Friday Night Lights commençait il y a 10 ans et personne n’a fait mieux depuis

Friday Night Lights saison 1

C’était il y a 10 ans. Le cœur s’est mis à battre fort pour un match de football le vendredi soir qui n’avait pas vraiment lieu un vendredi soir. Celui-ci se déroulait un mardi 3 octobre 2006 sur NBC. C’était le premier avec Coach Taylor à la tête des Panthers de Dillon, une petite ville du Texas, et celui qui changera à tout jamais la vie de Jason Street et celle de Matt Saracen.

Inspiré par le livre de Buzz Bissinger et son adaptation cinématographique, Friday Night Lights se proposait de nous relater l’histoire d’une équipe de football qui fait vibrer de toute la ville au cours d’une soirée. À travers cette dernière, c’est un portrait de l’Amérique de tous les jours que l’on nous dessine, entre questions socio-économiques, religion et valeurs familiales.

Il y a 10 ans de cela, alors que l’évolution de la télévision avait fait que les séries les plus prestigieuses se trouvaient sur des chaines comme HBO, Friday Night Lights arrivait sur NBC. Soutenue par les critiques, adorée par ceux qui la regardaient, Friday Night Lights est aussi l’histoire d’un show qui a duré 5 saisons en une période économique difficile rappelant que oui, parfois, la qualité est tout ce qu’il faut.

It’s just football !

Filmée à Austin, sous la direction de Peter Berg, Friday Night Lights jette par la fenêtre tous les artifices du business au profit de l’authenticité. Le réalisateur encourage également l’improvisation pour offrir un portrait encore plus vivant de ce qu’est la vie à Dillon.

Le football est l’activité autour de laquelle les gens se réunissent un soir de la semaine. Ce jour où ils laissent de côté leurs problèmes personnels pour voir leur équipe s’illustrer et se battre pour marquer des points.

Friday Night Lights n’est pas un show sportif, mais comme de nombreuses autres œuvres avant elle, elle utilise le sport pour composer une métaphore de l’existence. Ce fut avant tout l’histoire d’un mariage et d’une communauté liée par le sport et ses croyances en un futur meilleur. Le cœur de Friday Night Lights est donc le couple formé par Eric et Tami Taylor – ou Coach et Mrs T.

Déjà présente dans le long-métrage, Connie Britton reprend le rôle de l’épouse du coach, mais ne se contentera pas cette fois-ci de n’être là que pour soutenir son mari. Elle est une partenaire impliquée dans chaque décision, avec sa propre carrière et ses désirs personnels. C’est un mariage de respect et d’égalité que la série dépeint, où chaque engueulade sonne aussi juste que chaque moment intime, regard échangé ou conflit d’intérêts.

Alors que Tami tente d’aider les élèves de Dillon en tant que conseillère à l’école, Eric Taylor (Kyle Chandler) se pose en figure paternelle pour ses joueurs parfois en manque de repères ou aveuglés par leur égo. Ils en ont bien besoin, car les Panthers sont considérés comme des stars locales à qui l’on excuse beaucoup pour être sûr d’obtenir une victoire le vendredi soir. Les Taylor croient dur comme fer dans le potentiel de ces jeunes et sont là pour les pousser à apprendre de leurs erreurs.

Bienvenu à Dillon, Texas

Friday Night Lights

Friday Night Lights commence avec une tragédie, lorsque Jason Street – le quaterback star des Panthers – est blessé au cours d’un match et en ressort paralysé. Cet accident bouleverse l’ordre établi et offre la possibilité à l’équipe créative menée par le showrunner Jason Katims de briser les stéréotypes.

Sur papier, Friday Night Lights nous introduit des personnages que l’on pourrait aisément mettre dans une case. Lyla Garrity (Minka Kelly), la cheerleader un brin insupportable accrochée au bras du joueur star ; Tim Riggins aka 33, le beau gosse détaché ; Matt Saracen, le sportif à l’âme d’artiste ; Lance Landry, son meilleur ami un peu geek sur les bords ; Julie Taylor (Aimee Teegarden), la fille du coach et petite nouvelle ; Tyra, l’adolescente provocante ; Smash (Gaius Charles), le joueur avec l’égo surdimensionné ; etc.

Au fil des épisodes, chaque cliché sera alors brisé pour mieux exposer des environnements familiaux compliqués, une détresse émotionnelle dissimulée derrière une façade fragile et l’envie de réussir à s’enfuir de là d’où l’on vient.

