Fringe

Depuis la fin de The X-Files, l’héritage de la création de Chris Carter n’a jamais disparu du petit écran américain au point que son retour ne fut pas complètement une surprise à ce stade. Ce dernier pourrait d’ailleurs éclipser la série qui a non seulement su prendre le relai de manière totalement assumée, mais qui est également parvenue à devenir quelque chose d’unique en son genre.

Nous parlons bien entendu ici de Fringe, le show nous venant de J. J. Abrams, Alex Kurtzman et Roberto Orci, qui est donc bien plus qu’un ersatz des aventures de Mulder et Scully. L’histoire de l’agent Dunham du FBI et des Bishop a en effet trouvé sa propre route à suivre et une mythologie aussi passionnante qu’ambitieuse sur laquelle s’appuyer.

Tout commence par un évènement mystérieux qui dévoile que quelqu’un tente sciemment de repousser les limites de la science et cela a des conséquences dramatiques. Impliquée personnellement, l’agent Olivia Dunham (Anna Torv) doit demander à Peter Bishop (Joshua Jackson) son assistance pour convaincre son père, le scientifique fou Walter (John Noble), de l’aider. Le trio doit alors travailler à arrêter, d’un épisode à l’autre, ces criminels d’un genre à part dont les dérives mettent la cohésion du monde et de la réalité à dure épreuve.

Adoptant en premier lieu les règles d’un procedural drama avec ses affaires de la semaine servant par moment à ajouter de la consistance à une mythologie bourgeonnante, Fringe a progressivement évolué dans sa forme au gré des avancées de son histoire. Elle est ainsi devenue de plus en plus feuilletonnante, revenant tout de même à l’occasion à des intrigues indépendantes – jusqu’au moment où celles-ci ont simplement disparu.

Si ces débuts sont un peu confus, notamment avec des informations qui semblent occasionnellement contradictoires, l’arrivée de J. H. Wyman en seconde saison pour assister Jeff Pinkner en tant que co-showrunner a véritablement aidé l’ensemble à prendre corps. L’histoire nébuleuse au départ gagnera graduellement de l’ampleur alors l’on plonge dans l’exploration d’un univers parallèle qui sera la source des meilleurs développements des personnages.

Ce sont d’ailleurs eux qui rendent le show si singulier et pertinent. Les observations sur la nature humaine et sur ce qui définit qu’un individu est unique prendront régulièrement le dessus sur le Monde qui doit être sauvé dans la série. Walter Bishop est ainsi torturé par les retombées de ses actions irresponsables passées qui modelèrent indirectement ou non Olivia et Peter, mais qui eurent aussi des conséquences simplement catastrophiques que son arrogance l’avait empêché de voir venir. La quête de rédemption du personnage devient alors un moteur narratif important qui nous encourage à réfléchir sur la responsabilité de chacun sur l’environnement dans lequel nous vivons.

Ainsi, comme toutes les grandes séries de science-fiction, Fringe s’efforce de parler de notre réalité en en explorant une où les limites sont différentes afin de pouvoir étendre pleinement ses paraboles et métaphores qui développent ses messages sans nuire au divertissement. Dans ce sens, le show tient d’ailleurs plus que la distance, se révélant de plus en plus addictif au fur et à mesure de ses avancées, voyant sa forme évoluer pour aider l’ensemble à rester cohérent.

Il faut dire que, même si les spectateurs ont progressivement abandonné la série, celle-ci n’a jamais perdu de ses ambitions. Les scénaristes n’étaient jamais en manque d’idées, mais surtout, ils n’avaient pas peur de les emmener jusqu’au bout. Fringe est ainsi clairement marquée par de véritables prises de risques. Si on retient en premier lieu les personnages et leurs sensibilités qui ont réellement élevé le show en y injectant une humanité qui contrebalançait le propos scientifique, c’est justement l’utilisation de concepts de science-fiction employés avec un angle rafraichissant qui permettait aux acteurs de briller. La propension des scénaristes à les pousser dans leurs retranchements en jouant sur des limites incertaines qu’il était tentant de tester alimenta sans cesse un potentiel dramatique qui n’a jamais été ignoré.

En cinq saisons, Fringe a complètement fait oublier qu’on ne la considérait que pour une simple remplaçante de The X-Files au point de départ. Contrairement à cette dernière, elle n’a jamais eu peur de devenir quelque chose de différent. Sa capacité à se transformer pour servir son histoire et ses personnages nous offrit une grande aventure aussi intelligente que surprenante dans un univers unique et captivant. Ce ne fut pas sans heurts, mais comme toutes les bonnes séries qui n’hésitent pas à prendre des risques, le résultat excuse amplement les égarements. Au bout du compte, c’est ce qui fait que la série mérite d’être redécouverte et célébrée.

L’intégrale de Fringe est désormais disponible en DVDs et Blu-Rays.