Here and Now Saison 1 : Quand Alan Ball laisse perplexe

15 Mai 2018 à 17:00

Après une parenthèse vampirique avec True Blood, Alan Ball revient une fois de plus sur HBO avec une nouvelle série familiale intitulée Here and Now. Cette fois-ci le créateur de l’iconique Six Feet Under s’attarde sur une famille multiraciale, les Bayer-Boatwright. Forcément, il était attendu au tournant.

La série propose l’incarnation parfaite de la famille progressiste. Audrey (Holly Hunter) est une thérapeute et Greg (Tim Robbins) est un professeur de philosophie. Ils ont quatre enfants, dont trois adoptés. Ashley (Jerrika Hinton) est originaire de Somalie, Duc (Raymond Lee) vient du Vietnam et Ramon (Daniel Zovatto) est né en Colombie. Kristen (Sosie Bacon) est donc la fille biologique du couple. Les liens de cette famille vont être mis à rude épreuve lorsque l’un des enfants se met à voir des choses que les autres ne peuvent pas voir.

On pourrait dire que Here and Now est une sorte de Six Feet Under imbibée de politique. Clairement en prise avec l’actualité — malgré une écriture antérieure à l’élection de Donald Trump —, Alan Ball se sert des Bayer-Boatwright pour exorciser les démons d’une Amérique en quête d’elle-même.

Pour le créateur multirécompensé, l’Amérique est dysfonctionnelle. Son modèle incarné par les démocrates est en train de mourir. Au travers de cette famille multiraciale, il pointe du doigt la banalisation criante du racisme, il pousse le spectateur à s’interroger sur les questions d’immigration, de communautarisme, de religion, de genre ou encore d’orientation sexuelle.

En soi, le propos est indéniablement intéressant, mais la forme laisse à désirer. Le fait est que, à trop vouloir en faire, Alan Ball manque parfois de subtilité et rend le tout un peu indigeste. Après les premiers épisodes, la série donne la sensation que l’on est un étudiant en amphithéâtre écoutant disserter son professeur sur : Qu’est-ce que l’Amérique aujourd’hui ?

Pour parvenir à avoir la réponse à cette question, il faut s’armer de patience. Ce n’est que dans la seconde partie de la saison qu’Alan Ball semble expliciter son ambition. Si l’Amérique est dysfonctionnelle, c’est parce qu’elle ne communique plus.

Ainsi, si l’on a aux premiers abords quelques difficultés à s’attacher aux personnalités qui composent cette famille – quand on n’est pas simplement irrité par certains de ses membres –, on finit par comprendre que chaque personnage est une personnification des maux de cette Amérique et que leurs relations sont animées par une incapacité à communiquer.

Si Greg, le père dépressif, est une sorte d’incarnation physique des angoisses d’Alan Ball, Audrey fait partie de ces bien-pensants se disant ouverts au dialogue, mais qui en réalité ne communique pas avec les autres. Le couple apparaît dans un premier temps comme n’ayant plus grand-chose en commun, Greg entretient d’ailleurs une relation extraconjugale avec une prostituée. Cependant, les scénaristes se rattrapent en pointant du doigt que le couple va mal, car ils ne se parlent plus avec sincérité, mais échange des banalités sans intérêt.

Du côté des enfants, c’est la même situation. Née en Somalie, Ashley fait face au racisme ordinaire sans parvenir à faire comprendre son ressenti à son époux et ses parents. Elle se tourne alors vers une mère de famille afro-américaine soulignant la communautarisation de la société. Duc est en pleine perdition, coach bien-être, il est hanté par ses expériences passées, mais cache cela derrière l’apparence d’un mec parfaitement sain. Ramon ruine sa relation avec Henry à la suite du mensonge de ce dernier (il est SDF), sans tenter de comprendre les raisons de ce mensonge. Quant à Kristen, insupportable au début, elle va peu à peu s’avérer être celle appréhendant les différences. L’amitié qu’elle lie avec Navid, musulman gender-fluide (personne ne se reconnaissant pas dans un genre précis masculin ou féminin), va lui permettre de découvrir les rituels de la religion musulmane ou encore mieux comprendre les notions multiples du mot genre.

Pour autant, Here and Now manque le coche de l’affection pour les personnages. On n’a que peu d’ancrage émotionnel en dehors de Ramon, certainement car il est l’enfant atteint de visions inexplicables. Ce twist surnaturel prendra un peu plus d’ampleur au fil de la saison allant jusqu’à clôturer la série en nous laissant avec bons nombres d’interrogations.

Here and Now n’est pas sans défaut, mais elle est aussi une série qui interroge et ce n’est pas une chose si courante. Déjà du temps de Six Feet Under, Alan Ball interrogeait le lien entre l’Amérique et la mort. En 2018, il se demande comment l’Amérique est arrivée à Trump.


Une première version de cet article a été publié en mars 2018. Le texte a été mis à jour à la fin de la saison pour couvrir l’intégralité du show. Dernière mise à jour le 15 mai 2018.

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