Godless : Vengeance dans le Wild Woman West

30 Nov 2017 à 12:00

Après la déferlante Stranger Things et avant le retour de The Crown, Netflix s’essaie au western avec Godless. Mini-série en sept épisodes produite par Steven Soderbergh mais réalisée et écrite dans son intégralité par Scott Frank, elle nous propose un plat qui se mange avec du sable et du sang.

Une nuit, après un accident de train catastrophique, un jeune homme se fait tirer dessus par une fermière (Michelle Dockery) qui le recueille et le soigne. Il s’agit de Roy Goode (Jack O’Connell), hors-la-loi et ancien protégé du terrible Frank Griffin (Jeff Daniels) venant de le trahir. Il se cache alors désormais dans la ville de La Belle où les femmes composent la majeure partie de la population. Aidées du shérif, elles vont tout faire pour protéger celle-ci.

Avec ces sept épisodes, ce western nous plonge dans un monde de lutte perpétuelle, celle entre différents brigands aux motifs aussi obscurs qu’habituels dans ce genre de récit, celle de femmes n’exigeant que la paix de leur ville et celle d’individus souhaitant seulement mener une existence tranquille dans un environnement aussi hostile que le Grand Ouest américain. Un programme aussi usuel qu’excitant.

Le souci majeur de Godless dans son introduction réside alors dans son postulat de départ, honteusement mensonger. On nous vend un western féministe où les femmes, à défaut de faire totalement la loi, ont du pouvoir et tiennent la dragée haute aux cowboys. Or, dès le premier épisode, on réalise rapidement qu’elles sont noyées au milieu de l’artillerie masculine, se battant pour quelques lignes de dialogues qui ne passeraient pas le Beschdel Test.

Une fois cette déception passée, on peut s’immerger pleinement dans ce récit tortueux et demandant. Si féminisme il y a, c’est dans le combat de ces femmes pour garder ce qu’elles ont malgré elles que nous le trouvons. Mary Agnes (Merritt Weaver) tente de conserver le peu de pouvoir qu’elle a, notamment sur la mine. Son personnage est celui qui s’inscrit le plus dans l’image que l’on peut se faire d’une Calamity Jane, prenant les rênes de la ville lorsque celle-ci est menacée par l’arrivée des hommes et notamment Frank.

Malheureusement, derrière elle, les autres femmes de La Belle font plus foule que forces réunies. Il fallait des membres pour que l’image de la ville soit féminine pour les hommes qui la traversent et se la réclament, et c’est là principalement leur seule fonction. Certaines individualités tentent parfois d’avoir voix au chapitre, notamment lorsque le système policier de la ville est mis à mal par un nouvel arrivant, mais elles sont vite mises dans l’ombre par le sexe opposé. Est-ce une façon de dépeindre l’absence d’impact du propos des femmes ou simplement un récit mensonger où elles ne servent que de prétexte de vente ? La ligne est fine entre les deux et ne trouve de réponse que dans l’interprétation que l’on choisit d’en faire.

Dans Godless, il n’est donc pas question d’utopie féministe, mais de lutte de pouvoir autour d’un écosystème fragile à préserver du grand méchant loup, Frank Griffin. Les hommes s’y rencontrent, se toisent et s’affrontent avec ou sans le concours des habitantes selon le côté où ils se trouvent. Tous les hommes ne sont pas des pourris, bien au contraire. Que ce soit le shérif Bill McNue (impressionnant Scott McNairy) et sa quête de justice ou Whitey Winn (Thomas Brodie-Sangster) dans sa relation amoureuse naissante et ses qualités chevaleresques enfantines, ils sont présents pour incarner une certaine probité qui se perd, pensant qu’il est de leur devoir de protéger ces femmes qui, et elles le montrent, n’ont pas réellement besoin d’eux.

Le récit prend en tout cas son temps, parfois trop — la série souffrant quelque peu de la longueur de ses épisodes, le syndrome Netflix —, mais captive dans les rapports silencieux entre ces personnages, au contraire d’un Deadwood où la verve et le verbe étaient mis en avant. Une poésie poussiéreuse s’installe dans ces portraits de personnages qui n’est vraiment pas désagréable.

Cependant, il faut attendre la toute fin pour avoir la réelle confrontation entre Roy et Frank, entre ses hommes et les femmes de La Belle. C’est ici que ces dernières prennent le pouvoir, réellement peu aidées par des infirmes, des vieillards ou des couards quand la menace arrive. Le western devient féminin parce qu’elles se débarrassent en communauté de la menace masculine, le seul homme parvenant à les aider en dehors de Roy étant eunuque. La bataille vaut l’attente et délivre ce que l’on attendait d’elle, s’offrant le luxe d’hommages appuyés aux poncifs du genre dans de magnifiques plans.

En effet, si la série ne révolutionne rien au niveau de son scénario, elle possède une esthétique réellement épatante, n’hésitant pas à jouer des codes du western pour aller vers quelque chose de cinématographique (sans être un long film !). Les flashbacks ponctuant les épisodes ont un côté épique nécessaire et galvanisant qui contraste avec la lumière chaude et l’ambiance sablonneuse du présent, parfaitement rendu notamment grâce à un montage particulièrement inspiré.

Au final, est-ce que Godless mérite l’investissement ? Oui, clairement. Le western est un genre rare à la télévision, encore plus traité avec un tel souci de l’image. La série prend son temps et si c’est à double tranchant, elle délivre tout ce qu’il faut au cours de ses sept épisodes. Produit non contractuel, cela n’en reste pas moins un divertissement de qualité avec ses errements, mais une proposition souvent enthousiasmante.

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