Fosse/Verdon : Un mariage d’ego

12 Juin 2019 à 12:00

Fosse/Verdon

Alors que Ryan Murphy semble ne pas — ou ne plus — vouloir donner une suite à Feud, FX a dégainé Fosse/Verdon, une minisérie s’attardant sur le couple Bob Fosse et Gwen Verdon, où la passion côtoie la haine, où la gloire attend la déchéance, où le flamboyant n’est qu’apparence. En bref, tous les ingrédients d’une saison de Feud, mais sans Ryan Murphy.

Sans Ryan Murphy. Voici une nuance qui fait toute la différence, si je me plais à souligner une certaine similarité entre les deux séries FX, Steven Levenson et Thomas Kail articulent dans Fosse/Verdon un récit biographique aux contours sinueux, visant à capturer l’essence de ce couple ayant bouleversé le paysage du divertissement à l’américaine.

Il y a donc à l’origine deux artistes. D’un côté, Bob Fosse, chorégraphe de Pippin, Chicago ou Damn Yankees (où il rencontre Gwen), il s’illustre par la suite comme réalisateur avec des œuvres comme CabaretLenny ou All That Jazz. De l’autre, Gwen Verdon, actrice et danseuse dans des comédies musicales comme Damn Yankees, bien sûr, mais aussi New Girl in Town, Chicago ou Sweet Charity. Mais elle contribue également dans l’ombre au succès son époux. Soutien indéfectible, elle l’aide dans l’élaboration de ses longs-métrages.

Fosse/Verdon s’ouvre sur un Bob Fosse vieillissant faisant face à une Gwen Verdon, elle aussi vieillissante. Il ne le sait pas encore, mais il lui reste 8 minutes à vivre. Dans une structure conventionnelle pour ce genre d’œuvre, on va remonter le temps afin de comprendre les tenants et aboutissants de cette scène. De façon assez astucieuse, Levenson et Kail vont parvenir à trouver une force dans ce classicisme, notamment en ne suivant pas une ligne temporelle linéaire.

En effet, les épisodes oscillent entre les époques, on s’éloigne et se rapproche de la mort de Bob Fosse, tout cela ayant pour but d’offrir un point de vue panoramique sur ce couple. Au sein de cette structure, les scénaristes peuvent ainsi orienter la tonalité d’un épisode, certains sont plus centrés sur Bob, d’autres sur Gwen et d’autres encore — dont un huis clos — se concentrent sur le couple et leurs proches amis.

Ce que tisse le récit, c’est la dépendance entre Gwen et Bob. Leurs trajectoires respectives se répondent sans cesse. Au début de leur relation, la star est Gwen. Elle est alors au sommet. Elle est celle qui permet à Bob de réaliser Cabaret, un film qui lance pour lui une période vaste où s’enchaînent les récompenses et où la gloire vient lui brûler les ailes. Dans le même temps, Gwen vieillit et doit se battre pour continuer dans ce métier physique, il faut bien l’admettre, mais surtout préférant la jeunesse.

Bien vite, le professionnel teint le personnel de ressentis et vice-versa. Leur couple agonise, pour mourir, pourtant, la dépendance l’un pour l’autre est toujours palpable. Bob a besoin de Gwen pour être Fosse, elle est celle qui vire les mauvaises danseuses, celle qui le rassure sur ses talents. Gwen a besoin de Bob pour être Verdon, car il est le seul a encore pouvoir lui offrir un lead rôle dans ses spectacles. Même si Fosse/Verdon semble progressivement dessiner que Gwen a plus sacrifié que Bob, elle est celle qui a sentie tout lui échapper, celle qui dû batailler avec lui pour qu’il monte Chicago dont il n’avait pas réellement envie.

Alors forcément, dans une vie où l’artistique a tant compté, Fosse/Verdon se veut visuellement inventive, participant ainsi à maintenir l’attention de son spectateur. Des numéros musicaux jalonnent l’ensemble des épisodes, ils apportent flamboyance et émotion, sans jamais en abuser. L’épisode 6 quant à lui, en partie centré sur la création de Lenny, en reprend son visuel noir & blanc et ses numéros de stand-up. Tout cela participe à rendre plus tangibles leurs carrières et leurs prouesses.

Comme toute bonne série du genre, Fosse/Verdon se repose sur un casting prestigieux. C’est donc, l’incroyable Sam Rockwell qui campe le réalisateur/chorégraphe avec son talent habituel, mais — désolé pour lui — celle qui vole toutes les scènes dans lesquelles elle apparaît, c’est Michelle Williams, jouant avec théâtralité et fragilité la danseuse/actrice.

Ainsi, Fosse/Verdon est une solide minisérie qui, de manière assez astucieuse, parvient à s’éloigner du classicisme de ses débuts afin d’offrir un spectacle digne de Broadway, avec tout ce qu’il faut de vivacité de création, de flamboyant et — comme tout grand show — une touche d’émotion.

Tags : FX Fosse/Verdon moins...
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