Flesh and Bone : Une performance à moitié convaincante

Flesh and Bone

Création de Moira Walley-Beckett, Flesh and Bone a d’abord été annoncé comme une série télévisée avant que Starz décide de la transformer en une minisérie. Un changement résultant à la fois de contraintes créatives et budgétaires, la série s’étant révélée bien plus chère qu’escomptée.

Flesh and Bone reste une œuvre presque complète se composant de huit épisodes. Presque, car on peut voir dans la trame narrative des éléments qui sont installés pour être explorés dans une prochaine saison. Le récit n’en ressort pas affecté à l’arrivée, bien que cela participe à créer des digressions pas toujours inspirées au sein de l’histoire dans son format définitif.

Flesh and Bone propose donc de nous entrainer dans le monde impitoyable de la danse classique professionnelle. On suit Claire (Sarah Hay), une jeune danseuse qui rejoint une prestigieuse compagnie de ballet à New York avec l’espoir de laisser son trouble passé derrière elle.

C’est alors dans son portrait de l’art que Flesh and Bone livre ses plus grands moments. Comme la danse qu’elle met en scène, Flesh and Bone nous vend à la fois le rêve d’une performance magistrale et nous dépeint la douloureuse réalité pour y arriver. Multipliant les parallèles entre le monde du ballet et celui de l’armée, les danseuses et danseurs sont des soldats qui doivent marcher au pas, obéir, se plier, souffrir en continu pour avoir l’opportunité de délivrer, peut-être, une prestation qui transcendera le spectateur. Sans atteindre l’intensité de Black Swan dans sa recherche de la performance parfaite, le sujet trouve au sein de ces 8 épisodes la possibilité d’être creusé et aborder sans détour.

Bien que la tyrannie soit présente en partie à travers Paul (Ben Daniels) qui dirige la compagnie, les danseuses sont impitoyables entre elles. Le niveau de compétition est élevé et la cruauté est un élément à part entière du milieu. Rien ne peut cependant battre ce qu’elles se font subir au jour le jour, entre malnutrition et acceptation de la douleur pour continuer à danser quoiqu’il en coûte.

Flesh and Bone fait un travail remarquable à dépeindre ce rapport avec le corps où le regard d’autrui (et plus spécifiquement celui de l’homme) occupe une place particulière. Les danseuses, à différents niveaux de leur carrière, permettent d’aborder la problématique sous multiples angles et de révéler alors que derrière la mesquinerie se cache surtout une peur primaire de l’échec et de l’obsolescence.

Flesh and Bone

Si Flesh and Bone n’avait choisi que de parler d’une compagnie de ballet, cela aurait été parfait. La série de Moira Walley-Beckett (qui a travaillé sur Breaking Bad) s’égare dans sa volonté d’offrir du drame sombre et psychologique qui dépasse son sujet principal. En fait, le show semble saisir la moindre occasion pour s’éloigner de la danse pure et simple au point qu’il n’y en a pas beaucoup au début. La dernière partie rectifiera le tir.

Flesh and Bone dérive en allant arpenter les couloirs d’un strip club pour construire un autre parallèle sur l’objectification et la fantaisie que vend cet univers et celui du ballet, où les femmes restent l’objet de l’attention des hommes. Les liens avec la mafia russe viennent à leur tour surcharger une histoire avec des éléments qui, au sein de cette minisérie, se révèle dispensable (si saison 2 il y avait eu, cela aurait pu peut-être aboutir sur quelque chose de moins stéréotypé).

La série nous offre aussi une héroïne avec un passé glauque, à travers sa relation incestueuse avec son frère et un rapport présenté également comme abusif sur un plan psychologique avec son père. Avec son personnage phare, Moira Walley-Beckett tente donc avant tout de nous dépeindre une quête de normalité qui apporte plus de tragédie et nous éloigne étrangement de ce qui fait l’âme de la mini-série. Le sujet est délicat et mérite certainement d’être abordé avec autant de soin que possible, mais on peut se questionner sur sa véritable place dans Flesh and Bone.

Cela participe à donner l’impression que le show cherche à trop en faire, amplifiant son approche dépressive et sombre à l’aide du sexe et de la nudité. Les dialogues ne sont pas aussi ciselés et affinés que la situation le réclame, au point que les problèmes de Claire affaiblissent le personnage alors que les autres danseuses ne font que s’affirmer au fil des épisodes. Sarah Hay aura d’ailleurs parfois du mal à maintenir le niveau. Il s’agissait, pour elle comme bien d’autres, de son premier rôle en tant qu’actrice et le défi était, sur ce plan-là, particulièrement élevé pour elle.

Flesh and Bone est à son plus haut niveau lorsque le récit est tourné vers les conflits liés au monde du ballet. Elle captive en nous parlant de perfection et des sacrifices à faire pour créer une pièce artistique mémorable. Seulement, il n’y a qu’une partie de la performance qui se révèle aboutie, la série dérivant vers un drame plus manufacturé qui ne vient pas enrichir l’histoire et ne fait au contraire que lui faire perdre en énergie et intensité.

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