Hatufim, saison 1 : Les (autres) revenants

Hatufim saison 1

Après dix-sept ans de captivité, Nimrod et Uri, deux soldats israéliens sont libérés. De retour auprès de leurs familles et accablés par le deuil d’un camarade mort en détention, les deux hommes vont tenter de reprendre une vie normale. Mais entre leurs secrets, ceux de leurs familles et les soupçons des services secrets, le retour au pays est loin d’être un plaisir…

Ceux qui ont vu Les Revenants de Canal + ne seront pas dépaysés. Ceux qui ont vu Homeland, évidemment, non plus. Mais faisons fi des références, qui reviendront bien assez tôt : Hatufim, prisonniers de guerre est une série ambitieuse, complexe et avant tout, réussie.

Arriver en France après Homeland n’est pas aisé, sachant que le monde entier connaît la série israélienne comme en étant la série originale. Le show américain a bouleversé la saison 2011-2012 en devenant instantanément culte, pendant que la création de Gideon Raff a maturé deux ans avant d’arriver dans nos contrées. Un cheminement logique au vu de ces dix épisodes, qui jouent beaucoup plus volontiers sur l’intime et l’acclimatation lente de nos « héros de guerre », quand Nicholas Brody est lui broyé à une vitesse fulgurante par la machine politico-médiatique US. C’est donc bien le remake d’une idée plus que d’une série, mais d’une idée avec un champ de possibilités infini : la guerre et ses retombées…

Hatufim diffère d’emblée en faisant revenir non pas un soldat, mais deux (trois même, si l’on compte Amiel, capturé au même moment, mais mort entre temps). Et ce n’est plus huit ans de détention comme dans Homeland, mais dix-sept ans pour nos prisonniers israéliens. De quoi chambouler les vies de ceux qui reviennent, mais aussi de ceux qui sont restés. Hatufim s’inscrit donc dans le genre du drama familial d’abord. Comment ne pas comprendre à la fois le choix de Nurit, qui a refait sa vie, préférant « vivre » plutôt qu’attendre un impossible retour ; et celui de Talia, dont la vie s’est construite uniquement dans l’attente de ce retour, quitte à négliger sa famille ? C’est précisément sur ces questions intimes qu’Hatufim résonne comme l’a fait la série fantomatique de Canal +, Les Revenants, à l’automne dernier.

L’idée du retour de personnes disparues, l’impact qu’il déclenche et la curiosité et l’inquiétude qu’il provoque sont au cœur de ces deux récits. Ici, la captivité et le vide laissé dans l’existence des proches sont le moteur de la fiction. Les blessures visibles et cachées, les rancœurs dites ou tues, sont des bombes de chaque instant prêtes à exploser et continuer à faire des dégâts commencés dix-sept ans plus tôt. L’adaptation impossible des soldats revenus, mais aussi celle de Yael, refusant de faire le deuil de son frère, rend le récit particulièrement attachant. L’intime laisse cependant place de temps en temps au genre plus balisé de la série policière, puisque les secrets de détention des soldats suscitent logiquement l’intérêt.

Secondaire dans le premier tiers de la saison, cette partie s’épaissit au fur et à mesure que les flashbacks sur la captivité des trois soldats se font jour. Les scènes de torture, mesurées visuellement mais violentes psychologiquement, offrent un contrepoint percutant à la banalité de leur quotidien une fois de retour. Ces séquences montrent une infime partie de ce qu’il s’est passé pendant dix-sept ans, mais il n’en faut pas plus pour comprendre l’horreur absolue de la situation, qui a aussi pour conséquence des secrets qui ne pourront jamais être dévoilés, créant ainsi la dynamique entre Nimrod et Uri. Seule (potentielle) fausse note de cette partie, la révélation du season finale, un peu tirée par les cheveux, qui ne convint qu’à moitié. Mais impossible de la juger totalement puisqu’elle constitue un cliffhanger que d’autres éléments viendront alimenter en saison 2.

Au final, Hatufim ressemble bien plus aux revenants de la chaîne cryptée française qu’à sa « demi-sœur » américaine dont elle est l’inspiratrice. Cependant, la série possède sa propre identité, aux thématiques universelles et facilement cernables. Ces héros ordinaires, balancés presque de force dans un monde qu’ils ne reconnaissent pas, incarnent l’idée brillante d’un show intelligent, parfois un peu lent, mais terriblement attachant et qui ouvre de nouvelles perspectives sérielles aux téléspectateurs occidentaux que nous sommes.

La première saison d’Hatufim est disponible en DVD.

Avant la diffusion de la saison 2 à partir du 16 avril, Arte rediffuse la première saison d’Hatufim les jeudis 14 et 15 avril à partir de 22h15 – cet article publié en juin 2013 est donc remis en avant pour l’occasion.
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