Quelque part, le vol 815 ne s’est jamais crashé et les passagers du vol ont poursuivi leurs vies si différentes de celle que l’on connaît. Sur l’île, l’homme en noir, sous les traits de Locke, est déterminé à quitter cette étendue de terre.

C’est la fin de Lost. La dernière saison. Celle qui doit apporter des réponses aux questions restées jusque-là en suspens. D’une certaine façon, c’est ce qui va se produire. Tout ne va pas logiquement trouver une explication, mais quelques mystères vont être éclairés et vont même servir à créer des zones d’ombres, allant jusqu’à justifier l’absence de réponses.

Tout ceci prendra place au cœur d’une saison qui va se construire sur un schéma narratif similaire à la première saison. Alors que les rescapés restants tentent d’accomplir leur dernière tâche sur l’île – tous ayant des motivations bien distinctes –, nous assistons au déroulement de leur existence en 2004. Si ce n’est qu’il s’agit de leur vie après que l’avion se soit posé. Les flash-sideways – servant une sorte de réalité parallèle – remplacent dans le récit les flashbacks, qui furent eux-mêmes éclipsés par la suite dans la série par des flashforwards. Bref, Damon Lindelof et Carlton Cuse sont allés jusqu’au bout de l’utilisation même de la ligne temporelle, en se servant d’un procédé propre au genre de la science-fiction qui trouve parfaitement sa place dans la série.

2004. Los Angeles. Dans cette autre réalité, les personnages clés mènent une vie différente, celle-ci n’ayant pas été perturbée par Jacob et le crash du vol Oceanic 815. C’est alors l’occasion d’explorer une dernière fois les problèmes des personnages, quitte à faire ressortir l’aspect légèrement unidimensionnel de certains. C’est la nature première de ces flash-sideways, ces derniers mettant du temps à trouver une direction. Celle-ci sera donnée par Desmond, dont la capacité à ne pas être temporellement attaché lui offre ici la matière pour prendre le dessus. Il jouera un rôle primordial dans cette partie du récit, bien qu’il ne soit pas celui qui fournira la véritable nature de cette réalité.

Cette exploration des personnages – et ce qui les relie à l’île – va avant tout se construire autour de thématiques classiques, et qui ont de toute façon servi à bâtir la série : l’amour et la mort. Les deux étant étroitement liées. Les flash-sideways vont exploiter la connaissance du spectateur, le poussant à fouiller dans sa mémoire pour y trouver toutes les références possibles : personnages, scènes, différences historiques, etc.  Si cela récompense l’assiduité du fan, cela a aussi pour fâcheuse conséquence d’être construit autour d’un même procédé narratif qui n’échappera pas à créer un gros sentiment de répétition.

2007. L’île.  Ben a tué Jacob et a rempli son rôle pour toute la saison, offrant à l’homme en noir, Fake-Locke, sa première victoire contre le gardien de l’île. Il est alors maintenant en route pour quitter l’île et doit éliminer les obstacles l’empêchant de réaliser son souhait. C’est autour de cette intrigue que les évènements vont se construire, et Fake-Locke ne sera pas le seul à vouloir repartir. C’est donc clairement l’idée principale qui va motiver les actions des uns et des autres, simplifiant les relations et les conflits. C’est aussi au cœur de ce lieu que les réponses et éclaircissements sont attendus et ne vont pas toujours avoir la forme souhaitée. L’historique de l’île est riche, et si nous avons découvert pas mal avant d’en arriver là, des personnages comme Richard ou Jacob pouvaient offrir une nouvelle dimension, qui ne sera jamais atteinte. Si les rapports entre les personnages étaient avant de nature généralement complexes, jouant très bien entre la notion de bien et de mal – chacun étant persuadé de faire ce qu’il faut faire, mais sans que nous sachions réellement qui a raison ou tort –, cette dernière étape va se charger de tout simplifier. L’histoire va alors poser un enjeu simple : une opposition entre l’homme en noir et le gardien de l’île. Leur propre passé va même servir ce but, nous éclairant sur ces deux mystérieux hommes, mais en leur donnant une place moins importante dans l’histoire de l’île, pour ne pas avoir finalement à donner une nature définie au lieu. Les derniers rescapés vont alors se transformer en des pions sur un échiquier, que chacun déplace à sa guise. Bien entendu, ils ont en majorité leur propre agenda, mais celui-ci n’a pas l’envergure du combat qui se joue. Cette lutte a d’ailleurs pour conséquence d’éclipser des personnages. Les sacrifices (et morts) étaient inévitables et elles se feront pour la plupart de façon abrupte. Il faut aussi dire que Lost n’a pas toujours été très habile dans la suppression de ses personnages. Au moins, ces derniers auront eu l’occasion de réellement servir le récit, à la différence de Ben ou Miles, par exemple, qui vont faire partie de ceux mis en retrait. Il  n’y a quasiment rien à faire avec eux, et il apparaît que la survie ou la mort de quelques-uns (comme Frank et Ilana) dépend avant tout du fait qu’ils ont une action à accomplir, plus qu’un véritable rôle à jouer.

Lost se conclut ainsi sur une saison se montrant trop manichéenne, alors qu’elle nous avait habitués à des enjeux et des rapports plus compliqués. Elle réussira assez bien à rattacher les principaux éléments de sa mythologie, mais fera preuve de tâtonnements qui dévoileront un peu trop la construction au fur et à mesure de l’histoire, ce qui ne joue clairement pas en faveur du récit. Malgré cela, le tout réussit à conserver une certaine cohésion, de même qu’une véritable conclusion. Si la série ne s’achève pas au plus haut de sa forme, elle a le mérite de boucler définitivement son histoire principale. Avec quelques mystères non résolus.