Friday Night Lights - Saison 4

Le plan de redécoupage de Dillon a scindé la ville. A l’Ouest, les Panthers et Tami à la tête de l’école. À l’Est, le Coach Taylor devant créer de toutes pièces une équipe de football, les Lions.

Coach Taylor : It could be worse, son. It could be 47 yards.

Comment se réinventer soi-même ? Après 3 saisons, et une légère interruption, nous avons appris à connaître Dillon, petite ville du Texas économiquement pauvre animée par une passion commune : le football, incarné par les Panthers.

Ce seul et unique fait va être mis à mal dès les débuts de la saison 4, bousculé par le nouveau découpage de la ville. Ce dernier apporte son lot de changements scénaristiques, ses nouveaux personnages et des directions inédites.

C’est surtout à travers les yeux du Coach Taylor dont nous prendrons connaissance de la plupart de ces nouveaux faits. Appartenant maintenant à la ville de Dillon, une école qui doit rouvrir ses portes, se construire sans l’argent qu’on lui a promis et sans véritable joueur pour Eric. C’est un quartier encore plus pauvre qu’avant et majoritairement noir qui semble tout droit venir de Baltimore. C’est des élèves, en fonction du lieu où ils vivent, qui doivent aller à East Dillon, dont Luke Cafferty la star des Panthers qu’on connaît ni d’Eve ni d’Adam.

Ce n’est pas le Dillon que l’on connaît, celui qui a été bâti pendant les 3 saisons. C’est un environnement qui apparaît forcé, poussé dans une pauvreté encore plus importante que ce qu’on côtoyait déjà, oubliant presque qu’à la base, cette ville du Texas avait trouvé dans le football une façon de s’unir dans l’adversité.

Nous partons sur des bases qui demandent alors au spectateur d’accepter certains faits pour des raisons scénaristiques. Purement et simplement. Car Friday Night Lights a besoin de progresser et d’évoluer, et pour ce faire, elle se doit une nouvelle fois de modifier un peu sa propre réalité, comme elle a joué multiples fois avec l’âge de ses protagonistes.

Pour nous aider, le début de saison se concentrera sur la famille Taylor et les épreuves qui les accompagnent. Tami devant faire face aux nouvelles directions (l’envoi d’élèves à l’Est, Joe McCoy financier principal des Panthers), Eric cherchant des joueurs et une équipe à construire. Une façon habile de nous plonger littéralement dans ce contexte et nous convaincre.

Depuis ses débuts, l’une des plus grandes forces de Friday Night Lights fut de partir d’idées clichées et de développer autour ses propres codes, de réussir à créer des évolutions naturelles et crédibles en choisissant le plus souvent la voie du réalisme et de l’émotion, en n’oubliant jamais les valeurs qui l’animent (elle et la ville qu’elle dépeint).

Cette saison va donc jouer avec ce concept, nous intégrant un univers inédit, où la criminalité s’exprime, avec Vince, nouveau et talentueux joueur d’Eric. Une mère droguée, un ami pseudo-gangster, un dossier criminel. Des cartes classiques tenues principalement par l’excellent Michael B. Jordan, facilitant le parallèle avec The Wire. Mais qu’y a-t-il de plus flatteur que d’être comparé à la série de David Simon ? Si tout ne sera pas une parfaite réussite (le personnage de Calvin étant le symbole des erreurs commises), c’est avant tout un moyen d’exposer de nouvelles difficultés, de construire autour de ces thématiques des protagonistes, auquel on peut aussi raccrocher la famille de Jess.

La jeune fille servira avant tout de petite amie à Landry, pour alimenter un triangle amoureux avec Vince, qui ne sera jamais suffisamment convaincant et sensé pour que l’histoire puisse réellement prendre de la valeur. C’est alors Landry, cet ancien Panthers obligé de devenir Lions, qui en pâtit le plus, et cette année ne lui fit pas de cadeau, avec l’absence de Tyra et le départ de Matt Saracen.

