Diffusée en début d’année 2011 en Angleterre sur la chaine BBC Two, Le naufrage du Laconia (de son titre original, The Sinking of the Laconia) est une minisérie britannique en 2 parties (chacune de 90 minutes) qui revient sur l’histoire vraie du naufrage du paquebot anglais RMS Laconia durant la Seconde Guerre mondiale et surtout de ce qui en a découlé.

Nous sommes en 1942. Au large de Cape Town, le «RMS Laconia quitte le port et fait route vers l’Angleterre avec 2000 passagers et 1800 prisonniers italiens. Ils vont bientôt croiser la route d’un sous-marin allemand qui va transformer ce voyage en cauchemar. Découle alors un naufrage (de courte durée), puis une mission de sauvetage.

Cette page d’histoire vaut avant tout le détour pour son angle que l’on qualifiera d’humaniste au cœur d’une guerre meurtrière. Nous avons alors d’un côté le Laconia et de l’autre le U-Boot, les langues se mélangeant pour créer une immersion plus importante.

Si le récit commence en cherchant à établir les personnages, la suite fera la part belle à la partie allemande. Dès le départ, tout est fait pour ne pas les dépeindre comme des ennemis sans émotion dans le but d’éviter un manichéisme qui finira pourtant par émerger. À force de chercher à délivrer des portraits humains, le scénario en fait par moment beaucoup trop au lieu de laisser finalement l’histoire se dérouler et développer les arguments naturellement. C’est après tout une tragédie humaine qui se joue, il n’y avait pas nécessité à forcer le trait pour rendre cette situation plus poignante.

Cette volonté de dépeindre les Allemands sous un jour moins sombre et plus réaliste affecte malheureusement la partie anglaise. Les personnages du Laconia ont un maigre rôle à jouer et manquent au final de relief. Ils sont trop passifs pour pouvoir se démarquer et le récit ne leur offrira pas assez de place pour que l’épreuve qu’ils traversent et les émotions qui les submergent soient dignement explorées.

C’est un choix qui laisse dubitatif dans le sens où Le naufrage du Laconia cherche avant tout à dépeindre une situation de guerre improbable et l’impact de la perte d’être chers sur chacun. Dans ce registre l’Allemande-Anglaise Hilda Smith (incarnée par Franka Potente) prend les devants de par ses origines, appuyé par le développement de sa relation avec l’officier Thomas Mortimer (Andrew Buchan). À l’image de l’ensemble, nous restons dans des interactions basiques et qui manquent d’ambivalence.

Les Allemands portent au final la minisérie sur leurs épaules, spécifiquement le capitaine du U-Boot, Werner Hartenstein, interprété avec brio par Ken Duken — qui éclipse de toute façon tout le monde. Un soin particulier est apporté à la construction du personnage pour en faire un Allemand et un marin avant tout le reste, et ce, jusqu’au bout. Plusieurs membres de son équipage, dont l’ingénieur Rostau (Matthias Koeberlin), parviendront avec moins de matériel à incarner un esprit similaire et à rendre les évènements sur le U-Boot bien plus pertinents que ceux auxquels on a pu assister sur le Laconia avant son naufrage.

Dès lors, la minisérie s’affirme plus dans sa seconde partie qui se déroule sur le sous-marin allemand et qui parvient quelque peu à s’éloigner de certains stéréotypes. Le manque de matériel fourni aux survivants du drame reste dommageable au récit.

Au final, Le naufrage du Laconia relate une page d’histoire qui mérite sans aucun doute d’être revisitée. Cependant, le scénario reste à la surface de cette tragédie et force trop le trait au point finalement de lui retirer une partie de son intensité émotionnelle.

L’intégralité de la minisérie Le naufrage du Laconia est diffusée ce mercredi 5 avril sur Numéro 23 à partir de 20h55.

Le Naufrage du Laconia
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Le bilan a été publiée une première fois en janvier 2011, suite à sa diffusion sur BBC Two.

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CaroleC
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