Fleming : James Bond ne suffit pas

IL Y A DES SERIES QUI NOUS ATTIRENT PLUS QUE D’AUTRES. IL Y A DES SERIES QUI NOUS DEÇOIVENT PLUS QUE D’AUTRES. CHEZ CRITICTOO, NOUS AVONS DECIDE PENDANT QUELQUES SEMAINES DE PARLER DE CE QUI FAIT MAL : CES CREATIONS QU’ON ETAIT PRETS A AIMER, MAIS QUI SONT PASSEES A COTE DE LEUR SUJET OU QUI N’ONT PAS SU REMPLIR LE CONTRAT.

50 ans après la mort de Ian Fleming, BBC America décida de s’intéresser au créateur de James Bond à travers une minisérie intitulée Fleming : l’homme qui voulait être James Bond. Non dénuée d’ambition, cette œuvre a ainsi pour vocation de revenir sur le parcours de l’auteur pour nous éclairer sur sa psychologie et sur ce qui le poussera à donner naissance au plus mythique des espions britanniques.

Sur papier, Fleming avait de quoi allécher. Son casting ne venait rien gâcher avec Dominic Cooper (Preacher) dans le rôle principal et Lara Pulver (Irène Adler dans Sherlock) incarnant Ann O’Neill, sa femme. Cette série inspirée par la biographie de John Pearson se déroule dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, période historique qui va sans aucun doute participer à forger l’homme que sera Fleming et son espion.

Il était dès lors possible d’espérer de cette production à la fois un esthétisme léché et un scénario intelligent cherchant à mettre en avant un auteur qui a inventé un personnage plus grand que nature au point de complètement éclipsé son créateur.

Scénarisée par John Brownlow et Don Macpherson, Fleming impose son ton dès la scène d’ouverture, brisant presque instantanément les espérances que l’on pouvait avoir.

Everything I write has a precedent in truth. — Ian Fleming

Il est vite établi que cette minisérie ne compte pas faire un portrait réaliste de Ian Fleming. La réalité et la fiction vont se mélanger pour nous introduire à un playboy sans avenir qui vit dans l’ombre de son frère. Alors qu’il rêve d’aventures, il se retrouve coincé derrière un bureau lorsqu’il devient officier de la Royal Navy. Cependant, ce poste lui permettra d’utiliser son imagination pour aider son pays en temps de guerre.

Cette production Sky Atlantic/BBC America diffusée en 2014 multiplie les parallèles entre Ian Fleming et James Bond, mais le premier n’est pas le second. Les scénaristes misent sur ce fait pour brosser le portrait d’un auteur écorché par ses désirs professionnels et personnels. Bond ne verra le jour qu’après la guerre, et devient une façon pour le romancier d’exorciser ses démons.

L’espion (fictif) au service de Sa Majesté est un tueur froid et un amant impitoyable, tandis que Fleming nous est présenté comme un homme qui lutte sur un plan affectif, émotionnellement endommagé par sa mère. Il se laisse aisément consumé par ses propres sentiments, ce qui l’empêche d’exercer son travail avec le même détachement que Bond.

Très vite, Ian Fleming est en juste réduit à ne pas être James Bond. Focalisé sur cet aspect, les scénaristes sont eux-mêmes pris au piège par la création de Fleming, incapable de voir au-delà.

Fleming : l’homme qui voulait être James Bond court également occasionnellement après un divertissement à la 007 qu’il lui est impossible d’atteindre. On y trouve son lot de références — sans abus — aidant à faire évoluer le récit naturellement. La majorité des personnages sont là pour nous renvoyer aux figures littéraires : Monday se veut l’inspiration de Moneypenny ; l’amiral John Godfrey, celui sur qui sera basé M ; et Muriel Wright est le modèle de la James Bond Girl.

Si la partie espionnage de la série réussit un minimum à maintenir le rythme, celui-ci est régulièrement cassé par la romance compliquée entre Fleming et Ann O’Neill (Lara Pulver). Celle-ci se veut sulfureuse et passionnelle. Avec une issue connue d’avance, une mise en scène grossière et qui laisse au départ un peu perplexe, cette relation ne se révèle pas vraiment accrocheuse. L’attachement de Fleming pour Ann ne se ressent pas, il est dit, et on ne peut pas dire que les dialogues soient vraiment de qualité. Par conséquent, le jeu qui se joue entre eux devient vite rébarbatif et tourne en rond.

Si Fleming : l’homme qui voulait être James Bond couvre la Seconde Guerre mondiale, elle ne met pas bien en avant les moments-clés de l’histoire. Le récit manque alors de panache, retenant l’attention grâce à une qualité de production qui reste convenable sans pour autant pouvoir faire impression.

Ce qui aurait pu être le portrait nuancé d’un auteur pouvant nous éclairer au passage sur ce qui définit James Bond et ce qui en a fait son succès est au final une belle occasion manquée. Fleming se perd trop régulièrement dans la fiction pour parvenir à aiguiser une forme de curiosité pour la réalité et se révèle tragiquement conventionnel au point d’en perdre son intérêt.

Et vous, avez-vous été déçu par Fleming : l’homme qui voulait être James Bond ?

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