Les anciens continuent de laisser leur place aux nouveaux personnages, et au cours de cette saison, c’est Matt Saracen qui doit faire ses adieux à Dillon. Ceux-ci se feront en deux temps, d’abord avec le développement des regrets, de l’expression d’un Matt Saracen qui fut longtemps brisé et qui va réussir à passer à l’action, poussé par la mort de son père. Un premier départ qui ne se fait pas dans la douceur pour ceux qui sont restés derrière, dont Julie Taylor. Émotionnellement brisée, sa petite amie doit alors finalement se trouver à son tour, réalisant alors la place de Matt dans sa vie. Dillon, sa famille, son avenir. Julie va apprendre grâce à cette rupture et surtout accepter ce qu’elle était, ce qu’elle est et ce qu’elle veut. Pour finalement réussir à mettre un terme définitif à cette relation et offrir la possibilité à chacun de partir vivre sa vie et ses rêves.

Les ambitions sont différentes, mais au fond, la famille Riggins incarne aussi cet esprit d’accomplissement. Des idéaux modestes pour les deux frères, mais qui vont être brisés. Tim n’a jamais eu besoin de grand-chose dans la vie et à lui tout seul, exprime l’idée qu’il y a une vie à Dillon, une vision fort peu exprimée par des jeunes qui ne rêvent que de s’enfuir. Pas Tim, pas dans sa caravane dans le jardin, pas auprès de Becky, l’adolescente qui va s’accrocher à lui, tomber amoureuse et espérer, faisant de Tim un être bien plus responsable qu’il ne le fut ou ne le sera jamais. L’idéalisation d’une adolescente qui va trouver en l’ancien joueur des Panthers une aide inestimable pour la guider à travers ses propres épreuves et lui fournir des repères complètement absents de sa vie. C’est sûrement d’ailleurs cette expérience qui poussera encore plus Tim à prendre sa décision, pour épauler son frère Billy, devenu père. Leurs ambitions n’étaient pas grandes, mais leurs choix pour y parvenir et leurs conséquences montrent bien que tout ne peut pas toujours bien se terminer.

Les difficultés, c’est ce qui semble coller à la peau des habitants de Dillon. Luke, star des Panthers obligé de rejoindre les Lions du Coach Taylor en est le reflet. Sa courte aventure avec Becky, le début d’une opposition avec ses parents qui vont fournir l’une des plus grandes épreuves qu’aura à surmonter Tami, sa blessure et sa décision de la cacher. Une volonté de toujours bien faire, basé sur une éducation catholique, mélangé à cette envie de ne pas louper l’opportunité de pouvoir quitter Dillon, vont fournir multiples occasions pour montrer la force du personnage (malgré finalement une exploitation limitée au cours de cette saison).

Anciens habitants, nouveaux jeunes, joueurs talentueux. Qu’importe la place dans la ville ou la situation sociale, une chose n’a pas disparu, incarnation de l’esprit de la série : ils sont tous unis par le football. Il peut avoir un goût amer pour Buddy Garrity, passionné devant quitter les Bleus pour les Rouges pour rester en accord avec sa parfaite vision du sport; il peut être émotionnellement difficile pour les joueurs les forçant à se surpasser et s’impliquer, guidé par leur coach; il peut compliquer un mariage et le soumettre à des épreuves comme celui des Taylor; il peut empêcher de trouver le sommeil. Mais au fond, c’est pour la beauté du sport, pour son esprit d’équipe, pour l’exaltation qu’il procure, pour l’évasion qu’il fournit que la ville, West ou East, s’y retrouve.  C’est finalement encore et toujours ce qui symbolise le mieux Friday Night Lights, dans son évolution, dans les obstacles à surmonter, dans la complexité de ses protagonistes. Le jeu n’est pas simple, il n’est pas toujours parfait, mais cela ne l’empêche pas d’être beau ou émouvant. Malgré ces défauts, cette quatrième saison est bien tout cela.