Les Rivières Pourpres Saison 1 : Et au milieu coule le polar

En 1998 sort le roman Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé. En 2000, devant la caméra de Mathieu Kassovitz qui adapte le livre et incarnant respectivement le commissaire Niémans et le lieutenant Kerkérian, Jean Reno et Vincent Cassel plongeaient dans une enquête retorse dont ils ne sortiraient pas tout à fait indemnes. En résultait un thriller français un thriller français assez haut de gamme pour l’époque, à la réalisation sophistiquée et à la noirceur osée. Une suite, moins intéressante, sort en 2009. La « marque » Rivières pourpres est cependant installée et l’intérêt de porter les enquêtes de Niémans en série est tout à fait compréhensible, l’univers glauque et le tempérament spécifique du personnage principal étant effectivement assez ciné/télégéniques.

La bonne idée de cette série est de confier les rênes à l’auteur même du livre d’origine, Jean-Christophe Grangé. Habitué des adaptations de ses ouvrages, Grangé, propulsé donc showrunner, semble dans son élément dans l’ambiance sombre, les crimes sordides tous extrêmement préparés et mis en scène et la peinture de communautés fermées. Les Rivières Pourpres, la série, propose donc quatre enquêtes qui emmèneront Niémans et sa lieutenante dans l’Est et le Nord de la France pour accompagner les forces policières locales dans la résolution des enquêtes.

On ne reprochera évidemment pas à une série policière de répéter sa mécanique à l’envi, c’est la base du genre et principalement ce que le spectateur attend. Une exposition, une enquête, des fausses pistes, une résolution : jusqu’ici tout va bien, les scénarios bénéficient d’enjeux et d’univers assez forts pour palier ce systématisme global. On peut par contre tiquer un peu sur le rythme donné aux rebondissements. C’est d’ailleurs le découpage général de série qu’il faut pointer du doigt : quatre enquêtes s’étalant sur huit épisodes = deux épisodes par enquête.

Pourquoi alors installer un cliffhanger à la fin du premier épisode de chaque enquête quand la suite arrive quelques secondes plus tard ? Le découpage en deux épisodes apparait alors très artificiel, et l’on aurait tout autant apprécié une narration continue d’une heure et demie, type téléfilm.

Surtout, le cliffhanger est, trois fois sur les quatre enquêtes de cette saison, le même : un mort supplémentaire et un mystère qui s’épaissit. Il y a donc un vrai problème avec ces répétitions, qui entravent le plaisir du visionnage.

Car au-delà de cette mécanique narrative redondante, il y a des moments originaux. Surtout, l’ambiance de chaque enquête et la réalisation léchée sont sans conteste les points forts de cette série. Une famille bourgeoise au lourd passé, une congrégation religieuse qui se tait ou un foyer de jeunes délinquants vengeurs, on reconnaît bien la patte de Grangé, qui aime plus que tout ces univers très fermés, où le silence vaut bien qu’on meurt afin de protéger des secrets. Dans des décors le plus souvent naturels et envoûtants, la réalisation offre des grands plans d’ensemble, qui s’opposent toujours à la restriction des personnages et à l’étroitesse des esprits. Car en plus du polar, Les Rivières Pourpres se permet quelques discours sur le communautarisme, quel qu’il soit (familial, religieux, social), pour dépeindre des sociétés malades de leur enfermement et de leurs petites croyances.

Au milieu de tout ça, Niémans cogne, tutoie tout le monde, maltraite les gendarmes locaux et fait ce qu’il veut. Dans un rôle sur mesure, Olivier Marchal ne force clairement pas son talent, mais délivre ce qu’on attend de lui, avec, de temps en temps, de belles répliques qui font mouche. À coté de lui, il manque un peu d’espace pour la belge Erika Sainte, qui interprète Camille Delaunay, l’adjointe et protégée de Niémans. Comme souvent dans ces séries policières, il faut dérouler des enquêtes, mais aussi créer de l’émotion via les personnages. Si cela réussit à fonctionner pour Niémans, bloc de granit cynique à la peur irrationnelle des chiens, c’est plus difficile pour Camille, dont le passé est distillé au fur et à mesure de la saison. Le cul entre deux chaises entre son efficacité de policière et son histoire personnelle, l’empathie avec le personnage à du mal prendre.

La révolution du polar français ne viendra pas de ces Rivières Pourpres. Cependant, avec une réalisation plus ambitieuse, des ambiances (beaucoup) plus sombres que dans le reste de la production française du genre et une noirceur assumée pour une série de prime time, cette première saison remplit largement le cahier des charges du service public.

Les Rivières Pourpres, tous les lundis à partir du 26 novembre à 21h sur France 2.

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