House of Lies : L’éternelle destruction (Saisons 1 à 3)

House of Lies - Saison 1 à 3

Les fins de saisons me marquent généralement peu. Seuls quelques moments me laissent comme sonné. La fin de saison 3 d’House of Lies fut de cette trempe-là. De toutes les séries capables de me scotcher debout, jamais je n’aurais pensé à celle-ci.

House of Lies a commencé comme une comédie. Avec des dialogues acérés, un humour corrosif et une réalisation nerveuse, la série a tout de suite rencontré le succès sur la chaîne câblée Showtime. Tiré d’un livre de Martin Kihn, elle met en scène Martin « Marty » Kaan (Don Cheadle) un management consultant à Galweather and Stern chargé, à l’aide de ses assistants, de faire croire aux entreprises qu’elles ont besoin d’eux, empochant beaucoup d’argent au passage. Dans le même temps, il doit gérer Monica, son ex-femme névrosée et envahissante (Dawn Oliveri), son père (Glynn Turman), tout en s’occupant de son fils Roscoe (Donis Leonard Jr.).

La première saison d’House of Lies consistait à dépeindre sans concession le mode de vie de ces consultants sans éthique ni morale, où sexe, soirées et argent règnent en maîtres. Les scénaristes jouant beaucoup la carte sexuelle sans que l’écriture soit de qualité, cette première incursion dans le monde d’House of Lies fut plus que mitigée. Ils mettent néanmoins en place quelques ébauches intéressantes, portant principalement sur le personnage de Marty. On y découvre les difficultés d’être un homme noir de pouvoir ainsi que son côté plus sensible aux côtés de sa famille, un monde sur lequel il ne possède pas un contrôle absolu. Il arrive difficilement à tenir son rôle de père, ne comprenant pas l’univers dans lequel son fils évolue.

Du côté de ses assistants, l’histoire racontée ne se révèle pas très pertinente, si ce n’est celle de Jeannie (Kristen Bell). Je remarquerais plus tard que cette dernière représente la force du show. House of Lies prendra son envol qualitativement parlant lorsque Jeannie arrivera sur le devant de la scène.

De manière plus générale, la série va progressivement perdre son humour caractéristique pour s’orienter vers le drame. La deuxième saison – puis par la suite la troisième – sera beaucoup plus feuilletonnante, laissant ainsi plus de place à l’équipe créative pour développer les personnages secondaires. Roscoe s’affirme en jeune homme sûr de ce qu’il est, Monica cherche à mener une vie normale pour mieux s’occuper de son fils, sans drogue ni excès. Les membres du pod partent dans différentes directions à la fin de la saison 2, résultat d’évolutions personnelles atteignant leurs apogées. Doug (Josh Lawson), l’éternelle victime, se marie et s’émancipe ; Clyde (Ben Schwartz) quitte le navire pour aller travailler chez Monica et Jeannie reste à Galweather avec son propre pod. Marty se retrouve alors seul au sein de sa nouvelle entreprise.

House of Lies quitte dès lors définitivement ses habits de lumière pour nous dévoiler le vide en chaque membre du groupe. La saison 3 reprend les codes de la précédente, voyant les personnages principaux répéter les mêmes erreurs, sans se rendre compte que chaque tour de plus dans le cercle vicieux leur fait perdre un peu plus de leur humanité. Effrayés par le calme, ils préfèrent s’en remettre au chaos, peu importe les conséquences. Le show devient alors une farce tragique où les protagonistes ne parviennent pas à échapper à la fatalité de leur condition humaine. Clyde désire à tout prix se racheter aux yeux de Marty, quitte à sombrer dans une relation destructrice avec une cliente (Eliza Coupe) qu’il souhaite amener à Kaan and Associates. Doug met en danger son mariage par attirance pour Caitlyn (Genevieve Angelson). Monica continue de s’enfoncer alors que Roscoe se retrouve confronté à l’amour. Sa relation avec Lex (Bex Taylor-Klaus), jeune fille androgyne, est traitée avec finesse sans toutefois atteindre tout son potentiel. Enfin, pour Jeannie, la situation se révèle plus tragique.

L’hypothèse d’une relation amoureuse Jeannie/Marty n’a jamais fait de doute. Mettant en scène deux personnes cassées, rongées par le pouvoir et l’ambition, elle bénéficie d’une écriture excellente et de l’incroyable alchimie entre Don Cheadle et Kristen Bell. En fin de saison 3, on pense que les deux personnages vont enfin trouver un petit coin de tranquillité, quelque chose de sain dans leur monde gangréné par les mensonges, la corruption et le pouvoir. Comme dans une pièce de Racine cependant, l’amour est impossible et la fatalité impassible. Les actions de Jeannie en milieu de saison, alors aveuglée par le pouvoir et sa rancœur envers Marty, trouvent leurs conséquences et tout s’écroule, comme dans un cauchemar. Toute l’évolution qu’a connue House of Lies trouve ici son apogée.

Pour Marty, le constat est sans appel : sa vie lui a causé souffrance, désaveux de ses derniers idéaux et une solitude infinie. Va-t-il réussir à s’échapper du cercle ou alors va-t-il s’enfoncer un peu plus, quitte à se perdre définitivement ? Réponse en janvier 2015.

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