Friday Night Lights déroule une première saison quasi parfaite, nous révélant une série pouvant prendre n’importe quelle idée pour en faire une intrigue à la richesse insoupçonnée en explorant un sujet difficile ou en confrontant un personnage à une nouvelle épreuve.

Rien n’est délaissé, des questions raciales aux difficultés de la famille monoparentale en passant par les ravages de la maladie et plus encore. À l’image des sujets abordés, les émotions se confondent, allant des éclats de rire un instant aux pleurs la seconde suivante, suscitant de la colère face à certaines injustices et de l’exaspération devant l’idiotie de certaines réactions.

Dans son ensemble, Friday Night Lights ne perdra jamais cette richesse narrative, pouvant toujours compter sur le couple Taylor pour nous faire traverser les multiples épreuves.

Un meurtre et tout menace de s’écrouler…

Friday Night Lights - Tami Taylor

À l’image d’un de ses joueurs qui a pris une mauvaise décision et doit trouver un moyen de se sortir de l’impasse, Friday Night Lights commettra les plus importantes bévues de son histoire au cours de sa saison 2 — spécifiquement lorsque Tyra (Adrianne Palicki) et Landry (Jesse Plemons) sont plongés au cœur d’une affaire de meurtre. Cette intrigue amorce une difficile salve d’épisodes avec un Coach Taylor au départ loin de chez lui et une grève des scénaristes qui écourtera la saison.

Sans paraitre surréaliste, cette histoire controversée possède trop d’éléments soapesque pour parvenir à justifier son existence et être à sa place dans un tel show. Elle s’étire plus que de mesure, comme si nous étions sur le terrain à chercher comme passer une défense impénétrable pour aller marquer un point. Dans le cas présent, il s’agit juste de réussir à y mettre un terme sans que tout s’effondre autour de ceux concernés.

Le réalisme environnemental de Friday Night Lights et l’âge de ses acteurs tendent par ailleurs parfois à faire oublier qu’il ne s’agit que d’adolescents. C’est encore plus le cas dès lors que l’on se tourne vers Riggins (Taylor Kitsch) qui a un don certain pour se retrouver dans des situations particulières, soutenu par une charmante désinvolture. Le sommet étant bien évidemment en saison 2 lorsqu’il nous fait rencontrer le pire vendeur de drogues qu’il doit y avoir à Dillon.

C’est d’ailleurs sans doute dans la seconde partie de la série que commence à ressortir le penchant des scénaristes à réécrire les faits pour servir leur but scénaristique. Alors que Tim et Jason (Scott Porter) ont grandi ensemble, le second devra prendre une décision sur son avenir bien plus tôt que le premier ; il en est de même avec Matt et Landry. Il est d’ailleurs difficile de ne pas penser que Landry sera resté si longtemps à cause d’une affection particulière de l’équipe créative pour le personnage (ou son interprète), la qualité de ses intrigues étant peu au rendez-vous par la suite.

Les scénaristes ne vont pas se contenter de tordre leur ligne temporelle, ils révisent également la place de West Dillon High lorsque le projet – qui aboutira – de rouvrir East Dillon High naitra pour des raisons budgétaires. Ce choix définira les deux dernières saisons de la série.

Retour aux sources et difficiles séparations

Friday Night Lights

Lorsque Friday Night Lights fait son retour pour une troisième saison – grâce à un accord conclu entre DirecTV et NBC qui permit à la série de survivre –, la volonté de l’équipe créative de faire table rase du passé parait légitime.

Pour Jason Katims et ses scénaristes, le renouvellement est une opportunité pour offrir une conclusion qui a failli être refusée. Ayant frôlé l’annulation à la fin de chaque saison depuis son lancement, il était important de faire une scission après la seconde saison pour repartir sur des bases solides et reconnecter avec ce qui avait fait le succès du show. La commande réduite d’épisodes (il n’y en a que 13) participe par la même occasion à délivrer une saison sportive plus intense.

Friday Night Lights arrive aussi à un stade de son récit où elle doit se séparer de ces jeunes protagonistes qui doivent faire des plans pour leur avenir. Dans quelle université vont-ils se rendre ? Auront-ils les notes suffisantes ou la bourse leur permettant de trouver leur place dans ce monde ?

Avec la question sociale toujours omniprésente, les choix faits sont majoritairement cohérents, ne se reposant pas sur une passion que l’on découvre du jour au lendemain. On n’évitera pas certaines situations convolutées pour assurer une transition plus fluide, mais le show restera fidèle à lui-même lorsqu’il sera temps de faire ses adieux.

