ses fans un dernier tour de piste aussi éprouvant que convaincant dans la vie de son alter ego.

Dans le final de la saison précédente, Fleabag avait laissé exploser la culpabilité et la tristesse qu’elle avait noyées dans l’excès et l’autodestruction suite au suicide de sa meilleure amie. Cette année, Fleabag va réapprendre à apprécier cette vie trop longtemps laissée en roue libre. Cette quête de sens improbable passera par Kristin Scott Thomas, un prête sexy (excellent Andrew Scott) et un renard mono-obsessionnel. Il n’y avait que Fleabag pour donner du sens à ce grand bazar à l’image de la vie.

On prend les mêmes et fait encore mieux

La première saison avait été acclamée pour l’originalité de son style et pour son honnêteté dérangeante à propos du sexe, de l’amour et du reste. Si les personnages n’étaient pas particulièrement appréciables, ils étaient tous finement écrits et étonnamment attachants. Cette nouvelle salve de six épisodes ne perd rien de ces fondamentaux et pousse le vice encore plus loin, devenant un impressionnant exercice de style et une aventure émotionnellement captivante.

L’arc narratif principal de la saison concerne la romance naissante entre Fleabag et l’homme d’Église engagé pour marier son père. Cette histoire d’amour interdite d’une grande subtilité colle parfaitement à la douce irrévérence de la série. Cette étape cruciale dans le développement de l’héroïne illustre tous les paradoxes qui la caractérisent.

Blagues sur la religion, sur la pédophilie, et parfois sur les deux en même temps, Fleabag s’autorise tout, malmenant la limite de l’acceptable sans jamais la dépasser. Malgré son insolence assumée, aucun thème n’est traité à la légère, chaque mot est choisi avec soin pour retranscrire au mieux la complexité et les contradictions de chacun.

Une saison qui s’amuse avec les codes du genre

Que cela soit au niveau de l’écriture ou de la mise en scène, Fleabag sort sans cesse de sa zone de confort et offre des épisodes réellement brillants, portés par des acteurs impeccables. On notera notamment le premier épisode de la saison, un huis clos familial au restaurant qui dégénère, ou l’épisode 3, rendu mémorable par d’excellents dialogues et par son twist improbable.

Précédemment, Fleabag avait créé ses propres règles de narration en bisant continuellement le quatrième mur, l’héroïne nous commentant allègrement les scènes avec un regard caméra appuyé. On découvre en cours de saison que cette parenthèse, que l’on pensait n’être qu’à nous, est perçue par d’autres personnages. Cette déconstruction brutale du procédé, à la base à but humoristique, lui donne une toute nouvelle ampleur, servant le propos global sur la difficulté de communiquer et l’ouverture aux autres.

Une conclusion à la hauteur de la série

La fin de la série nous a été annoncée la veille de la diffusion de l’épisode final. Cette annonce inattendue, étant donné le succès de la série, est adoucie par la réussite de sa conclusion. Comme on pouvait s’y attendre, la série ne nous accorde pas un happy ending explicite. Le chemin parcouru par Fleabag, ainsi que les récents évènements, nous laisse cependant suffisamment sereins pour tourner la page.

Fleabag ne tombe heureusement pas dans les pièges faciles que tendait sa dangereuse intrigue avec le prêtre. Malgré la folie ambiante, tout a su rester particulièrement cohérent, c’est en cela que la série forme un tout satisfaisant. On peut lui reprocher de s’être légèrement détourné du thème du deuil, mais ce choix discutable a permis à la série d’explorer d’autres aspects, notamment la relation incroyablement crédible et touchante de Fleabag avec sa sœur Claire (Sian Clifford).

Les coups d’éclat du final surgissent davantage de la mise en scène que du scénario, somme toute classique et prévisible. Sans trop en dire, les derniers plans — cet au revoir très visuel qui est autant celui de Fleabag que celui de l’actrice — sont incroyablement forts et marqueront les mémoires.


Cette deuxième saison de Fleabag comportait d’énormes prises de risques et s’avère être une incroyable réussite, largement à la hauteur de la longue attente des fans. Plus sombre et encore plus subversive, elle profite d’une écriture exemplaire et d’acteurs de talent. Véritable tragédie humaine sagement dissimulée derrière son étiquette de comédie noire, rarement une série n’aura dépeint aussi justement les névroses de cette génération en prise à la déconnexion avec la réalité.

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