Gomorra Saison 4 : Quand le chat n’est pas là, les dealers dansent

Il y a des séries dont le retour rend fébrile et Gomorra en fait partie. Dans la case ultra-balisée de la série mafieuse, celle-ci n’a pas mis de temps à s’imposer et à même dépasser les attentes pour devenir une grande série tout court. Sa réalisation qui manie à la fois la sobriété et le spectaculaire et l’audace narrative qui fait de chaque personnage un cadavre potentiel font de Gomorra une série unique.

Ciro à l’eau

La mort de Ciro était bouleversante. Dans cette relation d’amour-haine, de collaboration contrainte, mais de respect mutuel qu’avaient tressée « L’Immortel » et Genny, il y avait la réécriture des grandes figures fraternelles de la mythologie et de la littérature. L’arrêt brutal et immuable de cette union force le fils Savastano à construire un nouveau futur pour lui et sa famille. Alors qu’il décide de se détacher de Secondigliano pour s’occuper d’affaires plus légales, une réorganisation et redéfinition des pouvoirs en place est nécessaire. La nouvelle cheffe de meute du quartier, Donna Patrizia, va devoir faire régner l’ordre et garder le pouvoir. Un pouvoir que les gangs de Naples et les Levante, la propre famille de Gennaro, sont pressés de prendre.

La dynamique Ciro/Genny était devenue le cœur de la série. Ainsi, il est bien vu de faire de cette mort tragique un nouveau départ pour Gennaro, seul rescapé de la première saison. Gomorra exploite alors un versant inédit de sa mythologie : la légalité. En projetant la construction d’un aéroport, Genny, les poches pleines d’argent avec l’ambition démesurée d’un caïd qui croit que rien ne peut être plus difficile que de vendre de la drogue, va se frotter au monde des affaires. Les Anglo-saxons utilisent un terme adéquat que nous n’avons pas : to go legit, à savoir « démarrer un business légal après avoir opéré illégalement ». Son inexpérience en la matière va lui prouver, dans un superbe épisode londonien, que le milieu des affaires n’a rien à envier à la mafia napolitaine…

Mais en cédant son réseau de drogue et en s’effaçant pour permettre à son business immobilier de fleurir, Genny devient en fait un fantôme, quelqu’un qui a tout, mais qui n’est plus rien. Un gamin avec de gros jouets auxquels on lui interdit de jouer. Certes, un juge trop curieux ou des associés peu scrupuleux peuvent le divertir, mais Gennaro Savastano a le goût du sang. Va s’opérer chez lui, tout au long de la saison, une bascule, une prise de conscience sur sa nature profonde.

Un Game of Thrones Cammoriste

Gennaro aura beau introniser Patrizia et imposer un respect de façade autour de sa décision, dès qu’il a le dos tourné, Naples s’embrase. Un Game of Thrones sans dragons, mais avec des flingues et des kilos de drogue. Des clans aux ambitions différentes, aux moyens puissants et qui ne sont pas à une traîtrise près, vont s’affronter pour déstabiliser Donna Patrizia.

Il est très intéressant de voir dans une série où la femme avait toujours été cantonnée au second ou troisième plan que cette quatrième saison change la donne. Patrizia, fille fragile en deuxième saison, est, à l’image de Gennaro, devenue une femme redoutable qui a su traverser les saisons avec intelligence et détermination. Un (léger) féminisme s’installe donc et la jalousie qui s’empare des clans alliés n’est pas (en tout cas pas que) due à son statut de femme, mais bel et bien à sa légitimité à gouverner un monde duquel elle était encore inconnue il y a peu. Monde extrêmement fermé et conservateur, la Camorra voit d’un très mauvais œil l’installation d’une débutante à la tête du réseau. La série évite ainsi un machisme daté et malvenu et se préoccupe, comme elle a toujours su le faire, de luttes de pouvoir.

C’est toujours ici que Gomorra brille : dans ma manière d’orchestrer un bal tragique, qui finira mal pour presque tout le monde. Moins meurtrière que d’habitude dans sa première partie, cette saison met en place, épisode par épisode et à renfort de suspense toujours aussi efficace, un plan diabolique. D’abord insidieuse, presque invisible, la violence monte en puissance au fur et à mesure que les tensions s’exacerbent entre les personnages et que les enjeux deviennent plus sérieux. Mais arrivé en milieu de saison, il ne fait plus de doutes, les morts vont encore pleuvoir. La noirceur de Gomorra fait toujours autant de victimes. Si la série ne surprend plus trop sur ce sujet, tout en restant extrêmement efficace et addictive, le plus intéressant reste à venir.

Avec une cinquième saison déjà lancée en écriture, il nous tarde de voir ce que Gomorra nous réserve. Avec cette saison de transition brillante, la série a devant elle un champ de possibles infini.

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