Si l’attention se détache de certains protagonistes, la série ne les abandonne pas soudainement (à une ou deux exceptions près, comme ce fut le cas Santiago – personne ne s’en est plaint pour J.D. McCoy).

Loin de choisir un chemin facile, Friday Night Lights explore avec acharnement les doutes qui ravagent les jeunes qu’elle suit et qui les poussent dans leurs retranchements. Plus d’une fois, Tyra menacera de détruire tous ses efforts faits pour aller à l’université alors que Tim est là pour nous rappeler que cette route n’est pas faite pour tout le monde. Si Smash a toujours vu le football comme la chance de sa vie, c’est sans aucun doute avec Matt Saracen (Zach Gilford) que la série frappera là où cela fait le plus mal (dans l’aujourd’hui classique The Son).

East Dillon High, la réinvention selon Friday Night Lights

Friday Night Lights

Après 50 épisodes en compagnie des Panthers, Friday Night Lights réalise de nouveau l’improbable et se réinvente pour deux saisons avec les Lions.

Ayant perdu son travail à West Dillon High, Eric Taylor devient le coach d’East Dillon. Dépouillé de toutes formes de privilèges et sans argent, il doit construire une équipe de toutes pièces, sur un terrain en piteux état et dans des conditions déplorables, bien loin du JumboTron des Panthers obtenu grâce à Buddy Garrity (Brad Leland), prêt à tout pour son équipe.

Ce changement de conjoncture permet à Friday Night Lights de ne pas stagner dans ses problématiques. Au contraire, la série redéfinit Dillon en nous entrainant dans des quartiers inconnus, en nous introduisant à une communauté délaissée où la criminalité peut prendre racine.

Les scénaristes auraient pu néanmoins tomber dans le piège de la répétition en cherchant à calquer ses nouveaux joueurs sur les anciens, mais ils l’éviteront grâce à des adolescents aux histoires et aux personnalités différentes.

Vince Howard (Michael B. Jordan) est alors un jeune à problème qui trouve le salut dans le sport et une figure paternelle vers laquelle se tourner dans le coach. Luke Cafferty (Matt Lauria) est un sportif prometteur qui sera mis à l’épreuve par une blessure ; Jess Merriweather (Jurnee Smollett) est la jeune femme qui s’immiscera dans le milieu sportif pour défier les statistiques et devenir à sa manière membre de l’équipe qui accueille également l’attachant Tinker (LaMarcus Tinker), le peu vocal Hastings Ruckle (Grey Damon) ou encore le fils de Buddy (Jeff Rosick) ; et Becky Sproles (Madison Burge) est l’adolescente joviale en manque de repères qui s’éprend de la mauvaise personne.

Les difficultés économiques sont plus importantes, les familles décomposées formant toujours la majorité, les problèmes sentimentaux bien présents et le défi sportif à relever difficilement atteignable. Rythmé autant par les matchs que par les discours de Coach Taylor et les conseils avisés de Tami, les scénaristes de Friday Night Lights utilisent les Lions pour revisiter ses thématiques et ses questionnements les plus forts. Elle ne perd pas son message d’optimisme sans diminuer la taille des obstacles à surmonter.

***

C’était il y a 10 ans maintenant que Friday Night Lights accomplissait ce qui aurait pu être impossible. Elle défia les statistiques en faisant ce que l’on pensait n’être dorénavant réservé qu’au câble ; elle brava les obstacles en étant renouvelée quand on la disait condamnée ; elle brisa à tout jamais le mythe qu’un mariage heureux ne pouvait pas fonctionner sur le petit écran ; elle délivra un portrait nuancé et contradictoire de la vie adolescente ; elle se frotta à une variété de sujets aussi complexes que disparates. Elle fit tout cela dans une petite communauté du Texas.

Alors oui, il y a bien cette histoire de meurtre. Mais Coach Taylor nous l’a bien appris : ce qui compte n’est pas de gagner, mais la manière dont on joue. Il ne s’agit pas d’être meilleur que les autres, mais de devenir une meilleure personne et de se dépasser soi-même. Et c’est exactement ce qui fait que Friday Night Lights reste aujourd’hui l’une des meilleures séries du petit écran américain.

L’intégrale de Friday Night Lights est disponible en DVD.

Parks and Rec, Friday Night Lights

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