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Déjà publié en décembre 2015, cet article est remis en avant à l’occasion de la diffusion de London Spy sur Canal+ Séries.

La saison automnale est souvent propice à la sortie d’œuvres télévisuelles empreinte d’un certain sens du drame à la noirceur assumée. Non pas que cela ne soit pas le cas à d’autres moments de l’année, mais il semble que l’influence de la météo sur le moral fonctionne également sur le ton exposé dans les diverses productions télévisuelles. Ainsi, il n’est pas si surprenant que ça de découvrir London Spy, création de Tom Rob Smith – écrivain à succès auteur de l’excellent livre Enfant 44 – à l’ambiance résolument dépressive.

L’histoire se concentre sur Danny (Ben Whishaw) qui cherche à percer le mystère derrière la mort de son amant, Alex (Edward Horcroft), et qui s’enfonce de plus en plus dans l’impitoyable univers de l’espionnage. Bien sûr, ce dont il n’a pas forcément conscience est que sa quête de justice — bien qu’elle soit justifiée par le fait que tout est mis en place pour le désigner comme coupable — va l’entrainer sur une longue descente aux enfers de laquelle il lui sera impossible de ressortir indemne.

Dès le départ, l’un des problèmes les plus apparents de London Spy est que le récit est aussi grisant qu’il peut être frustrant. Cela est en partie dû à une gestion de l’intrigue en dent de scie qui alterne entre moments forts et temps morts à la limite de l’ennuyeux. Un déséquilibre créé avant tout par les différents développements qui ne concernent pas l’enquête de Danny et qui, bien qu’ils possèdent un intérêt certain, ont souvent du mal à connecter avec le reste. Ainsi, si le premier épisode fait un excellent travail d’exposition, les deux suivants perdent en intensité à cause de leur changement de direction narrative et, finalement, le trop plein de mystères qui englobe l’enquête.

Le problème n’est pas tant que le pourquoi de la mort d’Alex n’est pas intéressant, seulement que l’ensemble s’étire au-delà du nécessaire et est souvent entrecoupé de souvenirs servant à étoffer le personnage de Danny et, dans une moindre mesure celui de Scottie (Jim Broadbent). Ce qui apparaît encore plus discutable au moment des révélations dans le quatrième et dans le dernier épisode, lorsque le spectateur doit faire face à des vérités qui sont étrangement loin d’être aussi explosives qu’escompté.

Heureusement, London Spy rattrape amplement une intrigue d’ensemble quelque peu décevante grâce à son traitement des personnages et par les prestations d’acteurs de l’ensemble de la distribution. De ce côté, le show se place comme l’une de ses perles télévisuelles, happant quiconque souhaitera s’y intéresser dans un voyage difficile, mais définitivement satisfaisant. Ben Whishaw, Charlotte Rampling et Jim Broadbent sont d’ailleurs les véritables stars de ce récit oppressant tant ils parviennent avec aisance à insuffler une profondeur bienvenue à leur personnage, malgré le peu de temps qui leur est imparti. Un point qui est d’ailleurs sublimé par la caméra de Jakob Verbruggen, dont les plans serrés captent la moindre émotion transmise par un visage et dont la théâtralité de la composition de ses plans d’ensemble viennent nourrir l’ambiance d’une teinte sombre, parfois onirique, mais sans hésitation d’une beauté qui ne dessert en rien la noirceur de l’histoire.

Finalement, London Spy, malgré sa facilité à créer un sentiment de frustration, parvient à s’en sortir grâce à l’écriture de Tom Rob Smith qui comprend ses personnages et sait comment les faire avancer au cœur de sa machination. S’il est clair que l’histoire n’est pas forcément fédératrice de part son manque d’espoir et sa noirceur assumée, il n’en reste pas moins que cette minisérie laisse une trace de son passage et possède une force assez inattendue. Il est alors facile de pardonner ses errements tant l’expérience se révèle intense et offre une lecture appréciable du monde de l’espionnage.