50 ans plus tard, Le Prisonnier est une œuvre aussi inimitable qu’importante

Certaines séries sont plus fondamentales que d’autres. Certaines séries sont plus intemporelles que d’autres. Le Prisonnier trouve sa place parmi ces œuvres à part qui ne cesse de gagner en pertinence et en importance à force que les années passent.

Lancée le 29 septembre 1967 sur ITV, cela fait 50 ans maintenant que la création de Patrick McGoohan et George Markstein a été lancée au Royaume-Uni. Un agent gouvernemental est pris en otage puis retenu dans un village balnéaire où il est connu sous le nom de Numéro 6. Il va tout tenter pour s’échapper et découvrir l’identité de numéro 1 alors que Numéro 2 cherche, quant à lui, à le pousser à révéler pourquoi il a quitté son travail.

Votre existence n’est plus jamais la même après avoir mis les pieds dans ce village balnéaire aux côtés du mythique numéro 6. Œuvre aussi inclassable qu’influente, Le Prisonnier est simplement indissociable de Patrick McGoohan, un homme qui aura été autant aimé que détesté par ses collègues, et qui, comble de tout, finira en partie « prisonnier » de sa propre création.

Tout se joue dans les années 60, alors qu’il est à la tête de la série d’espionnage Danger Man qu’il quittera pour faire The Prisoner. Il met sa carrière en jeu en se lançant dans ce projet fou qui apparait presque comme une suite à Danger Man : un agent gouvernemental démissionne et s’apprête à partir en vacances quand il est kidnappé et fait prisonnier dans un village où sont détenus d’anciens agents. Toutefois, McGoohan ne reprend pas le rôle de John Drake, il est ici un homme qui est dénué de nom, seulement connu en tant que Numéro 6 — ou Le Prisonnier.

Number Six: I will not make any deals with you. I’ve resigned. I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed, or numbered! My life is my own!

Si l’histoire se focalise sur le mystère entourant Numéro 1 et les tentatives de fuite de Numéro 6, Le Prisonnier est surtout une dystopie. L’œuvre utilise le genre de l’espionnage pour nous offrir une allégorie sur notre société, une dramédie psychologique avec des éléments de SF.

En somme, Patrick McGoohan et ses associés (pour le meilleur et pour le pire) iront là où personne n’était jamais allé avant eux en dépassant les codes d’un genre et en ne s’imposant aucune limite pour interroger le public.

Ce que l’on pourrait presque voir comme un exercice de style est définitivement le fruit de son époque. Nous sommes en Angleterre dans les années 60 alors que la culture de la drogue émerge. Plus que jamais, The Prisoner retranscrit l’ambiance de cette période où l’humour est bien présent, l’expérimentation constante et où tout est plus ou moins possible.

The Prisoner est aussi mouvementée devant que derrière la caméra, McGoohan se voyant même décrit par certains comme un mégalomaniaque. Il faut dire qu’il se sera investi avec une telle passion dans l’œuvre qu’il supporte difficilement ceux qui sont moins dévoués à leur tâche. Il piquera des crises de colère, virera plus d’un réalisateur, réécrira des scénarios (en plus de ceux qu’il a lui-même écrits). Il a éternellement le mot de la fin, donnant vie à la confrontation entre Numéro 6 et Numéro 2 — où tout simplement à l’opposition entre l’individualisme et le collectivisme.

Number Six: I am not a number, I am a free man!

C’est l’un des grands thèmes de la série, celui autour duquel tous les autres ou presque naissent. Au fil des épisodes, The Prisoner interroge sur l’éducation et ses abus, le conditionnement psychologique, la futilité de la politique ou encore la dépersonnalisation de l’individu. Tout cela est abordé au sein d’une narration ergodique — cherchant donc ainsi à pousser à la réflexion pour mieux comprendre ce qui se déroule.

Le style visuel de l’œuvre vient aussi soutenir le propos, participant à lui offrir une identité propre l’aidant à ne pas être ancré dans une période temporelle précise. Les scènes extérieures étaient filmées à Portmeirion, petit village situé au nord-ouest du Pays de Galles qui se démarque par une architecture italienne réalisée par Clough Williams-Ellis. C’est en grande partie pour cela que McGoohan a choisi ce lieu pour le tournage, dotant le Village d’un style inoubliable.

Les costumes sont eux aussi mémorables, expression de l’excentricité de la série ainsi que de son sujet phare — avec une mode bien précise ne laissant pas vraiment la place à l’affirmation de l’individu. Sans oublier, le légendaire Rôdeur, énorme ballon destiné à étouffer toute forme de rébellion.

Le combat de Numéro 6 pour sa liberté (physique et psychologique) rend sans difficulté The Prisoner intemporel. Comme bien des créations alimentées par cette idée d’indépendance, les thématiques du show sont aujourd’hui encore plus vivaces et importantes. Elle apparait plus que jamais vitale, poussant toujours à se questionner sur sa propre condition, pointant du doigt bien des problèmes qui n’ont fait que s’empirer depuis sa création.

La fin allégorique plus que controversée ne fait alors qu’étayer le propos, laissant chacun décider par lui-même ce qu’il en retire et comprend. Il était difficile de faire à la fois plus imprécis et en accord avec l’œuvre, les débats qu’elle aura entrainés s’inscrivant parfaitement dans la démarche créative qui place l’opinion de l’individu au-dessus d’un consensus.

50 ans après son lancement, The Prisoner reste une exception télévisuelle qui n’aura eu de cesse d’interroger et d’inspirer. Son influence dépasse les limites du petit écran, ayant affecté bien des artistes de tous les médiums en son temps et après. Plus que de la simple référence visuelle et verbale, Le Prisonnier a modifié la façon dont on concevait la narration et l’intégration de thématiques plus larges. Elle a touché des scénaristes comme Mark Frost (Twin Peaks), J.J. Abrams (Alias, Lost), les Wachowski (Matrix) qui donneront à leur tour le jour à des œuvres majeures.

Conseils de visionnage

Le Prisonnier pourrait presque être perçue comme une anthologie, à l’exception du pilote et des deux derniers qui doivent conserver leur position dans le visionnement. Pour le reste, qu’importe l’ordre, vu que les informations fournies sur la présence de Numéro 6 au sein du Village se contredisent.

Enfin, on peut tout simplement opter pour regarder les 7 épisodes qui comptent réellement selon Patrick McGoohan — et dans l’ordre qu’il a donné :
1. Arrival (L’arrivée)
2. Free for All (Liberté pour tous)
3. Dance of the Dead (Danse des morts)
4. Checkmate (Echec et mat)
5. The Chimes of Big Ben (Le Carillon de Big Ben)
6. Once Upon a Time (Il était une fois)
7. Fall out (Le Dénouement)

Il faut aussi signifier que, entre l’absence de McGoohan en tournage aux États-Unis puis le besoin et l’envie de boucler rapidement la série, les épisodes 13 (Do Not Forsake Me Oh My Darling), 14 (Living in Harmony) et 15 (The Girl Who Was Death) sont les plus dispensables et qualitativement plus discutables — surtout pour le 13.

Be Seeing You

 

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