Friday Night Lights – East of Dillon (4.01)

Les remaniements de Dillon ont créé des remous. Coach Taylor, à l’Est, essaie de former une équipe de football, alors que Tami, à l’ouest, subit différentes formes d’attaque. Loin des bancs de l’école, Matt livre des pizzas, alors que Tim retrouve la route de la maison.

Coach Taylor : 6 a.m. Sharp means quarter ‘til 6.

La fin de la saison 3 impliquait multiples changements, autant au sein de Dillon que pour nous spectateurs, assistant à de nouveaux départs. Le plan de redécoupage de la ville incarne les nouvelles tensions et divisions en même temps qu’il met en avant le gros problème économique de la ville. Dillon est à la base une ville pauvre, et cette mesure politique devait, selon les dires de Tami, apporter à chaque partie, Est ou Ouest, la même somme (en tout cas, sur le plan scolaire), mais la scission est palpable dès les débuts, les meilleurs restent auprès des Panthers.

L’introduction à toutes ces modifications se fait à travers Eric, sur un terrain de football délabré, dans les locaux sportifs où traine un raton laveur. La prise en main est intense pour le coach, qui doit fonder une équipe, dans laquelle on va retrouver Landry, qui, s’il ne s’en rend pas compte, aura peut-être ici l’occasion de s’imposer. Un autre joueur sort du lot : Vince, amené sur le terrain de football par la police. Friday Night Lights a toujours parfaitement su introduire ses nouveaux personnages, sans les imposer, et de cet épisode, des nouveaux visages, Vince, malgré une introduction légèrement clichée, est parfait. Michael B. Jordan (Wallace dans The Wire) en impose tout de suite, malgré le peu de lignes de dialogues qu’il a.

Kyle Chandler offre (comme d’habitude) une performance mémorable. Les obstacles, le combat, sa volonté, et son esprit au fond toujours paternaliste. Des discours au silence, le coach est le même, mais cette fois-ci, il doit tout fonder, tout construire. Des décors aux interprètes, il n’a rien, si ce n’est son expérience passée pour forger des esprits contradictoires. La formation des Lions de Dillon ne va pas se faire sans heurts, mais ces premiers pas, ce premier match, et au fond ce premier voyage empli d’une certaine violence offre les balbutiements d’une équipe qui s’unit déjà, à sa façon, avec blessure, sang et échec.

Et alors que le coach lutte pour s’imposer (essayant même de recruter un assistant chez les Panthers), Tami fait face aux différents politiques, à une restructuration qui lui échappe, et à la colère des habitants. Elle peut déclarer que l’Est et l’Ouest se valent, là où son mari est, c’est le bas du panier de Dillon, là où les parents ne veulent pas voir aller leurs enfants. S’il n’y a pas d’échos du côté de ceux de Landry, ceux de Devin ne voient pas cela d’un bon œil, et pourtant leur fille va finir par rejoindre son ami. C’est ce qui poussera d’ailleurs Julie à vouloir, elle aussi, partir à l’Est, et le regard éperdu de ses parents à ce moment-là dit tout ce qu’il y a dire, autant qu’Eric disant à sa femme de dire quelque chose pour contrer la nouvelle. Et soudainement, pour nous, l’Est prend aussi forme, et c’est là-bas qu’on veut aller.

Il faut dire aussi que du côté des Panthers, l’orgueil mâle domine. Entre le père McCoy qui pue la prétention, et la fierté du fils, qui a vu clairement son ego gonfler avec le départ des meilleurs éléments de l’équipe, on se sent comme Buddy Garrity, plus à sa place. Et franchement, ce ne serait pas une surprise de le voir partir soutenir les Lions, pour retrouver le véritable esprit sportif. Car Buddy est beaucoup de choses, mais c’est l’amour du sport qu’il l’anime, et dans cette mise en scène, les Panthers ont l’air de l’avoir sacrifié au nom du succès.

Une chose est sûre en tout cas : Tim Riggins n’est pas prêt de sacrifier quoi que ce soit. Et c’est tant mieux. 5 minutes sur les bancs de l’école et le voilà à jeter par la fenêtre les ouvrages. Adieu université, bonjour la vie. C’est Tim, celui que l’on connaît, cet homme de Dillon qui n’a jamais rien eu à faire dans une salle de classe. Et c’est tellement juste, de son départ au frère désabusé qui s’est menti sur ce que voulait vraiment Tim. Pas une fausse note. C’était une suite difficile à imaginer, mais c’est exactement ainsi qu’elle se devait d’être écrite. Le futur chemin de Riggins est inconnu, et on a juste envie de le découvrir.

Comme, au fond, on aimerait (en tout cas, moi) fournir un moment de paix à Matt, resté à Dillon pour sa grand-mère et Julie. Et dans les deux cas, on sent la fin : l’état de santé qui s’est dégradé de sa grand-mère, comme l’amour de jeunesse qui fane. Et la souffrance de Matt, par ses simples regards, sa violence envers J.D. McCoy ou simplement l’incertitude d’une vie. Seul, au bout du compte toujours seul. Le salut de Matt, personnellement, je ne le vois que dans son départ de cette ville, où il n’a plus sa place.

Plus de Tyra ou de Lyla. Arrivée de Vince ou de Becky (la fille de la conquête de Tim). La division d’une ville. Des tensions plus que palpables, qui s’expriment à coup de violence (du match de foot aux multiples bagarres qui sont parsemées dans l’épisode). Friday Nights Lights amorcent ses changements, et au fond reste la même. Toujours aussi intense, toujours aussi belle et torturée. Au fond, personne n’était plus qualifié que Peter Berg pour nous introduire à ce qui sonne comme un nouveau départ.