Gomorra, saison 1 : On trahit pas ses parents, on trahit pas sa famille

4 Mar 2015 à 13:25

Gomorra saison 1

À Naples, la famille Savastano tente difficilement de résister à la pression de l’autre clan mafieux de la région, tenu par Don Salvatore Conte. Ciro, l’homme de main de Don Savastano, est chargé de « former » Gennaro, le fils de ce dernier, afin d’assurer la pérennité des différents trafics du coin.

La mafia. Ce mot valise, qui a donné autant de grands films que de grandes séries partout dans le monde, semble intrinsèquement lié à l’Italie dans l’imaginaire collectif. Bien aidée par les immigrants ritals des films de Scorsese et de Coppola, la Camorra, puisque tel est son nom original, représente un univers à la fois archiconnu, mais souvent surprenant, dû aux traitements différents que les personnages subissent. Le livre de Roberto Saviano, une enquête approfondie qui vaut à son auteur d’avoir sa tête mise à prix par cette mafia, et le film de 2008 réalisé par Matteo Garrone, constituent deux façons d’aborder le sujet. Gomorra la série en offre encore une troisième et peut sans problème s’apprécier sans toute la documentation littéraire et cinématographique préalable.

À bien y regarder d’ailleurs, qu’on ait vu ou non le film du même nom, le déroulement de la série a d’entrée quelque chose de familier. Les dorures kitsch de l’appartement de Don Savastano, l’organisation hiérarchique et le fonctionnement des affaires, la compétition entre les clans et les faux amis… Pour qui a déjà vu ne serait-ce qu’un film ou épisode centré sur une organisation criminelle, l’environnement dans lequel évolue les personnages n’a rien de surprenant. Cela ne constitue pas pour autant une limite.

La série va rapidement s’affranchir de ces nombreux modèles pour décrire avec précision le quotidien de ces quartiers dominés par la drogue et les armes. C’est le principal atout de la série : le récit n’apparaît pas trop narratif, les situations jamais trop appuyées, et, mis à part quelques rebondissements un peu plus grossiers, l’action semble toujours motivée par une logique propre aux personnages. C’est riche et dense, et on a simplement l’impression d’y être.

Cette immersion réussie a bien sûr une raison : pas besoin de reconstitution quand la série est tournée en plein cœur des cités déshéritées de Naples, où les immeubles autrefois luxueux se sont transformés en dortoirs malfamés. On pense – avec une ambiance évidemment différente, mais un même esprit – aux séquences tournées dans les quartiers de Baltimore de The Wire, où les petits caïds et les gros bras font la loi et où la police ne se donne même plus la peine de passer.

Gomorra subit cependant quelques baisses de rythme. Plus que ça d’ailleurs, avec le recul de toute la saison, c’est en fait l’exposition qui va prendre son temps, un peu trop, afin d’installer dans son dernier tiers une véritable tension et un danger permanent. Avec trois actes clairs, il apparaît que les deux premiers se cherchent un peu, étirent parfois les situations pour remplir la commande de douze épisodes, et parvenir à installer correctement ses enjeux finaux.

Passé les quatre premiers épisodes intrigants, qui permettent une immersion et une exposition claire et précise des personnages en place, la série, à partir de l’incarcération de Pietro Savastano et sa disparition quasi totale de la saison, va traverser une salve d’épisodes moins emballants. Entre Imma Savastano, qui souhaiterait voir son fils prendre la place de chef, mais qui le sait trop immature ; Gennaro, le fils trop peu confiant en lui qui va s’éclipser trois épisodes pour devenir l’homme qu’il doit être ; et Ciro, personnage ambigu au départ qui va perdre sa dualité en milieu de saison pour la retrouver ensuite, le récit hésite. La visite en Espagne, les affaires gérées maladroitement par Imma… ce ventre mou laisse un peu sur la touche. La faute donc à des personnages laissés pour compte. Si c’est l’absence de Don Savastano qui enclenche cette confusion et qu’elle est donc palpable, il y avait sans doute de meilleures possibilités pour questionner la figure centrale de l’organisation.

Il faudra attendre l’épisode 8 avec le retour de « Genny » en leader prêt à monter sur le trône pour raviver la flamme. La tension reprend le dessus, les amitiés et principes instaurés par le père s’évanouissent et les morts pleuvent. D’une violence assez répandue dans ses deux premiers tiers, le rush final est une totale hécatombe. Femmes, enfants, parrains respectés… personne n’est à l’abri et certains personnages que l’on aurait pu croire intouchables finissent sur le trottoir, en plein jour, une balle dans la tête. Cette sauvagerie diffuse tout au long de la saison, mais qui explose dans sa dernière partie renforce encore l’immersion et la vision d’un spectacle tragique, mais, encore une fois, bien réel dans la mafia napolitaine d’aujourd’hui.

Il y a donc une bonne dose d’audace à faire éclater en mille morceaux la légende de la famille dans cette saison. La notion de clan, présente du début à la fin, va prendre un coup dans l’aile quand les ambitions de certains personnages vont être dévoilées. Malgré des traits de caractère parfois un peu loupés ou des trajectoires manquant de clarté, ce sont évidemment Gennaro et Ciro qui vont retenir l’attention. D’un côté, le fils naturel qui ne semble d’abord pas vouloir du pouvoir, probablement trop lourd à porter, puis qui décide de prendre la place qui lui revient afin de réduire en poussière son héritage. Puis il y a le fils spirituel, plus enclin à poursuivre les traditions sans pour autant regarder dans le rétroviseur, mais indigne du rang. La saison va faire monter en puissance la lutte viscérale entre ces deux « frères » qui ne pourra se terminer que dans le sang. La conclusion, toujours plus violente, ne donne aucun gagnant, celui qui reste debout ayant perdu autant que celui qui est tombé. À moins que cette lutte pour prendre le contrôle n’ait été totalement vaine, au vu de la toute dernière séquence, musclée et pleine de promesses…

Succès dans son propre pays, succès en France et ailleurs, Gomorra a séduit et aura une seconde saison pour une diffusion dès cet été en Italie. Une bonne nouvelle pour tous ceux qui ont découvert une nouvelle série originale et rafraîchissante, pas exempte de défauts, mais qui aura réussi à tenir en haleine jusqu’au bout et à se démarquer des séries américaines du même genre.

La première saison de Gomorra est disponible en DVD et Blu-ray.

Tags : Gomorra moins...
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